En 2018 ou en 1019, neuf DVD et coffrets à ne pas manquer

Marginalisé par les plateformes en ligne, le DVD est de plus en plus l’occasion d’éditions soignées, souvent accompagnées de compléments audiovisuels ou imprimés de qualité.

L’intégrale Nuri Bilge Ceylan, Memento Films

Le cinéaste turc auréolé de la Palme d’or 2014 pour Winter Sleep s’est imposé depuis seize ans (avec Uzak, en 2002) comme une grande figure du cinéma international, et comme le seul représentant de son pays sur la scène mondiale.

La vertu de ce coffret est de permettre d’avoir accès à l’œuvre dans son ensemble, ce qui permet d’en vérifier la cohérence, l’ambition, les innovations du réalisateur au sein de son propre univers, jusqu’au récent Poirier sauvage, qui fut l’un des titres importants de la compétition officielle lors du dernier Festival de Cannes.

Bilge Ceylan est l’auteur d’au moins un chef-d’œuvre, le magnifique Il était une fois en Anatolie (2011). Mais grâce à cette édition, il sera aussi possible de vérifier –ou de découvrir– combien ses deux premiers longs-métrages, peu vus, les très beaux Kasaba (1997) et Nuages de mai (2000), révélaient déjà la puissance d’évocation de son cinéma.

Clint Eastwood, collection de dix films, Warner

Il n’y a pas que les petites maisons courageuses pour continuer de proposer des éditions de qualité de grands cinéastes. Le Studio Warner sort ainsi toute une batterie de coffrets, qui concernent trois cinéastes majeurs. Rien d’inédit ici, mais la possibilité de réunir des pans considérables d’œuvres qui ne le sont pas moins.

Stanley Kubrick, évidemment, avec quatre titres essentiels (mais ils le sont tous): Orange mécanique, Shining, Full Metal Jacket et Eyes Wide Shut.

Une quasi-intégrale de Christopher Nolan, figure majeure de la recherche actuelle au cœur même de l’industrie hollywoodienne, véritable auteur de cinéma au plein sens de la formule.

Et des florilèges, déclinés selon plusieurs formules, du cinéma de Clint Eastwood. Parmi les options, arrêt sur le coffret de dix titres réalisés entre 1993 (Un monde parfait) et 2016 (Sully). On peut dire la carrière du réalisateur Eastwood inégale, elle l’est, mais elle témoigne d’une ambition, d’une diversité, d’une sensibilité à l’époque et à ses enjeux exceptionnelles.

C’est vrai du chef-d’œuvre du western critique et torturé si mal nommé (en français) Impitoyable et de son pendant côté film noir encore plus douloureux Mystic River, vrai du sommet du mélo que reste Sur la route de Madison comme de ce grand film humaniste et démocratique qu’était Gran Torino, ou de ce biopic décalé, histoire d’une certaine Amérique plus que du flic Hoover, J. Edgar. Et c’est aussi vrai d’un titre tenu à tort comme mineur, l’étrange et troublant Créance de sang.

Il ne s’agit pas ici seulement d’ambition concernant les genres ou les sujets, il s’agit d’un style, nerveux, tendu, extrêmement attentif aux rythmes et aux présences humaines, sur des trajectoires très fréquemment au bord du gouffre.

Alors, oui, on peut se passer d’Invictus et d’American Sniper, qui complètent le coffret. Mais on ne peut pas, si on aime le cinéma, se passer de Clint Eastwood, et les huit autres films en portent un imparable témoignage.

René Féret, 40 ans de cinéma, JML Distribution

C’est, si on veut, le contraire du précédent –ou plutôt son symétrique. René Féret, réalisateur de seize films en quarante ans, n’occupe pas le haut de l’affiche. Dans une pénombre plutôt injuste, il a tracé un sillon obstiné et personnel, aussi parce qu’il vivait dans un pays, la France, où des réalisateurs ne rencontrant guère le succès commercial peuvent poursuivre ce que l’on nomme une carrière –avec énormément de difficultés, mais ils peuvent.

