À voir au cinéma: «La Gradiva», «Marie Madeleine», «Les Recommencements», «Octobre à Paris»

Quand Marie Madeleine (Gessica Généus) entreprend d’amener le pieux Joseph (Béonard Monteau) sur d’autres voies de la félicité.

Découvertes réjouissantes avec les films de Marine Atlan et de Gessica Généus, vibrants retours au présent sur des passés douloureux avec le documentaire d’Isabelle Ingold et Viviane Perelmuter et la reprise de celui de Jacques Panijel.

«La Gradiva» de Marine Atlan

Nombreuses sont les critiques de cette rentrée qui s’ouvrent par un rappel de la joie qu’a été la découverte du film concerné au dernier Festival de Cannes. Celui-ci fut en effet particulièrement fertile en belles découvertes, et La Gradiva, premier long métrage de Marine Atlan, en fait pleinement partie.

Titre-phare de la Semaine de la critique, il se signale par sa manière de déjouer les mécanismes convenus du film d’adolescents en groupe, genre extrêmement codé dont le début semble annoncer la reconduction, tandis qu’il accompagne une classe de lycéens français et leur professeure pour un voyage à Naples et à Pompéi.

Et s’il y aura bien la découverte de sentiments nouveaux, de rivalités, de séductions, de copinages venus de l’enfance et la curiosité d’un monde à découvrir et à habiter, La Gradiva ne cesse de s’enrichir de nouvelles tonalités.

Dans les ruines de Pompéi, mais aussi le dédale de leurs désirs, les lycéens confrontés à de multiples récits et imaginaires. | Tandem
Dans les ruines de Pompéi, mais aussi le dédale de leurs désirs, les lycéens confrontés à de multiples récits et imaginaires. | Tandem

Autour de Toni, dont la grand-mère vient de la région où les élèves sont logés, jeune homme travaillé par des élans contradictoires, de Suzanne, de James et de la prof qui accompagne le groupe, prolifèrent de multiples autres approches.

Elles sont nourries d’une relation documentaire à la ville, très présente et très bien filmée, et de tout un assortiment de ressorts activés par diverses façons d’utiliser la parole, et par le rôle décisif de cette archive physique impressionnante qu’est le site même de Pompéi.

La jeunesse des protagonistes –de fêtes en moments intimes– et la mort des victimes de l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C., gravée dans la lave et le mythe, multiplient les puissances d’évocation de situations dont le réalisme se teinte d’une magie très concrète.

Toni (Colas Quignard) au pied d'une histoire à la fois intime, familiale et collective. | Tandem
Toni (Colas Quignard) au pied d’une histoire à la fois intime, familiale et collective. | Tandem

Riche en péripéties, La Gradiva trouve son élan dans la manière généreuse et inquiète avec laquelle Marine Atlan filme une beauté disponible à la violence des rapports humains, qui fait exister un film très plein, dont pouvait dire en le découvrant à Cannes que ses échos se perpétuent longtemps.

En repartant d’une tragédie vieille d’il y a 2.000 ans et en trouvant comment faire écho à des luttes, des injustices et des amnésies d’il y a un siècle, le film se trouve intensément au présent, un présent que l’actualité rend même prémonitoire. Et c’est impressionnant de justesse, pour cette œuvre dont le titre reprend celui d’un texte qui fut au centre de toute une réflexion de Freud, et qui inspira vivement les Surréalistes.

Depuis, la mobilisation lycéenne, qui en apparence n’a rien à voir, fait résonner les dimensions explicitement politiques du film, mais plus encore peut-être les manières contemporaines d’affronter les défis et les angoisses d’aujourd’hui.

La Gradiva

De Marine Atlan

Avec Colas Quignard, Suzanne Gerin, Antonia Buresi, Mitia Capellier-Audat

Séances

Durée: 2h25

Sortie le 21 octobre 2026

«Marie Madeleine» de Gessica Généus

Elle saigne. Il essaie de l’aider et se fait insulter. C’est brutal et opaque, ce qui se joue d’emblée dans ce couloir d’un hôpital haïtien. La femme aux cheveux rouges, à la perruque rouge, retrouve son domaine, un bordel plein de vie et de défis. Le jeune homme retrouve le sien, un cercle religieux rigoriste.

