64e Berlinale, jour 4 : deux fragments

Ours Il incombe au chroniqueur de festival de découvrir, ou si besoin d’inventer un fil, aussi ténu soit-il, entre les films rencontrés chaque jour. Confessons ici même que ce texte sera l’aveu d’un échec à identifier le moindre rapprochement entre les réalisations vues ce dimanche. L’auteur a certainement sa part dans cet échec, mais il faut dire que la programmation, incroyablement dispersée, complique singulièrement la tâche. A défaut du moindre lien, voici donc quelques notes sur deux films ayant du moins retenu l’attention (on n’a cure ici de mentionner tout ce qu’on a vu, beaucoup ayant tout à gagner à un oubli bienveillant).

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Singulier, gonflé, coloré, amusant et ambitieux : ainsi se révèle le nouveau film de Michel Gondry, Is the Man Who Is Tall Happy ? Michel Gondry a rencontré Noam Chomsky au MIT, il s’est longuement entretenu avec lui, de sa vie, de sa recherche en linguistique, de ses engagements politiques, de ses idées sur l’existence. Chomsky parle avec modestie et précision, son savoir et la rigueur de ses prises de position, qui ont fait de lui une conscience des Etats-Unis (et l’ont à l’occasion envoyé en prison), donnent au film sa structure, malgré le caractère un peu décousu de la conversation avec le réalisateur. Mais celui-ci ne s’est pas content d’enregistrer le chercheur, il a entrepris la fabrication artisanale d’un dessin animé inventant avec un apparente naïveté et beaucoup de finesse et d’empathie des traductions formelles, visuelles et aussi sonores, à ce que dit Chomsky parlant de grammaire générative, des crimes contre l’humanité commis par les Américains ou de sa famille. Pari cinématographique assez fou, et pour l’essentiel gagné, qui cherche à coups de feutres bleus, verts et rouges, de lignes sautillantes et de petits personnages facétieux la traductions pour les yeux des faits, des idées et des sentiments énoncées par l’auteur du Langage et la pensée. Il y a quelque chose de très affectueux de la part de Gondry à l’égard de Chomsky, et de très confiant dans le cinéma, même comme ici littéralement « fait à la main », pour accompagner une vie, une pensée, une recherche et un combat, qui rendent toute l’affaire éminemment sympathiques, et parfois passionnante.

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Autre rencontre intrigante autant qu’imprévue, avec un film irlandais titré Calvary, deuxième long métrage de John Michael McDonagh. Le film raconte une semaine de la vie d’un prêtre irlandais dans un petit village côtier, semaine qui s’ouvre dans le confessionnal où un homme qu’on ne verra pas annonce au père Lavelle qu’il va le tuer en représailles de viols commis autrefois par un curé aujourd’hui disparu. McDonagh ne lésine pas sur les simplifications dans sa manière de dessiner les personnages, ni sur les artifices visuels, à commencer par les images touristiques des beautés des falaises et des plages irlandaises. Pourtant, quelque chose de trouble et d’intense bout au cœur de cette construction à l’emporte-pièce, où les plans évoquent trop souvent de l’imagerie de téléfilm. Une noirceur, une détresse, une absence de compromission travaillent le film et petit à petit font de Calvary un film de guerre – guerre des humains contre eux-mêmes dès lors qu’il sont perdu le sens du vivre ensemble, enfermés dans une série de postures antagonistes, et qui toutes fabriquent du malheur.

Au détour d’un chemin, le nom de Bernanos est prononcé, et de fait c’est bien une lointaine dérive du Journal d’un curé de campagne qui est ici proposée, non sans audace, et non sans pugnacité. Malgré les jeux d’acteurs appuyés et les images illustratives, une angoisse réelle et juste perce dans le film, film qui aura l’honnêteté de ne pas faillir à la sombre vision du monde qu’il a mis en place.

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