Féret s’est fait connaître en 1975 avec le très beau Histoire de Paul, salué par la critique et une forme de reconnaissance. Son deuxième film, en compétition à Cannes, La communion solennelle (1977), semblait devoir établir une place stable pour cet auteur au ton et au regard singuliers, fils de commerçants du Nord resté attaché à l’univers dont il est issu, proche des personnages et des situations, dans une veine qui le rapproche de René Allio et de Robert Guédiguian, dont il a produit certains films. Troublant, Le Mystère Alexina, récit de l’apparition dans l’espace public d’une personne trans* d’après un texte exhumé par Michel Foucault –proche du réalisateur depuis ses débuts–, reste dans les marges de la visibilité.

Ce sera désormais le destin de ses films, produits par sa propre société aux allures de coopérative. Sans stars ni soutiens médiatiques, ils ne retiennent guère l’attention –jusqu’au dernier, l’émouvant Anton Tchekhov 1890, sorti discrètement en 2015, l’année où son auteur s’éteignait à l’hôpital.

Ce cube noir qu’est le coffret réunissant la totalité de ses films est un petit pavé dans la mare d’une indifférence injuste. Il témoigne d’une des raisons d’être du DVD, la possibilité de garder trace, et si possible de ramener à la mémoire, des films ou des ensembles de films qui ne risquent pas d’être souvent recherchés sur internet ou programmés par les télévisions.

Jean-Paul Belmondo et Alain Delon, Carlotta

En France aussi, on a des stars. En tout cas, on en a eu, deux d’un coup, en miroir plus qu’en supposés conflits entretenus par les gazettes, mais pas moins complètement différents pour autant.

Jean-Paul Belmondo, formé au théâtre classique et révélé par la Nouvelle Vague naissante, chez Godard, Chabrol et Truffaut, deviendra un Bebel national gouailleur et très peu regardant sur l’intérêt des films dans lesquels il tournera, au-delà du soin apporté à sa figure, sinon à sa statue.

Les six DVD réunis ici sont assez proches du meilleur choix possible pour évoquer son parcours, à partir de sa rampe de lancement des années 1960, avec À bout de souffle, mais aussi le film noir brutal et mélancolique de Jean-Pierre Melville, Le Doulos, le jaillissement du gai luron cascadeur dans L’Homme de Rio, l’adoubement par Gabin (Un singe en hiver) et Ventura (Cent mille dollars au soleil). Ce qui mène au Magnifique, emblème de la gloire déjà établie, du typage du personnage, de ses ficelles et de ses charmes. C’est d’ailleurs le titre du gros album que l’éditeur Carlotta publie avec les DVD, Jean-Paul Belmondo le magnifique, de Sophie Delassein.

Le coffret consacré à Alain Delon est lui doté d’un livre rédigé par Baptiste Vignolet, et porte le titre plus austère d’Une carrière, un mythe. Avec le jeune homme surgi de nulle part et irradiant l’écran, qui deviendra l’acteur français le plus célébré dans le monde (et le reste), on retrouve des parallèles avec Belmondo.

Lui aussi a reçu l’onction de Jean Gabin (Mélodie en sous-sol est réalisé par Henri Verneuil juste après Un singe en hiver), les deux se retrouvant ensuite dans Deux hommes dans la ville, puis dans le cadre du trio générationnel Gabin-Ventura-Delon du Clan des Siciliens. Si Plein soleil est à la fois le long-métrage qui a largement révélé l’acteur et désormais un film culte, même avec le magnifique Cercle rouge de Jean-Pierre Melville (Melville, autre point commun entre les deux acteurs), l’ensemble complété par le racoleur La Piscine est loin de rendre justice ni au mythe, ni à la carrière de celui qui fut inoubliable chez Visconti et Antonioni, Cavalier et Losey, pour s’en tenir là aussi aux seules années 1960 et 1970.

Cinq films de Mikio Naruse, Carlotta

Depuis longtemps reconnu comme le quatrième du carré d’as du grand cinéma classique japonais (avec Mizoguchi, Ozu et Kurosawa), Naruse demeure dans les faits en retrait, comme si la reconnaissance occidentale ne pouvait absorber plus de trois auteurs.