À la fois confus et fléché de signes puissants, le début de Marie Madeleine, troisième film de la cinéaste Gessica Généus, va prendre l’ampleur d’un typhon. Celui-ci est déclenché par l’opposition entre des femmes très féminines, animées d’une farouche volonté de survie sans égard pour les lois et les bonnes mœurs, et des hommes très masculins, prompts à écraser sous le rigorisme religieux et l’usage des armes. Issues de chacun de ces deux camps, deux figures puissantes et troublantes emportent le mouvement bien au-delà de ce seul face-à-face.

Plus planante que christique, Marie Madeleine dite M au-dessus de la ville haïtienne de Jacmel, pour un voyage mental que menace un atterrissage douloureux. | Pyramide/capture d'écran de la bande-annonce
Plus planante que christique, Marie Madeleine dite M au-dessus de la ville haïtienne de Jacmel, pour un voyage mental que menace un atterrissage douloureux. | Pyramide/capture d’écran de la bande-annonce

Elle, qui s’appelle sans doute Marie Madeleine, en toute ressemblance assumée avec le personnage des évangiles, ne se fait appeler que M. Interprétée avec une énergie sensuelle ravageuse par Gessica Généus elle-même, elle est l’épicentre de ce tourbillon de colère, de désir, de transgression qui anime le film.

Lui, Joseph qu’elle rebaptise illico Jésus, cherche à rester fidèle à ce pasteur fulminant dont il est à la fois le fils et le servant, et au message de compassion qu’il est supposé prêcher. Dans le sillage de M, il en vient à remettre en question les comportements du groupe religieux qui était le seul cadre de sa vie, au milieu d’une cité saturée de mysticisme, chrétien et animiste, de violence, de corruption, de misère et de beauté.

Ce que réussit la cinéaste haïtienne, à partir d’un ressort dramatique assez simple, sinon simpliste, est tout à fait étonnant: la présence des corps et des voix, la force des gestes et des regards, le travail sur le son et les couleurs transforment cette parabole en une sorte d’épopée des sensations et des émotions, qui emmène très loin des repères attendus.

Chaque nouvelle séquence renforce l’élan charnel, à la fois furieux et amoureux, hypersexué et chaste, qui fait de Marie Madeleine un beau monstre de cinéma.

Marie Madeleine

De Gessica Généus

Avec Gessica Généus, Béonard Monteau, Edouard Baptiste, Melissa Midort

Séances

Durée: 1h44

Sortie le 21 octobre 2026

«Les Recommencements» d’Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter

Il y a cet homme, un peu de trois-quarts, un peu à contrejour. Sa silhouette se détache sur le ciel, immense. Il parle de lui, de sa vie, on ne sait pas bien d’abord pourquoi on est supposé s’y intéresser.

Peu à peu, on apprendra, on comprendra. Et puis on comprendra que ce qu’on apprend n’est pas tout, peut-être pas le plus important. C’est un voyage, pour le spectateur comme pour le personnage, et pour celles qui le filment. Un voyage humain, un cheminement mental, historique, très politique, qui à un moment prendra la forme d’un voyage au sens spatial, à travers les États-Unis, de la Californie à la Côte Est.

À la fois inquiet et déterminé, Al Moon en chemin vers un un avenir saturé de plusieurs passés traumatiques. | Vraivrai Films
À la fois inquiet et déterminé, Al Moon en chemin vers un un avenir saturé de plusieurs passés traumatiques. | Vraivrai Films

L’homme se nomme Al Moon. Il cosigne le film avec les réalisatrices Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter et c’est justice tant il devient évident qu’elles et il l’inventent ensemble. Deux éléments marquants caractérisent Al, il est un Amérindien et un vétéran du Vietnam.

Une grande part du film est consacrée à prendre en compte ces deux dimensions, qui sont deux éclairages importants de l’histoire des États-Unis, sans y enfermer cet homme singulier, hanté de questions et d’angoisses qui lui sont propres, et dont Les Recommencements fait résonner à la fois la singularité et les échos infiniment plus amples qu’elles mobilisent. (…)

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