«Les Derniers Jours d’une ville», songe urbain au bord de la révolution

Le premier film de Tamer El Saïd transforme Le Caire en personnage mystérieux, désirable et dangereux. La dérive mélancolique d’un jeune réalisateur y fait surgir les fantômes du passé et de l’avenir.

Il marche dans la ville, sa ville. Il s’appelle Khalid, elle s’appelle Le Caire. Il cherche un nouvel appartement, doit laisser celui où il a vécu sa jeunesse, son amour. L’une et l’autre enfuis.

Cette ville, il la regarde et il la filme, il est cinéaste. Dans la ville, des gens inconnus, des bâtiments, des lumières, des bruits. Des amis. Et aussi, des flics, des militaires, des hommes en prière, en colère. La révolution qui vient.

On est à la fin de 2009. La radio et la télé n’en finissent pas de célébrer le génie rayonnant et protecteur de Moubarak. Et l’équipe de foot nationale, que Dieu destine à écraser ses adversaires – surtout ces **** d’Algériens qui ont battu les Égyptiens la fois précédente.

Ce sont des visages de femmes, la mère qui s’éteint à l’hôpital, cette personne magnifique qui parle d’une autre ville, Alexandrie, et dirige une troupe de théâtre, celle qui fut aimée et qui part, la compagne d’un copain au visage lumineux. Chacune a sa place et son rôle, mais ensemble elles irriguent la cité et la mémoire de sensualité, de souvenirs.

Hanan Youssef, figure forte et mélancolique, dans «Les Derniers Jours d’une ville»

Elles existent dans le labyrinthe de la cité. Et elles existent, recadrées, vues autrement de plus près, sous différentes lumières, dans les images captées par Khalid avec sa caméra, retravaillées sur l’écran du montage, redoublées sur l’ordinateur comme dans les reflets déformants que les rues et les maisons s’offrent à elles mêmes, coquettes et dragueuses.

Leurs mots vont et ne vont pas avec leurs images, et dans ces écarts se glissent le non-dit, le désir, la mélancolie qui hante aussi ces appartements vides que l’homme encore jeune, mais qui n’est plus un jeune homme, visite en vain.

En vain aussi peut-être Khalid tourne-t-il ces plans qui n’aident plus grand monde, même ceux qui en auraient grand besoin. La caméra, comme protection, comme échappatoire, comme moyen pour s’appocher aussi. Et ces plans finissent, quand même, par faire écho au monde. Le flou fait partie de l’existence. (…)

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