«Chroniques d’Haïfa», «L’Évangile de la révolution», vertus de l’anachronisme

Fifi (Manar Shehab), celle par qui le scandale arrive parce qu’elle voulait vivre sa vie, dans un monde où cela lui est, à plusieurs titres, interdit.

Dans une famille palestinienne en Israël avant le début du génocide, d’un extrême à l’autre de l’Amérique latine à l’époque de la théologie de la libération, les films de Scandar Copti et de François-Xavier Drouet font résonner des situations révolues avec le présent.

Contrairement à ce qui se dit souvent, le cinéma n’est pas une machine à remonter le temps. C’est un dispositif qui permet de mettre en relation des époques et des temporalités différentes. Ainsi vont deux films «anachroniques» qui sortent en salles ce mercredi 3 septembre. Chacun à sa manière, l’un plutôt fiction et l’autre plutôt documentaire de montage, ils concernent une époque révolue, la situation des Palestiniens qui habitent en Israël avant que ne débute le génocide à Gaza et ce que fut le mouvement de la théologie de la libération en Amérique latine dans les années 1970-2000.

S’ils peuvent être dits «anachroniques», c’est de manière positive, n’étant pas –principalement– des témoignages du passé, mais des incitations dynamiques à percevoir ce qui existe au présent issu de ce qui s’est produit auparavant, et en quoi ces situations d’une autre époque sont éclairantes pour aujourd’hui. Grâce à l’énergie vive et à l’inventivité formelle de leur réalisation, l’un et l’autre sont porteurs d’une charge à la fois émotionnelle et réflexive qu’augmente le rapport aux chronologies historiques qui, de manière particulière pour chacun, les traversent.

«Chroniques d’Haïfa – Histoires palestiniennes», de Scandar Copti

Le deuxième long-métrage du cinéaste palestinien né en Israël Scandar Copti pourrait être une variation autour d’une histoire comme il s’en produit et surtout s’en raconte à peu près partout et en tous temps. Une histoire de conflits familiaux, entre générations, entre rapports aux traditions et à la modernité, entre membres de communautés qui ne peuvent ou ne veulent pas cohabiter.

Une jeune femme cache à sa famille sa relation amoureuse hors des normes patriarcales en vigueur. Son frère a une histoire d’amour avec une femme issue d’une autre communauté. Leurs parents se comportent selon des normes conformistes que l’on tient pour archaïques et attentatoires aux libertés en Occident; le père et la mère jouant chacun·e un rôle prédéfini, hérité et qui entend bien se reproduire. Sauf que…

Les femmes d'une famille heureuse… À condition que soient respectées les règles, toutes les règles. | Nour Films

Les femmes d’une famille heureuse… À condition que soient respectées les règles, toutes les règles. | Nour Films

Sauf que bien sûr, dans la grande ville du nord d’Israël (Haïfa), tout est reconfiguré par les fonctionnements spécifiques, marqués par le traditionalisme en vigueur chez des Palestiniens y compris urbanisés et travaillant dans des secteurs «modernes», par les manifestations insidieuses ou violentes de l’apartheid imposé par les juifs israéliens aux arabes israéliens, par l’omniprésence de l’embrigadement sioniste, y compris des tout petits enfants.

La réussite de Chroniques d’Haïfa, composé de plusieurs chapitres qui adoptent le point de vue de ses différents protagonistes, tient à sa manière de maintenir en tension ce qui relève d’un canevas «universel» et la mise en évidence de mécanismes et de comportements spécifiquement situés. Et elle tient à une sorte de tonus permanent, d’élan qui est à la fois celui des corps, celui des visages fréquemment filmés en gros plans et celui de la caméra très souvent en mouvement.

Celle-ci accompagne sur un mode qui semble souvent celui d’un reportage d’actualité des situations «romanesques», mobilisant sans cesse le questionnement quant à la manière dont ces grands ressorts narratifs et émotionnels s’inscrivent à la fois dans les conditions particulières de l’oppression des Palestiniens en Israël et entrent en contradiction avec elles.

Réalisé avant le début du génocide en cours depuis bientôt deux ans, la destruction à moindre visibilité de la Cisjordanie et l’aggravation démesurée des persécutions envers les Palestiniens qui habitent en Israël, Chroniques d’Haïfa a le mérite de contribuer, depuis une situation particulière que désigne le titre, à défaire la mécanique de la propagande qui cherche à faire croire que tout a commencé le 7 octobre 2023.