C’est parfaitement injuste, au vu en particulier des cinq films qui composent ce coffret. Délicatesse et cruauté, élégance et vertige des émotions courent tout au long de ces œuvres à la beauté fragile, toutes centrées sur des personnages féminins mémorables.

On a eu l’occasion, grâce à une sortie en salle, de dire tout l’enthousiasme qu’inspire Une femme dans la tourmente (1964), mais du Grondement dans la montagne (1954) à son quatre-vingt-neuvième et dernier film, Nuages épars (1967), l’ensemble proposé par ce coffret permet un premier survol judicieux d’une œuvre qui reste encore à découvrir.

«Taipei Story» et «A Brighter Summer Day» d’Edward Yang, Carlotta

Le deuxième et le quatrième film d’Edward Yang sont deux sommets du cinéma moderne chinois. A Brighter Summer Day (1991) est même désormais reconnu comme l’une des grandes œuvres du cinéma mondial, enfin rendu accessible dans sa version intégrale. Fresque générationnelle, le film démontrait une richesse et une sensibilité dans la mise en scène exceptionnelles.

Mais Taipei Story (1985), dont l’interprète principal est l’autre immense réalisateur taïwanais apparu au début des années 1980, Hou Hsiao-hsien, est un portrait impressionnant de finesse tendue d’un homme à la dérive dans un univers qui bascule, alors que Taipei –et toute une partie de l’Asie– entrait dans un nouveau monde. Là aussi, l’invention formelle et l’intelligence de la composition sont au service d’une compréhension d’un bouleversement à l’échelle d’une société toute entière.

N.B.: l’auteur de ces lignes a contribué à l’un des bonus de ces films.

 

«Daïnah la métisse» de Jean Grémillon, Gaumont

Signé d’un des plus grands cinéastes français (l’auteur de Remorques et de Lumière d’été, entre autres), ce film de 1932 est à la fois sidérant de beauté et passionnant pour les enjeux qu’il mobilise. Racontant un crime à bord d’un paquebot de luxe en route vers les tropiques, il a pour héros des personnages totalement exclus du cinéma français de l’époque, une jeune femme métisse et son mari noir (joué par Habib Benglia, le seul acteur noir du cinéma français d’avant-guerre).

La splendeur des images, composées par le peintre Henri Page et sublimement restaurées par les orfèvres de l’Immagine ritrovata de Bologne, se déploie aussi bien dans les scènes documentaires de la vie à bord, notamment dans la salle des machines ou lors du «passage de la ligne», que dans les compositions proches du surréalisme, en particulier l’incroyable bal masqué, ou les tours de magie renversants qu’exécute le mari de Daïnah.

Autour de celle-ci, c’est une troublante sarabande de séduction, de jeux des apparences, de passion physique aux limites de la transe, de désir, de violence et de mort qui se déploie dans ce film bref (52 minutes) d’une intensité rare. Si sa brièveté tient en partie à ce que des éléments ont été perdus, cela n’affaiblit nullement l’intérêt du film, où le son alors naissant joue un rôle important –notamment la musique et les bruits du navire.

Daïnah la métisse n’est pas seulement la révélation d’un objet plastique de toute beauté, c’est aussi un cas sans équivalent de transgression des codes coloniaux d’alors, avec deux personnages principaux «de couleur», un assassin blanc (la seule vedette du générique, Charles Vanel) et un jeu d’une richesse étonnante avec les références –en matière de races, de classes, de genres– tout autant qu’avec les formes.

DVD: des films inédits, surprenants, classiques ou à rattraper

Petit florilège de parutions récentes, monts inconnus et merveilles à redécouvrir. La plupart sont également accessibles en VOD, mais sans les suppléments (bonus audiovisuels, livres et livrets), et pas forcément avec la même qualité d’image et de son.

Photo: Duel au soleil de King Vidor.

