«Février» ou le quotidien magnifique

Petar (Kolyo Dobrev), homme de peu de mots et de beaucoup de présence.

De l’enfance au grand âge, le film de Kamen Kalev accompagne en beauté un parcours de vie d’une rare intensité.

C’est compliqué. Compliqué de partager ce qui fait la puissance d’émotion du film de Kamen Kalev, imparablement dès les premiers plans et sans jamais faiblir tout au long du film. La beauté? Oui, sans doute. Mais le mot est imprécis et, en l’occurrence, il semble faible.

C’est quelque chose de plus profond, qu’on rechigne à définir par une apparence formelle. Une vibration intérieure de chaque instant, qui suggère sans les énoncer des échos avec les sentiments de chacun, vous, moi, tout le monde.

Ni vous ni moi n’avons grand-chose en commun avec un jeune paysan bulgare du début du XXe siècle qui va devenir militaire dans une île de la mer Noire, puis un vieux berger. Le film restera aux côtés de l’existence de ce Petar, de son enfance qui (littéralement) bat la campagne, simple et mystérieux rapport de confrontation au cosmos, à son mariage encore adolescent juste avant de rejoindre le régiment et jusqu’à sa vie à un âge avancé. La Bulgarie est devenue République populaire et a cessé de l’être, l’électricité et les téléphones sont arrivés. Le monde a changé et n’a pas changé.

Sans jamais commenter ou généraliser ce qui concerne son destin singulier, sa relation intense à la nature, son goût farouche pour une sorte de retrait lui fera refuser les (modestes) promotions auxquelles il a droit dans l’armée.

Petar, le Petar inventé par Kalev, n’est pas une figure symbolique, un personnage de fable qui représenterait telle ou telle caractéristique de l’humanité.

Chacun et chacune pourra y projeter éventuellement ce qu’il ou elle souhaite, mais il est cela et rien de plus: un paysan, un berger qui a passé une part importante de son existence sous l’uniforme, plus ami des rocs et des goélands que de ses compagnons, avant de revenir s’occuper de ses brebis, dans un monde auquel il ne cesse d’avoir affaire, mais à sa manière. Enfant, jeune adulte, vieillard. Il a une vie, une famille, des choses à faire. (…)

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