Datée et située, l’histoire à quelques personnages racontée par Scandar Copti contribue ainsi à contrer les myopies intéressées, à inscrire subjectivement la tragédie en cours dans le contexte d’une histoire longue de l’oppression et de l’injustice.

Chroniques d’Haïfa – Histoires palestiniennes
De Scandar Copti
Avec Manar Shehab, Wafaa Aoun, Toufic Danial, Raed Burbara, Merav Memoresky, Imad Hourani
Durée: 2h03
Sortie le 3 septembre 2025

«L’Évangile de la révolution», de François-Xavier Drouet

Ce fut une épopée de bravoure et de terreur, à l’échelle d’un continent, dont on a d’autant plus perdu le souvenir qu’elle a été fort peu racontée. Ni ignorée ni oubliée, l’immense histoire déployée sous le nom général de théologie de la libération est loin d’occuper dans les imaginaires collectifs la place qui devrait lui revenir.

Inscrite dans des contextes particuliers, au-delà de ce qu’eurent de commun les mobilisations de chrétiens, au nom de leur foi, contre l’injustice extrême imposée à des centaines de millions d’humains par la toute-puissance états-unienne et les dictatures, au service des grandes fortunes locales, cette aventure politique et humaine reste encore largement à raconter.

Détail d'une fresque murale dans laquelle un paysan pauvre occupe la place du Christ. | L'Atelier documentaire

Détail d’une fresque murale dans laquelle un paysan pauvre occupe la place du Christ. | L’Atelier documentaire

Et c’est ce à quoi contribue le film de François-Xavier Drouet, qui trouve l’énergie d’une narration inspirée en assemblant documents –photos, archives filmées, affiches, journaux– et témoignages, accompagnés du récit à la première personne du parcours du réalisateur sur les traces de ces événements et du destin de celles et ceux qui y ont participé. (…)

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«Miroirs n°3», «Bonjour la langue», «Le Sang et la boue», trois petites notes justes

Avant, entre Laura (Paula Beer) et Betty (Barbara Auer), il y avait eu un regard, qui n’annonçait rien.

Fable de l’hospitalité avec Christian Petzold, impromptu filial in extremis chez Paul Vecchiali et plongée dans l’enfer minier en République démocratique du Congo avec Jean-Gabriel Leynaud.

À l’occasion de la sortie simultanée de ces trois films, aussi différents entre eux soient-ils, on voudrait essayer, également avec humilité, de faire résonner ensemble trois tonalités de l’idée de modestie, comme grande et noble ambition de cinéma.

La modestie comme programme –et comme programme politique– chez Christian Petzold, la modestie comme parti pris formel vigoureusement ambitieux chez Paul Vecchiali et la modestie comme statut imposé au film de Jean-Gabriel Leynaud par l’état du spectacle cinématographique sont trois modalités d’un «être au monde» des films qui transgresse l’énorme pression du formatage.

Chacun dans son registre affirme une énergie qui cherche à se frayer un chemin parmi les standards de la domination telle qu’elle se manifeste partout, y compris dans ce qui occupe l’immense majorité des grands écrans.

«Miroirs n°3», de Christian Petzold

Il y avait un monde, un certain monde, couple d’urbains aisés, rapports inégaux entre homme et femme, promesses mal tenues, belle voiture rouge, campagne comme un décor luxueux. La vitesse, l’arrogance, les certitudes. Et puis boum.

Il y aura… Ah! Quoi? Du temps. Des lieux. Des gestes. Des regards. C’est comme un conte, mais très, très réaliste, concret. Une façon formidablement matérielle et sensible de redire que, oui, un autre monde est possible. Au moins un moment.

Le dix-neuvième long métrage de Christian Petzold, réalisateur chevronné auquel la Cinémathèque française consacre une judicieuse rétrospective du 26 août au 4 septembre, continue dans la veine des deux précédentes très belles réussites du metteur en scène allemand, Ondine (2020) et Le Ciel rouge (2023).

Les scénarios n’ont rien de commun. Ici, l’histoire de ce qui se joue entre une étudiante berlinoise en musique, victime d’un accident de la route, et la famille à la campagne chez laquelle elle est accueillie sans qu’ils et elles se connaissent auparavant. C’est la finesse et la précision des émotions, la vibration des plans et des êtres qui, d’un film à l’autre, sont à l’unisson.

