«The Batman», plus noir que noir, le trou noir

Robert Pattinson en héros revêtu de son armure et hanté par des idées de la même couleur.  | Warner Brothers

La nouvelle aventure à grand spectacle du super-héros surjoue systématiquement les aspects sombres, qui deviennent non seulement le masque de son indigence narrative, mais le signe de l’usure d’une recette.

On cherche en vain à se souvenir d’une précédente campagne promotionnelle entièrement bâtie sur le caractère négatif du super-héros et du film qui lui est consacré.

Nulle exagération ou falsification ici de la part de la publicité, la mouture 2022 de l’homme chauve-souris est effectivement définie par la noirceur de tout: du monde qu’il décrit, de l’humeur du personnage principal, des images systématiquement plongées dans la pénombre, et le plus souvent sous la pluie pour faire bonne mesure.

Warner et DC Comics auraient-ils fait de Tarkovski et Béla Tarr leurs maîtres à filmer? Pas vraiment. Ce parti pris, qui semble à la fois chercher à renouveler une franchise usée jusqu’à la corde et vouloir surfer sur des succès récents, aboutit à de curieux paradoxes, à propos d’un produit dont les objectifs mercantiles ne sont nullement mis en veilleuse pour autant.

Un concept, pas un style

Le côté hyper dark n’est ici ni un point de vue, ni une ressource, c’est ce que le marketing appelle «un concept»: une sorte de code qui doit tout affecter, indépendamment de ce dont il est question.

C’est-à-dire, contrairement à ce qu’on croit parfois, le contraire d’un style, si le style résulte de choix formels issus d’un point de vue, d’une perception du monde, d’une visée narrative et, dans le meilleur des cas, de compréhension.

Deux ombres se croisent sur la conception du Batman nouveau, celle du Dark Knight de Christopher Nolan et celle du Joker de Todd Philips: deux très bons exemples de ce qui relève précisément du style, comme aboutissement d’un projet et non comme point de départ.

Curieusement, lorsque le héros apparaît sous l’identité de Bruce Wayne, Robert Pattinson ressemble… au Joker dans The Dark Knight –la version échevelée qu’en donna Heath Ledger.

À visage découvert, celui de Bruce Wayne, un héros singulièrement destroy. | Warner Brothers

En vengeur masqué, tout son jeu consiste à paraître encore plus rigide, minéral, pesant que ses prédécesseurs –on n’est pas loin de la caricature à force de souligner combien est torturé le redresseur de torts à la noire carapace. Ce qui est particulièrement injuste pour un aussi bon acteur que Pattinson.

Le confortable «tous pourris»

Obéissant au même principe, le portrait de la société de Gotham énumère avec une sorte de délice la dépravation extrême de toutes les élites, selon un discours qui relève davantage du populisme simplificateur que de la critique des abus de pouvoirs et des trahisons par des dirigeants de l’ordre et de la morale dont ils sont supposés être les défenseurs. Dans le contexte actuel, le côté «tous pourris» a des relents aussi complaisants que nauséabonds.

Pour faire bonne mesure, le scénario ajoute dans les motivations du super-vilain la lutte des classes, mais ne fait mine de toucher au plus sacro-saint des piliers de l’idéologie dominante, la famille, que pour la réhabiliter illico.

De même, tout en affichant un pessimisme si généralisé qu’il acquiert des airs de simplisme paresseux, il se débrouille in extremis pour sauver les deux impératifs catégoriques du spectacle hollywoodien, le happy end et la possibilité d’une suite.

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