Angèle Petiquay (Mirociw Chilton) et sa petite sœur, dans la stupeur des jours qui ont suivi le crime.
Conçu et réalisé au sein d’une nation autochtone, le film de la cinéaste québecoise Chloé Leriche évoque un crime réel et ses effets dans un monde où les faits et les émotions ne sont pas séparés.
Nombreuses sont les raisons qui suscitent l’intérêt pour Soleils Atikamekw, le nouveau film de la cinéaste québécoise Chloé Leriche. Au premier chef, la beauté du film, tendue entre le caractère dramatique de la situation qu’il évoque et l’attention sensible aux humains qui le peuplent et aux paysages où elle se situe.
Sans connaissance particulière du contexte, sans même avoir jamais entendu parler des Atikamekw, nation autochtone dont le territoire est inclus dans le Québec, il est clair que le début du film réunit aujourd’hui des membres de cette communauté, qui évoquent la tragédie qui les a frappés quelque cinquante ans plus tôt.
Le 26 juin 1977, cinq personnes issues de ce peuple ont été retrouvées mortes dans une camionnette, au lendemain d’une nuit passée avec deux jeunes hommes venus de Montréal. À l’opposé des conclusions immédiates du médecin légiste et des policiers, le caractère criminel de leur décès, accompagné de violences sexuelles et d’actes sadiques, a été assez vite établi grâce à l’insistance des familles et des proches pour voir les corps. Aucune véritable enquête policière ou judiciaire n’a suivi, encore moins un procès.

Si le ressort central du film est bien l’évocation de ces faits, le crime et l’impossibilité qu’il fasse l’objet du traitement approprié de la part des autorités (et des médias), le déroulement de Soleils Atikamekw prend sa force singulière de ne pas se limiter à la dénonciation du crime et de l’environnement qui rend possible son accomplissement et ses suites.
Cette force cinématographique tient à sa manière de circuler entre trois pôles: les éléments réalistes documentaires, au présent, les éléments réalistes de fiction, au sens d’une reconstitution avec des acteurs des faits de 1977, et des éléments oniriques, visualisations des manières dont ce drame a hanté les survivants, au fil des décennies et jusqu’à aujourd’hui.
Le film se présente en effet comme «inspiré des rêves et souvenirs des proches des victimes de 1977». Revendiquant sa subjectivité et la mise en relation des dimensions factuelles, mentales et émotionnelles, il inscrit un fait divers atroce dans plusieurs contextes. Celui du racisme systémique envers les peuples autochtones, mais également celui des modifications, réelles mais loin d’être suffisantes, que ce phénomène a connues depuis près de cinq décennies. On y observe ainsi les effets individuels et collectifs du traumatisme. (…)