À Cannes, l’affaire Netflix est la deuxième saison d’une série bien connue

Le cinéma est à un tournant majeur de son histoire, et il est légitime que Cannes en soit le théâtre. Mais si les effets d’Internet sont immenses, la situation est loin d’être désespérée –à condition de maintenir le rôle décisif des salles.

La présence à Cannes, en compétition officielle, de deux films produits par le fournisseur de contenu en ligne Netflix a déclenché une polémique de première magnitude. C’est tout à fait légitime. La sélection d’Okja de Bong Joon-ho et de The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach fait en effet entrer en résonnance l’événement cinéma le plus important de la planète et un phénomène stratégique, qui intéresse tout l’avenir du cinéma.

La polémique, les inquiétudes, les manœuvres n’ont pourtant pas commencé avec l’annonce de la programmation du 70e Festival. Voilà au moins cinq ans que monte la fièvre, avec des déclarations de plus en plus angoissées des représentants de l’industrie classique, à mesure que se précisent les stratégies, et que s’additionnent les succès de Netflix et d’Amazon.

À Hollywood plus que partout ailleurs, déclarations enflammées, prophéties apocalyptiques et annonces d’un nouvel âge d’or se multiplient. Le bulletin corporatif des Majors, Variety, en cartographiait l’essor le 27 mars dans un dossier truffé de tableaux aux allures de prédiction de l’ouverture imminente de la faille de San Andrea. 

Ce sont pour l’essentiel les hommes d’argent (producteurs, exploitants, industriels du Net) qui s’expriment –ainsi que, en France, des responsables de l’administration, garants du droit qui encadre le secteur. Les créateurs, lorsqu’ils interviennent en faveur des «nouveaux opérateurs», ne disent au fond qu’une chose: «Comment ne pas être avec eux puisqu’ils paient?»

L’argument n’est pas sans poids. Mais s’il est encore possible aujourd’hui de ne pas se poser que des questions d’argent, le problème devient différent. Parce que la salle de cinéma n’est pas seulement l’affaire des exploitants. La salle du cinéma est l’affaire du cinéma lui-même, de tout ceux qui le font, de tous ceux qui aiment voir des films.

Ces films, nous les voyons et nous les verrons aussi, et en très grand nombre, ailleurs que dans des salles. Mais si ce sont des films, et pas des produits audiovisuels, c’est qu’ils ont été pensés, rêvés pour la salle.

Alors on va chercher Scorsese, dont Netflix produit le prochain film pour une somme  pharaonique, pour dire que même produit pour le net, ce qu’il livrera sera du cinéma. Bien sûr! Scorsese est tombé dans la marmite cinéma quand il était petit, il ferait un objet saturé de cinéma même si on lui donnait une caméra en carton.

Le cas Scorsese, c’est par excellence l’arbre qui cache la déforestation, celle qui menace si la salle cesse d’être ce qu’elle est aujourd’hui: non seulement un lieu économique, de mise sur le marché, mais à la fois un lieu imaginaire et un lieu d’apparition.

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