L’incantation réaliste et vitale de «What You Gonna Do When the World’s on Fire?»

Les frères Titus et Ronaldo, deux des personnages incandescents du film

Tourné dans le ghetto noir de la Nouvelle-Orléans, le documentaire de Roberto Minervini vibre d’une énergie en phase avec les combats quotidiens de personnalités différentes mais toutes impressionnantes.

Certains films séduisent d’abord par leur histoire, ou par la présence des acteurs, ou par la beauté des images. Le nouveau film de Roberto Minervini captive immédiatement par l’énergie qui en émane.

Il ne manque pourtant ni d’histoires, ni de personnages impressionnants, ni de beauté. Mais surtout, il s’y perçoit d’emblée une sorte de pulsation, une force vitale en prise avec des réalités intenses, complexes, violentes, immédiatement incarnées.

C’est d’abord une affaire de peau, de sensation épidermique de la force et de la peur, de la colère et de la richesse d’invention de ces gens qui surgissent de la nuit, qui jaillissent de leur propre existence, dans ce quartier sinistré de la Nouvelle-Orléans.

Ils sont noirs, tous. Ils ne se ressemblent pas. Ils font partie des gens du quartier, très nombreux, qu’a rencontré Minervini, documentariste italien travaillant aux États-Unis. Celui-ci a développé un savoir-faire exceptionnel pour s’approcher au plus près de la vie quotidienne, mais aussi des imaginaires de celles et ceux qu’on ne filme jamais.

Les vivants et les spectres

C’est ainsi qu’il avait donné des portraits lucides et terrifiants des petits Blancs déclassés, marginalisés, du Sud des États-Unis dans ses précédents films, dont en 2015 le vertigineux The Other Side, portrait prémonitoire de cette Amérique qui allait contribuer à porter Trump au pouvoir.

Dans le ghetto de Tremé, entre séquelles de l’ouragan Katrina, racisme, brutalités policières, violence du voisinage et misère, sans oublier la gentrification en marche qui expulse les habitants de leurs quartier, les circonstances n’ont rien de rose. Et les protagonistes du film ne sont certes pas des enfants de chœur.

Mais ce qu’ils sont, ce qu’ils font, et la manière dont Roberto Minervini les filme transmet un maelström de sensations vitales, où la joie, l’espoir, l’amour saturent l’espace d’électricité positive, même dans les situations les plus sombres, les plus inacceptables.

Incroyable Judy, cette femme de 50 ans dont on comprend vite qu’elle a connu plus que son lot de galères, tenancière d’un bar rendez-vous du quartier qu’elle est forcée de fermer, protectrice de sa famille dépendante, battante inépuisable, tchatcheuse inventive, illuminant chaque plan où elle apparaît.

Ashlei King, la mère de Ronaldo et Titus

Sidérante famille monoparentale, un ado, son petit frère et leur mère: une éducation sur le fil du danger du quotidien, des tentations, une affection infinie, un sens du présent, des urgences, des injustices à fleur de peau, chez les enfants comme chez la mère, et un bricolage incessant pour trouver des réponses, au moins immédiates.

Et puis ces deux présences spectrales et bien réelles. C’est le Black Panther Party, massacré par le FBI et les juges racistes il y a trente-cinq ans, et dont les nouveaux activistes réclament justice, aujourd’hui, pour les victimes de meurtres commis par des policiers sur des jeunes afro-américains.

Un membre du New Black Panther Party for Self-Defence

Et ce sont les Indiens de Mardi-Gras, syncrétisme des héritages du génocide des Américains natifs et de l’esclavage, qui se traduit en rituels à la fois festifs et mémoriaux.

Dans les deux cas, des personnes d’une impressionnante présence –jeunes activistes ou chef charismatique– incarnent ces manifestations très actuelles d’une histoire longue et tragique.

Mais What You Gonna Do When the World’s on Fire? n’est pas une collection de portraits.(…)

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