Cannes 2026, jour 1: ouverture et «La Vénus électrique», voltage modéré

Le spectacle à haute tension où se produit Suzanne (Anaïs Demoustier), sous la houlette d’un impitoyable bonimenteur (Gustave Kervern), dans La Vénus électrique, réalisé par Pierre Salvadori.

Après une cérémonie sans relief, le 79e Festival de Cannes s’est ouvert avec le film de Pierre Salvadori, parfaitement calibré pour cet emploi.

Selon la tradition, la 79e édition du Festival de Cannes (du 12 au 23 mai 2026) s’est ouverte en deux temps, avec un cérémonial animé pour l’occasion par l’actrice Eye Haïdara, puis le film La Vénus électrique, de Pierre Salvadori.

La maîtresse de cérémonie n’avait rien de particulier à dire, sinon qu’elle aime beaucoup le cinéma. Le temps fort de sa représentation a été consacré à la remise d’une Palme d’or d’honneur à quelqu’un qui n’a jamais eu sa place à Cannes et qui ne s’est pas fait faute de le rappeler, Peter Jackson, le réalisateur néo-zélandais de la trilogie du Seigneur des anneaux.

Deux moments un peu singuliers ont pourtant marqué ce rituel sans grand relief, comme souvent mais pas toujours –on se souvient de Juliette Binoche évoquant la situation dans la bande de Gaza lors de l’ouverture en 2025.

Le premier moment a été cette situation inédite où le président du jury de la compétition officielle, Park Chan-wook, a fait son discours entièrement en coréen. Hormis les coréanophones, personne n’a rien compris, mais du moins un sentiment de la diversité pas immédiatement transparente du réel et une brise de ni déjà-vu ni déjà-entendu sont alors passés dans le Grand Auditorium Louis-Lumière.

Ensuite, il y a eu une sorte d’humour à faire déclarer le 79e Festival de Cannes officiellement ouvert par Jane Fonda et Gong Li. Soit deux personnalités représentatives des deux grandes puissances cinématographiques que sont Hollywood et la Chine, dont l’absence est l’un des aspects marquants de l’édition 2026.

L'actrice chinoise Gong Li et l'actrice américaine Jane Fonda lors de la cérémonie d'ouverture de la 79e édition du Festival de Cannes, le 12 mai 2026. | Sameer Al-Doumy / AFP
L’actrice chinoise Gong Li et l’actrice américaine Jane Fonda lors de la cérémonie d’ouverture de la 79e édition du Festival de Cannes, le 12 mai 2026. | Sameer Al-Doumy / AFP

Faisant écho au juré britannique Paul Laverty (le scénariste de Ken Loach), qui avait, lors de la conférence de presse, rendu hommage aux vedettes hollywoodiennes ayant protesté contre le génocide des Palestiniens, Jane Fonda a essayé d’insuffler un peu d’esprit critique envers l’état du monde dans une brève harangue, sympathique mais vague, qui fut poliment applaudie. Fin du premier acte, place au film d’ouverture.

«La Vénus électrique», de Pierre Salvadori

Deux questions distinctes se posent simultanément. La Vénus électrique est-il un bon film? La Vénus électrique est-il un bon film pour l’ouverture du Festival de Cannes?

La réponse à la seconde question est simple: oui. Le onzième long-métrage de Pierre Salvadori est à la fois une comédie sentimentale bien tournée, un produit susceptible de séduire un public international friand de cartes postales parisiennes vintage, un jeu léger avec les questions du spectacle, du rapport à la représentation, et l’occasion de numéros d’acteurs et d’actrices.

Ajoutons qu’il a le mérite d’annoncer la couleur dominante de cette édition, où les productions françaises occupent une position écrasante. Mais la réponse à la première question est moins évidente. Disons que La Vénus électrique, qui est sorti dans les salles françaises le jour de sa présentation à Cannes, est une proposition habilement conçue.

Antoine (Pio Marmaï), peintre à succès et jeune veuf inconsolable, se laisse convaincre par la pseudo-médium Suzanne (Anaïs Demoustier) qu’elle lui permet d’entrer en contact avec son intensément regrettée Irène (Vimala Pons). Cette manipulation profite à la foraine désargentée comme au galeriste et néanmoins ami du peintre, Armand (Gilles Lellouche).

La mise en place de ce quatuor de vaudeville ouvre la porte à un arsenal de malentendus, de glissements amoureux, de flash-backs et d’étincelles qu’un bon logiciel d’écriture de scénario produirait immanquablement.

Suzanne (Anaïs Demoustier) et Antoine (Pio Marmaï) en pleine séance d'arnaque au spiritisme. | Capture d'écran Diaphana Distribution via YouTube
Suzanne et Antoine (Pio Marmaï) en pleine séance d’arnaque au spiritisme. | Capture d’écran Diaphana Distribution

Deux décors séduisants du Paris des années 1920 –les fortifs misérables et une belle maison de style Art déco– et deux folklores qui ont fait leurs preuves –le milieu des peintres de l’époque Montparnasse et celui de la fête foraine– offrent des ressources visuelles qu’électrisent les signes d’une modernité en plein avènement. (…)

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