Cannes jour 11: un palmarès de vieillards

Inégal, ayant suscité des agacements parfois injustes ou exagérés, mais riche aussi de véritables découvertes, le 65e Festival de Cannes s’est terminé avec un palmarès déprimant. On a dit ici qu’Amour, le film de Michael Haneke, ne manque pas de qualités, cela ne change rien à l’impression de parti pris académique qui émane d’une liste de récompenses caractérisée également par son incohérence. De même le brave Ken Loach avec son gentil La Part des Anges n’a-t-il rien à faire là, ni peut-être même en sélection, quand bien même on aura plaisir à voir le film à sa sortie. Carlos Reygadas mérite, lui, un prix de la mise en scène (pour Post Tenebras Lux) mais celui-ci est inaudible dans un tel contexte, quand tous les autres films récompensées, à l’exception d’Au-delà des collines de Cristian Mungiu, patauge dans les conventions d’un cinéma blanchi sous le harnais.

C’est un triste signal qui est envoyé par ce palmarès, celui d’un conformisme vieillot qui tend à accréditer davantage une idée déjà répandue, et en partie injuste, selon laquelle le premier Festival du monde serait aussi le lieu de re-consécration en boucle des mêmes vieilles gloires.  Moretti (Moretti! aiuto!) et ses complices ont rendu un bien mauvais service à Cannes, et au cinéma, en ne laissant filtrer aucun rayon de nouveauté, aucun souffle de vivacité ni d’originalité à l’heure de la distribution des prix.

Un goût amer

Moi qui écris cela, je vais à Cannes depuis exactement 30 ans. Autant dire que j’en ai vu d’autres, question palmarès qui énervent et qui attristent. Si celui-ci laisse un goût particulièrement amer, c’est qu’il existait de multiples possibilités au sein de cette sélection de saluer des idées neuves de cinéma. Et que le jury n’en a saisi aucune. Etant bien entendu qu’il ne s’agit évidemment pas d’un problème d’âge, au sens de l’état civil des réalisateurs, mais de conformisme et de fatigue artistique.

Parmi les 22 films de la compétition, on a déjà clairement revendiqué la prééminence qui aurait dû être accordée à deux grands films signés de deux grands auteurs modernes, Leos Carax pour Holy Motors et David Cronenberg pour Cosmopolis. Pour Carax, les jurés avaient en outre l’opportunité de rendre sa place légitime à un grand artiste après plus de 10 ans de bannissement. Et même si la beauté du film parle pour elle-même, c’est une véritable occasion manquée, un total manque de panache. Mais outre ces deux-là…

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Cannes Jour 10: American déjà-vu

Mud de Jeff Nichols (Compétition)

Lawless de John Hillcoat (Compétition)

Killing Them Softly d’Andrew Dominik (Compétition)

The Paperboy de Lee Daniels (Compétition)

C’était l’un des aspects les plus saillants de la sélection officielle 2012: la très forte présence en compétition de films venus des Etats-Unis, avec cinq titres en lice, soit la plus forte représentation par pays –si on accepte la convention selon laquelle les films de Haneke et Walter Salles, ou même ceux de Cronenberg, Nasrallah et Kiarostami, ne sont pas français, même si des sociétés françaises ont joué un rôle décisif dans leur production.

Parmi les cinq films américains, l’un, Moonrise Kingdom de Wes Anderson, occupe une place à part, pas seulement pour avoir fait l’ouverture des festivités, mais surtout comme nouvelle réalisation d’un cinéaste désormais bien identifié, auteur d’une œuvre cohérente que ce film complète sans y ajouter beaucoup.

Il n’en allait pas de même des quatre autres, signés de cinéastes ayant déjà tourné un ou deux films mais encore en phase de découverte. Autant dire qu’au sein de cette compétition par ailleurs balisée par les ténors, les représentants états-uniens faisaient figure de principale promesse de découverte, d’inédit, de singularité.