En ces jours d’après Festival de Cannes, rien de très excitant parmi les sorties en salles –ça va venir. L’occasion de mettre en avant la récente sortie en DVD de films dignes d’intérêt au plus haut point, qu’il s’agisse de classiques jusqu’alors indisponibles ou proposés dans de meilleures conditions, d’éditions qui permettent de retrouver quelques-unes des plus belles sorties de l’an dernier, ou d’occasions de découvrir dans les marges de belles aventures du regard.

Un inédit sort de l’ombre

Mais d’abord un inédit que vous croyez peut-être avoir vu: Les Fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin. L’édition DVD (Le Pacte) donne enfin accès au public français au film tel que l’a conçu son réalisateur, et tel que l’ont vu les publics du reste du monde. Ce n’est pas la «director’s cut» ni la «version longue», c’est le film qu’a voulu Desplechin et qu’ont censuré son distributeur et le Festival de Cannes, imposant plus d’un quart d’heure de coupes pour la projection en ouverture du Festival 2017 et la sortie dans les salles de l’Hexagone. Film magnifique qui ne prend son véritable sens que dans cette version.

Trois souvenirs de l’an passé

Parmi les très beaux films de l’an dernier, on soulignera particulièrement la possibilité de retrouver, édité par Gaumont, le si émouvant et subtil Barbara de Mathieu Amalric, film pour lequel on accorderait volontiers la co-signature à Jeanne Balibar tant le travail de l’actrice contribue à l’intelligence sensible de cette évocation de la grande dame en noir.

Et aussi un petit homme noir, le génie littéraire et politique James Baldwin, autour duquel Raoul Peck a construit le formidable documentaire I Am Not Your Negro (édition Blaq Out). Réalisé d’après les écrits de Baldwin et avec un usage très créatif des archives filmées dans les années 1960 et 1970, le DVD comporte plusieurs bonus de qualité, dont un étonnant documentaire de 1962 tourné en Suisse par Pierre Koralnik, méditation lucide et tranchante de Baldwin sur le racisme européen et le monde post-colonial alors encore à venir.

Enfin, très injustement sous-estimé à sa sortie et passé quasi-inaperçu, le très beau thriller fantastique de Joachim Trier, Thelma. Inquiétant et émouvant, ce voyage dans les abymes intérieurs qu’affronte une jeune fille est à la fois digne d’Hitchcock et très contemporain.

Raretés à découvrir

Confidentiuel et très original, d’une beauté qui ne se compare à rien, l’œuvre filmée de Patrick Bokanowski fait l’objet d’un remarquable travail éditorial de la part des éditions Re-voir. (…)

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(où il sera entre autres question de Rossellini, de King Hu, de Jennifer Jones, de cowboys et d’indiens…)

Quelques DVD pour les fêtes

Hitchcock, Varda, Garrel, un Goncourt cinéaste… quelques indispensables parmi les nouveautés DVD de fin d’année.

À l’heure des cadeaux, y compris à se faire à soi-même (ou à se faire offrir), les véritables amateurs de cinéma continuent d’enrichir leur DVDthèque, que ne sauraient en aucun cas remplacer les plateformes en ligne, quelle que soit leur utilité par ailleurs. Parmi les nouveautés de cette fin d’année, un petit florilège.

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Éloge du DVD aux temps des films en ligne

Pourquoi, alors que de nouvelles pratiques dominantes de consommation des films cherchent à s’imposer, le DVD offre une précieuse relation avec le cinéma. Et quelques conseils de nouveautés pour accompagner l’été.

L’affaire est entendue. Le DVD, qui fut la grande nouveauté en terme d’accès aux films au tournant du siècle, rebattant les cartes distribuées par la VHS comme alternative à la salle et à la télévision, n’est plus et ne sera plus un outil dominant de diffusion du cinéma. Est-ce à dire qu’il est obsolète? C’est loin d’être sûr.

