«L’Étreinte», doublement vivante avec Emmanuelle Béart

Margaux (Emmanuelle Béart) contrainte de se jeter dans le grand bain d’une nouvelle existence. | Pyramide

Le premier long-métrage de Ludovic Bergery a trouvé mieux qu’une interprète parfaite: une présence personnelle qui ne cesse de faire écho de manière suggestive et émouvante aux tribulations de l’héroïne.

L’Étreinte met en scène simultanément deux histoires. Celle de Margaux, et celle d’Emmanuelle Béart –du moins, un moment de leur histoire. Ce n’est pas la même histoire, mais la manière de les mettre en scène est commune. Et c’est très beau.

Emmanuelle Béart, comédienne, joue Margaux, qui vient de perdre son mari et se retrouve seule, sans trop savoir quoi faire de sa vie. Margaux «n’est plus jeune», comme on dit, formule par défaut qui entrouvre vers de sombres horizons (la vieillesse!) sans oser la nommer.

La veuve désemparée quitte la Côte d’Azur où elle vivait pour s’installer en grande banlieue parisienne, où elle reprend des études abandonnées depuis longtemps.

Meurtrie par le deuil, elle est mal à l’aise avec des camarades d’études bien plus jeunes, plutôt sympathiques, mais dont trop d’écarts (physiques, de langages, de comportements) la séparent. Elle n’est guère plus à son aise avec le prof sensible à son incontestable charme: trop mûre avec les étudiants, reprise par des élans d’adolescente amoureuse avec l’adulte qui n’en demande pas tant.

Mal dans sa peau, pas à sa place, Margaux bricole comme elle peut, tâtonne du côté de la mise à jour, et en mots, de ses émotions avec l’ami Aurélien (l’excellent Vincent Dedienne) et du côté du désir avec… qui elle arrivera à trouver.

Le réconfort de l’ami Aurélien (Vincent Dedienne), nécessaire et pas suffisant. | Pyramide

Comment ça s’appelle, ce qui vous travaille à l’intérieur et à la fois vous fait souffrir et vous anime? Comment on fait, avec les autres, avec son corps, avec les gestes et les paroles? À aucun moment le film ne fait d’allusion à l’histoire personnelle de l’actrice qui occupe tous les plans. Et il ne s’agit ici en aucun cas de sa vie privée.

Mais le parcours, lumineux puis devenu nettement moins convaincant, de celle qui fut dans les années 1990 l’actrice inoubliable de La Belle Noiseuse, de J’embrasse pas, de Un cœur en hiver, jusqu’aux Destinées sentimentales et Histoire de Marie et Julien au début de la décennie suivante, hante inévitablement L’Étreinte. Il y a non pas un deuil, mais du deuil aussi de ce côté-là.

Comment on fait, avec les autres (le public), avec son corps, avec les gestes et les paroles? Ce sont, aussi, des questions pour une comédienne.

Un peu en retrait, prêt à bifurquer

L’Étreinte accompagne pas à pas le cheminement de Margaux, hésitant, maladroit, excessif, nécessaire. Il y aura les étapes de cette trajectoire, bien sûr, les rencontres, les moments lumineux, les déceptions, les malentendus, les impasses qui peuvent devenir dangereuses. Un professeur de littérature allemande féru de Kleist, un tromboniste chaud lapin, quelques mafieux d’Europe de l’Est jalonnent cette quête.

Il y a aussi, surtout, la manière qu’a Ludovic Bergery de la filmer, toujours sur la frange de l’illustration émotionnelle et psychologique, mais un peu à côté, un peu en retrait, prêt à bifurquer. (…)

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