Une promesse d’inédit non tenue

Promesse non tenue, même si les quatre films ne sont pas à ranger dans le même panier: l’un d’entre eux émerge nettement du peloton, le dernier à avoir été présenté aux festivaliers, Mud de Jeff Nichols. Auparavant, on aura eu la bizarre impression de voir trois fois sinon le même film, du moins la même idée du cinéma, ou la même stratégie pour conquérir cette visibilité que la compétition leur aura de fait accordée.

Lawless de John Hillcoat raconte la bataille de trois frères, paysans du Sud pratiquant intensivement la distillation à l’époque de la prohibition, et affrontant des flics fédéraux qui incarnent la sauvagerie des grandes villes, par contraste avec leur non moindre brutalité rurale.

Killing Them Softly, d’Andrew Dominik, décrit la traque de petits gangsters par un tueur à gages invincible au service des gros bonnets de la mafia.

The Paperboy, de Lee Daniels, réunit dans un Deep South saturé de racisme et de frustration sexuelle deux journalistes, le jeune frère de l’un des deux et une femme éperdue de désir pour un condamné à mort.

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Cannes jour 9: Un spectre hante le monde

Cosmopolis de David Cronenberg avec Robert Pattinson, Paul Giamatti, Juliette Binoche, Sarah gadon, Samantha Morton, Mathieu Amalric (compétition officielle)

On appelle ça une «bulle». Ces constructions abstraites qui, sans égard pour le réel, ses duretés et ses contradictions, établissent un espace spéculatif à l’intérieur duquel s’enrichissent infiniment les misérables surdoués de la finance. L’écrivain Don DeLillo,

puis le cinéaste David Cronenberg, ont fabriqué la forme visible de cette bulle: une limousine blanche, luxueuse et absurde, dans laquelle Eric Packer, golden boy de Wall Street, reconfigure le monde à son profit, dans le temps réel des écrans et des connections au milliardième de seconde.

Spéculative à tous les sens du mot, la bulle, la grande limo blanche, traverse la ville, d’ouest en est, assignée à un but dérisoire et essentiel: Packer veut aller se faire couper les cheveux. Il vaut retourner là d’où il vient, il entreprend, au cours de cette odyssée qui se réfère clairement au chant homérique, de renouer avec des racines, des liens avec le monde matériel, humain, historique, lui qui est devenu à moins de 30 ans un des hommes les plus riches de la planète grâce aux puissances de la virtualité financière. Cosmopolis est l’histoire de ce voyage.

Un seul et immense ballet

Il y a le contrôle: gardes du corps, caméras de surveillance, informations secrètes, armes sophistiquées, analystes et statisticiens. Et il y a le reste. Il y a les activistes de la transgression, et l’intelligence supérieure du film à laisser voir comment ils participent activement de ce qu’ils croient contester et qu’ils espèrent détruire. Karl Marx, auteur d’intéressantes réflexions politiques et économiques au 19e siècle, est ici remis à son tour sur ses pieds: «un spectre hante le monde, le spectre du capitalisme».

Dans la mégapole mondialisée, les profiteurs, les experts, les fous, les intellectuels qui ont tout compris, et pas grand chose, les algorithmes, les marchands d’art et les dealers de chair, les histrions, les victimes, participent d’un seul et immense ballet, dans et hors de la longue voiture qui progresse à travers la cité. Eric P. commande et décide, il se prend pour celui qui dirige.

Il a été ça, un moment, le temps de quelques gestes, comme s’acheter comme épouse une diaphane héritière, poétesse subtile et barbare qui ne veut pas trop consommer le mariage. Mais le monde est plus vaste, plus complexe, plus illogique que ses géniales intuitions de surdoué de la finance.

