La course du poisson

Le Cours étrange des choses de Raphaël Nadjari

le-cours-etrange-des-choses-7Ori Pfeiffer et Moni Moshonov

Quand ça va pas, ça va pas. Pour Saul (Ori Pfeiffer), jeune quadragénaire incapable de négocier le, ou les tournant(s) de sa vie, ça ne va pas du tout. Ni le travail, ni les amours, ni comme père, ni comme fils. Dépassé par les événements, jamais à sa place ni dans le tempo, il ne trouve pour seule réponse à ce dérèglement de son propre rapport au monde que de se mettre à courir, une course qui mime le jogging d’un homme jeune et en bonne forme physique, et qui se transforme en fuite devant la réalité et ceux qui la peuplent. Jusqu’au moment où il paraît vouloir trouver un point d’accroche, un angle de reprise en main, en décidant d’aller voir son père (Moni Moshonov), laissant Tel-Aviv pour Haïfa.

Avec celui-ci, et la nouvelle compagne du sémillant paternel, puis avec sa propre fille venue le rejoindre impromptu,bientôt en vol plané pour cause de poisson fatal ou confronté aux croyances et pratiques qui le dépassent et le défient, du yoga au feng shui, Saul ira au bout de sa trajectoire, comme une bille  rebondissant dans le billard électrique de ses affects, de son passé, de ses fantasmes. Il faudra en attendre l’issue pour savoir si elle était dérive calamiteuse ou parcours de retrouvailles avec soi-même et les autres, mais la réponse importe moins que le parcours dans lequel le film entraine, aux côtés de ce maladroit chronique, tour à tour horripilant et attendrissant.

Raphaël Nadjari s’essaie au genre délicat du burlesque dépressif, il réussit cette comédie tout en faux-pas et faux-plats, inventant une dynamique de la désorientation, une chorégraphie empêchée et sincère, qui intrigue d’abord, dérange parfois, finalement séduit et émeut. C’est la seule justesse de la mise en scène, portée par une sorte de délicatesse instinctive et modeste, qui permet à cette sarabande boiteuse de trouver son élégance dans sa claudication même, dans le trouble qui émane de ce personnage malheureux mais vivant.

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