S’il n’est plus le support par excellence de circulation des blockbusters, il conserve, sur le plan de la qualité ce qu’il a perdu sur le plan de la quantité. On parle ici de la qualité du rapport au cinéma, pas nécessairement, hélas, de la qualité technique des images et des sons, laquelle reste très inégale – on ne s’attarde pas ici non plus sur les différences, parfois significatives, entre DVD et Blu-ray, et bien sûr entre différentes éditions du même film.

Un autre rapport aux films

La question principale est, en effet, celle du rapport au film –et dans de nombreux cas, de l’accès au film. La logique du DVD est aujourd’hui, sans coût particulièrement élevé, une logique de la distinction, mot à entendre de manière positive.

La distinction, on a autrefois appelé ça la liberté, consiste à échapper aux logiques écrasantes, réductrices et addictives du marché, telle qu’elles s’exercent avec une violence et une efficacité encore jamais connues, sur les trois supports dominants, la salle, les télévisions et les services VOD.

Les ravages de l’hypermarché Netflix

Avec la domination arrogante de Netflix, la SVOD affiche les apparences de la diversité, exactement du même type que l’offre d’un hypermarché. Et c’est en fait à un écrasement des goûts et des curiosités sans précédent qu’on assite.

Hormis quelques services de niche, les télévisions, en perte de vitesse, sont pour l’essentiel à la remorque du box-office, avec une dimension familialiste accrue.

Quant aux salles, si, en France tout au moins, elles maintiennent une considérable diversité de l’offre, la force d’occupation des blockbusters est telle, et souvent le manque d’engagement des exploitants, que l’immense majorité des films ne sont visibles que dans quelques salles, à quelques séances, durant quelques jours. L’écart ne cesse de se creuser entre l’offre théorique (ce qui sort effectivement au cinéma) et l’offre réelle, ce qu’il est possible de voir à un instant donné.

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Les beaux films d’un cinéaste emprisonné

Keywan Karimi est un jeune réalisateur talentueux, et cela devrait suffire pour que ses deux films aujourd’hui accessibles en DVD, «Drum» et «Writing on the City», attirent l’attention. Il est aussi victime de la répression dans son pays, l’Iran.

Ce sont deux films dont l’intérêt et la beauté devraient être les seules et très légitimes raisons d’en parler ici. Ce n’est malheureusement pas le cas.

À ces deux films, extrêmement différents –un documentaire et un conte fantastique– et extrêmement proches –deux réflexions politiques ancrées dans le contemporain de la ville de Téhéran–, se greffent deux problèmes, aussi douloureux que complètement différents eux aussi.

D’où le possible et fort regrettable soupçon que c’est du fait de ces problèmes que ces films méritent attention, alors qu’ils ont toutes les qualités souhaitables pour exister par eux-mêmes.

 

Writing on the City (2013) est un voyage. Un voyage politique dans le temps, d’une révolution à l’autre, sur un singulier tapis volant: les murs de Téhéran.

Le voyage va du soulèvement contre le Shah en 1978 amenant sa chute au début de l’année suivante et dans les mois qui suivent l’appropriation des pleins pouvoirs par l’ayatollah Khomeiny, au mouvement de masse qui a suivi la réélection frauduleuse d’Ahmadinejad à la présidence en juin 2009, et à son écrasement.

Avec sensibilité et un humour retenu, de manière attentive et joueuse, en assemblant images d’archives et attention aux signes du quotidien inscrits au détour des rues, le jeune réalisateur compose une fresque couvrant trente ans de vie publique (dont 8 de guerre).

L’art de la composition comme l’intensité de l’engagement aux côtés des anonymes qui ont fait et subi l’histoire de la République islamique font de Writing on the City un témoignage précieux. Mais le film est aussi, bien au-delà du seul cas iranien, exemplaire des ressources du cinéma pour documenter et comprendre, en faisant s’émouvoir et parfois sourire.

Du côté de Murnau ou Tarkovski

Totalement différent, Drum (2016) s’inscrit pourtant sur le même horizon, urbain et politique. Cauchemar kafkaïen tourné dans un noir et blanc sépulcral, le film accompagne l’errance menacée d’un avocat chargé d’une affaire où rôdent pouvoirs et spectres.

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