Un tueur rôde (…)

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Cannes jour 8: entretien avec Don DeLillo

«Avec Cosmopolis adapté par David Cronenberg, mes mots ont pris une autre vie»

Sans hésiter un des plus grands écrivains vivants, couvert de récompenses pour ses romans depuis la fin des années 70, l’écrivain Don DeLillo a conquis une immense célébrité à partir de la parution d’Outremonde[1] en 1977. Son œuvre est sans doute celle qui prend le complètement en charge une réalité contemporaine qui est d’abord celle de son pays, les Etats-Unis, mais aussi l’état du développement, du déséquilibre, des imaginaires et des désespoirs de l’Occident.

Cinéphile érudit, DeLillo a depuis toujours installé le rapport au cinéma au cœur de ses romans, depuis Americana, son premier livre (1971), histoire d’un homme qui abandonne son travail dans la pub télé pour réaliser un film. Ce rapport au cinéma travaille son œuvre de l’intérieur, sans nécessairement renvoyer à des films ou à des réalisateurs existants: c’est bien d’une intelligence cinématographique du monde prise en charge par la littérature qu’il s’agit surtout.

Assez logiquement, les livres de DeLillo ont fait l’objet de multiples projets d’adaptation. Et tout aussi logiquement, ces projets avaient toujours échoué, jusqu’à ce que David Cronenberg s’empare du 13e roman de l’écrivain, Cosmopolis, pour en inventer une admirable transposition filmée.

Comment est né le projet d’adapter Cosmopolis?
Don DeLillo: Je ne suis pas à l’origine de ce projet. En 2007, le producteur Paulo Branco m’a invité à participer au Festival d’Estoril, qu’il organise au Portugal. Il aime que des gens qui ne font pas de cinéma, des écrivains, des peintres, des musiciens, fassent partie du jury, et de fait c’est un grand plaisir de discuter de films dans ce cadre. C’est à cette occasion qu’il m’a fait part de cette idée, qui vient d’ailleurs de son fils, Juan Paulo.

Il avait déjà pris une option sur les droits. Je connaissais sa carrière de producteur, la liste impressionnante des grands cinéastes avec lesquels il a travaillé, donc j’ai été d’accord. S’est alors posé la question du réalisateur, et je crois que là aussi c’est Juan Paulo qui a suggéré David Cronenberg. Le temps que j’en entende parler, Cronenberg avait déjà accepté, c’était réglé, et de la meilleure manière qu’on puisse imaginer. C’est allé très vite en fait.

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« Holy Motors » de Leos Carax, la beauté du geste

Holy Motors de Léos Carax avec Denis Lavant, Edith Scob, Eva Mendes (compétition officielle)

Cela commence par un rêve, rêve ou cauchemar de cinéma, traversée des apparences vers l’immensité sombre d’une salle obscure. C’est Carax, en personne, en pyjama et en compagnie de son chien qui vient sous nos yeux éberlués ouvrir cette improbable perspective. D’où miraculeusement nait une maison château bateau, splendeur de Le Corbusier entrevue le temps de livrer passage à un père de famille qui part au travail, un grand banquier qui aussitôt installé dans sa limousine extra-longue entreprend de jouer sur les marchés et de se procurer des armes pour se défendre de tous ceux que son immodeste gagne-pain accule à un désespoir possiblement vengeur.

Mais attendez… Pourquoi est-ce Edith Scob, plus belle et longiligne que jamais, qui pilote cette voiture étrange, d’autant plus étrange que quiconque a lu le roman Cosmopolis de Don DeLillo sait qu’on retrouvera un autre grand banquier dans l’habitacle customisé d’une autre et identique stretch limo, dans le film de David Cronenberg programmé à Cannes deux jours plus tard? Ce n’est que le premier des effets de proximité extrême entre les signes du cinéma, effets qui s’en vont travailler tout le nouveau film de Léos Carax. La présence de l’actrice des Yeux sans visage de Georges Franju annonce l’étonnante partie à laquelle sera convié tout spectateur.

