Agnès Varda, la grande vie

©JM Frodon

Quelques DVD pour les fêtes

Hitchcock, Varda, Garrel, un Goncourt cinéaste… quelques indispensables parmi les nouveautés DVD de fin d’année.

À l’heure des cadeaux, y compris à se faire à soi-même (ou à se faire offrir), les véritables amateurs de cinéma continuent d’enrichir leur DVDthèque, que ne sauraient en aucun cas remplacer les plateformes en ligne, quelle que soit leur utilité par ailleurs. Parmi les nouveautés de cette fin d’année, un petit florilège.

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«Visages Villages», vivant et voyant

La promenade joyeuse d’Agnès Varda et JR sur les routes de France réinvente constamment les possibilités de regarder les êtres et les lieux, les mémoires et les rencontres.

Cette critique reprend en partie celle publiée lors de la présentation du film au Festival de Cannes.

 

Il faut voir. Il faut voir le visage des gens lorsqu’ils sortent de la projection, lorsqu’ils parlent du film. Une joie, le sentiment que quelque chose d’improbablement juste à été atteint.

Ou alors, il faut voir ce type qui s’envole, et de son essor comique et un peu ridicule nait une musique simple et profonde, qui raconte une histoire longue, et une communauté à taille humaine.

Il est sonneur de cloches, ça existe encore, ça, un sonneur de cloches? Apparemment, puisque ce monsieur, qui s’appelle Vincent Gils, citoyen français d’aujourd’hui, exerce cette activité. Si on n’a pas vu, on dira c’est folklo, on dira c’est archaïque, on se moquera ou s’en fichera. Mais si on voit…

Le film d’Agnès Varda et JR est comme ce sonneur de cloche. Il fait un truc modeste, et il tutoie les anges. Il est drôle et gracieux, inattendu et inscrit dans la matière même de la réalité, du local, du voisin. Et il touche à ce qui fait humain, à ce qui fait commun, à ce qui fait récit, à ce qui fait Histoire.

Histoire des villes et des campagnes, plutôt vue pour une fois du côté de la campagne, histoire des hommes et des femmes, plutôt vue, pour une fois du côté des femmes, histoire vue aussi, pour une fois, du côté de ceux qui travaillent. (…)

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À Cannes, Agnès Varda et JR au-dessus de toute compétition

«Visages Villages» co-réalisé par l’auteure de «Cléo» et le street photographer n’est pas seulement hors compétition, il échappe avec génie, simplicité et émotion à toutes les catégories en vigueur. Avec plus d’éclat que «Wonderstruck» et «Faute d’amour», présentés ce jeudi.

La compétition officielle du 70e Festival de Cannes a commencé avec deux films sur le même motifs, mais parfaitement antinomiques. Chez le Russe Andrey Zvyagintsev comme chez l’Américain Todd Haynes, il s’agit en effet d’enfants qui disparaissent de la maison. Mais alors que Faute d’amour, du premier, ne cesse de creuser cette absence, ce vide à la fois créé et dénoncé par la fugue du fils d’un couple en train de divorcer, Wonderstruck (Le Musée des merveilles en VF) ne cesse d’accumuler les anecdotes, les rebondissements, les clins d’œil. 

Le nouveau film du réalisateur de Carol est ambitieux et complexe, il se joue à la fois en 1977 et en 1929, en noir et blanc et en couleur, avec deux personnages principaux sourds suscitant des jeux sur le son autant que sur l’accès aux informations. Le scénario manufacture des coïncidences et des effets de symétrie avec une indiscutable inventivité. Tout cela, y compris le recours aux objets fétiches comme réceptacles de la mémoire et des peurs enfantines, est mûrement réfléchi, et d’un intérêt proche de zéro.

Nettement plus intéressant est le nouveau film du réalisateur de Leviathan. La recherche de l’enfant fugueur par les membres d’un couple en crise est (à nouveau) l’occasion d’une évocation à la fois réaliste et métaphorique d’une Russie en état d’effondrement moral et affectif.

Maryana Spivak dans Nelyubov (Faute d’amour) d’Andreï Zviaguintsev

Avec en toile de fond les événements internationaux, et un sens incontestable de l’intensification des situations, ou même de plans apparemment neutres (un bois sous la neige, une rue dans la ville, la vue par une fenêtre), Zviagintsev suggère un constat psycho-politique d’une totale noirceur.

Le film repose toutefois sur deux ressorts utilisés sans grande subtilité, et par ailleurs dont la coexistence reste inexpliquée. D’une part, Faute d’amour pousse à l’extrême le degré d’égoïsme, de rejet des autres et au fond de soi de la quasi-totalité des protagonistes, en une surenchère qui finit par sembler relever plus du système que de la sensibilité à une situation, aussi sombre soit-elle.

D’autre part, au milieu de ce monde infect, comme surgis de nulle part, s’active un escadron de braves gens, efficaces, dévoués, dont on ne saura jamais comment ce monde pourri a pu leur donner existence.

C’est où les cinémas de Haynes et Zvyagintsev finissent pas se rejoindre: par des voies complètement différentes, il s’agit dans l’un et l’autre cas d’un cinéma en force, où le réalisateur use et abuse de son pouvoir pour «emporter le morceau», quel que soit le sens et la nature dudit morceau.

Là où va la vie

Tout le contraire de la manière de fonctionner du gai tandem Agnès et JR. (…)

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