Il s’agit en effet d’accompagner Monsieur Oscar au long de sa journée de travail. Monsieur Oscar est un être humain dont l’activité consiste à devenir successivement, et sur commande, le protagoniste d’histoires toutes différentes. La grande voiture blanche sillonne Paris de rendez-vous en rendez-vous, s’écartant parfois du trajet annoncé sans qu’on sache si cette digression est une entorse au programme ou l’accomplissement de protocoles secrets.

L’intérieur de la voiture est aménagé en loge d’acteur.

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Le CNC, modèle de hollandisme?

La présentation du bilan annuel du cinéma français durant le Festival de Cannes est un rituel bien établi, qui aurait pu donner lieu à un exercice d’autocongratulation particulièrement convenu, compte tenu des résultats en 2011 –résultats par ailleurs moins idylliques que ce que professionnels et responsables se plaisent à le laisser croire.

Mais l’exercice a été renouvelé, grâce à l’élection de François Hollande, et à la venue à Cannes de la nouvelle ministre de la Culture et de la communication, Aurélie Filippetti. Ce matin du 22 mai était celui de sa première rencontre publique avec les corps constitués du cinéma. Son discours, s’il ne traduisait pas une grande aisance à haranguer les foules, s’est surtout caractérisé par la formulation appuyée de quelques points essentiels, qui étaient exactement ceux qu’il importait de souligner à ce moment.

C’est ainsi que la ministre a dit et redit qu’elle est une femme politique, et que c’est bien à ce titre –et non comme caution jeune et féminine ni au titre de son œuvre littéraire– qu’elle entend tenir sa place au gouvernement. Corollaire de cette affirmation, la place hautement revendiquée de l’action politique, déclaration d’autant plus précieuse que la totale absence d’action politique aura été la regrettable caractéristique du ministère précédent, sous la direction d’un homme aux qualités nombreuses qui n’était pas du tout, lui, un homme politique.

 

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Cannes Jour 7: Resnais, Haneke, les cartes merveille de Cannes

Vous n’avez encore rien vu d’Alain Resnais avec Mathieu Amalric, Sabine Azéma, Anne Consigny (compétition officielle)

Amour de Michael Haneke avec  Jean-Louis Trintignant, Isabelle Huppert, Emmanuelle Riva (compétition officielle)

Vous n’avez encore rien vu et Amour étaient parmi les plus attendus du festival. L’un et l’autre, d’une extrême maîtrise et parfaitement fermés sur eux-mêmes, ne produisent pas exactement un sentiment de jeunesse, d’imprévu.

A la suite l’un de l’autre, deux des films les plus attendus du Festival. Le premier est la nouvelle œuvre d’Alain Resnais, Vous n’avez encore rien vu. Film passionnant, et d’une immense richesse. Il s’agit d’abord d’un virtuose hommage au spectacle, plus encore qu’au théâtre, même si celui-ci offre le cadre où s’inscrit la fiction.

Théâtrale, en effet, la manière dont un dramaturge met en scène les retrouvailles de ses amis et interprètes à l’occasion de sa propre mort. Son ultime mise en scène consiste à les installer devant un écran, où est montré l’enregistrement filmé d’une pièce inspirée de l’Eurydice d’Anouilh, pièce qu’ils ont eux-mêmes interprétée naguère, cette fois jouée par des jeunes acteurs. Les invités, acteurs désormais spectateurs franchiront en sens inverse la rampe qui sépare l’auditoire de la scène au cours d’un film multipliant courts-circuits et chausse-trappes. Ils appartiennent à des générations différentes, leurs visages et leurs corps attestent du passage du temps, et de la mort au travail, quand leurs personnages –Orphée, Eurydice– sont supposés être éternels. Le cinéma lui, c’est son sortilège, parfois son maléfice, enferme dans un éternel présent ceux qu’il a enregistrés.

De l’un à l’autre, du passé au présent, du théâtre au cinéma, de la fiction au réel, la mort a fort à faire, c’est à quoi s’évertue avec diligence celui qui la représente, joué par un sidérant Mathieu Amalric, quasi-méconnaissable.

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Cannes Jour 6: de l’air, enfin!

In Another Country, de Hong Sang-soo avec  Isabelle Huppert, Yu Junsang, Yumi Jung (compétition officielle)

Like Someone in Love d’Abbas Kiarostami avec Rin Takanashi, Tadashi Okuno, Ryo Kase (compétition officielle)

A mi-Festival, il faut admettre qu’au moins pour ce qui est de la compétition officielle, le bilan se révélait plutôt mitigé. Surtout, même les films les plus accomplis, comme Au-delà des collines de Cristian Mungiu ou Amour de Michael Haneke (sur lequel on reviendra) ne distinguaient pas par leur grande légèreté. Et puis voilà que coup sur coup, deux films de joie et de grâce s’en viennent faire souffler sur Cannes un vent libérateur, dont on espère qu’il parviendra même à chasser la pluie qui inonde la Croisette depuis vendredi.

Aussi différents que possible, ces deux films ont pourtant un autre point commun: ils sont nés l’un et l’autre d’un croisement entre deux mondes.

In Another Country de Hong Sang-soo (compétition officielle) s’inscrit de plein droit dans l’œuvre au long cours du cinéaste coréen. Celui-ci y retrouve notamment son goût pour les récits construits sur des variations, bifurcations et répétitions, et l’humour vaporeux des conversations sous l’emprise du soju, alcool national absorbé en massive quantité. Mais lui qui avait naguère immergé son univers dans un cadre français (Night and Day, 2008) invite cette fois une actrice française, Isabelle Huppert, jouant le rôle d’une réalisatrice française, Anne, en brève villégiature dans une station balnéaire coréenne.

Trois histoires, ou plutôt trois possibilités d’histoires qui se répondent et s’éclairent, résonnent des sourires et de mélancolie que chacune réfracte sur les autres. Elles composent ce film ludique et lumineux …

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Cannes Jour 5: violences en terres arabes et histoires de cinéma

Le Repenti, de Merzak Allouache (Quinzaine des réalisateurs)

Les Chevaux de Dieu de Nabil Ayouch (Un certain regard)

Après la bataille, de Yousry Nasrallah (compétition officielle)

En quelques jours, trois films présentés dans trois sections différentes du Festival entreprennent de traiter par la fiction certains des aspects les plus dramatiques qui marquent le monde arabe aujourd’hui. Il faut à la fois saluer ces tentatives, la volonté d’affronter les abîmes qui travaillent la réalité de ces pays aujourd’hui de manière à la fois directe et construite, et en constater les difficultés.

Les Chevaux de Dieu du Marocain Nabil Ayouch raconte l’embrigadement de jeunes gens d’un bidonville de Casablanca, qui commettront un des cinq attentas qui ont ensanglanté la ville le 16 mai 2003. Figure reconnue d’une nouvelle génération de réalisateurs dans son pays depuis le succès d’Ali Zaoua en 2000, Ayouch confirme les qualités de sa manière de filmer –une indéniable énergie et une attention aux problèmes contemporains– comme ses défauts –une imagerie droit venue de la pub et du clip, particulièrement gênante lorsqu’il s’agit de montrer l’extrême pauvreté.

Décrivant d’abord l’enfance de ses protagonistes à grand renfort de clichés misérabilistes, le film adopte ensuite un parti pris à la fois intéressant et limité: sans renoncer à l’artifice du filmage, il met celui-ci au service d’une description aussi neutre que possible du processus d’enrégimentement des jeunes gens par des «frères» barbus.Avec un effet paradoxal: on ne cesse d’être reconnaissant au réalisateur de nous épargner les prêches contre (ou, bien sûr, pour) les islamistes. Et on lui sait gré de la mise en évidence d’un processus où des jeunes gens, pour le pire, retrouvent des formes de respect d’eux-mêmes et de solidarité.

La contrepartie de cette mise à distance…

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