Présentée par la Quinzaine des cinéastes au dernier Festival de Cannes, cette fable sur l’hospitalité imagine les manières dont des personnes différentes peuvent avoir besoin les unes des autres, même sans connaître les motivations de chacune et chacun. Et pas toujours uniquement dans la douceur.

Aussi délicat et riche d’échos que le morceau de Maurice Ravel auquel il emprunte son titre, Miroirs n°3 est incarné avec une grâce à fleur de peau, notamment par les deux actrices qui travaillent de si longtemps avec Christian Petzold, Paula Beer et Barbara Auer. Elles sont si présentes, si vivantes, qu’on risquerait de ne pas prêter attention aux deux rôles masculins, en retrait mais remarquables –remarquables, entre autres, d’être en retrait.

Betty (Barbara Auer) et Laura (Paula Beer), deux femmes de milieux et d'âges différents, et un bout de chemin ensemble. | Les Films du Losange

Betty (Barbara Auer) et Laura (Paula Beer), deux femmes de milieux et d’âges différents, et un bout de chemin ensemble. | Les Films du Losange

À Cannes, le film a été unanimement aimé de celles et ceux qui l’ont vu, mais très peu commenté. Il était présenté dans une section parallèle, il ne suscitait ni polémique ni scintillement de paillettes. Et c’était étrange comme son statut sur la Croisette, modeste lui aussi, ressemblait à ce qui s’active de si intense sur l’écran pendant la projection.

Il y a là quelque chose qui évoque la notion de décroissance –du spectaculaire, du show-business, des effets de buzz– dans le film lui-même comme dans la manière dont il est apparu dans l’espace public. C’est une idée qui émerge peu à peu et qui a trouvé, à Cannes toujours, lieu par excellence de la surexposition des films, une traduction encore plus radicale avec le chef-d’œuvre passé inaperçu qu’est The Mastermind de Kelly Reichardt.

Dans Miroirs n°3 s’épanouit une proposition qui n’a rien de lénifiant ni de simpliste. Elle se met en place entre des gens qui travaillent, qui s’occupent de soigner qui va mal, qui font à manger, repeignent la clôture et réparent un vélo. Ils et elles éprouvent des sentiments multiples, pas nécessairement apaisés, sans illusion sur une complète transparence réciproque.

Ainsi circule la possibilité d’habiter ensemble un bloc d’espace-temps. Une proposition dont on aurait tort de mésestimer la radicalité, aussi élégante soit la manière dont elle est mise en forme.

Qui regarde qui et comment? Question à rebonds entre Laura (Paula Beer) et Max (Enno Trebs), question de cinéma, question de possibilité –ou pas– d'un commun. | Capture d'écran Les Films du Losange via YouTube

Qui regarde qui et comment? Question à rebonds entre Laura (Paula Beer) et Max (Enno Trebs), question de cinéma, question de possibilité –ou pas– d’un commun. | Capture d’écran Les Films du Losange

Miroirs n°3
De Christian Petzold
Avec Paula Beer, Barbara Auer, Matthias Brandt, Enno Trebs, Philip Froissant
Durée: 1h26
Sortie le 27 août 2025

«Bonjour la langue (impromptu)», de Paul Vecchiali

«Il pensait que j’allais mourir, c’est raté mon coco!», a lancé, bravache, le très vieil homme à son fils, qui débarque après six ans d’absence. Comment se peut-il que cette phrase, prononcée par quelqu’un qui va en effet mourir incessamment, qui est mort au moment où nous voyons le film, soit aussi… oui… joyeuse?

C’est le miracle, ou l’un des miracles du dernier long-métrage de Paul Vecchiali –et ici «dernier» doit s’entendre au sens plein (il est décédé le 18 janvier 2023, durant les finitions du film). C’est lui, le vieil homme d’abord en partie dissimulé par un masque chirurgical, face à Pascal Cervo, qui est pour la septième fois acteur dans un film du cinéaste. Ce sont bien eux, mais c’est aussi un père et un fils de fiction, Charles et Jean-Luc, qui commencent par s’affronter sèchement.

Tout à la fois Charles, l'un des deux personnages, et Paul Vecchiali, l'homme et le cinéaste, qui quelques semaines avant sa mort était encore ô combien en vie. | La Traverse

Tout à la fois Charles, l’un des deux personnages, et Paul Vecchiali, l’homme et le cinéaste, qui quelques semaines avant sa mort était encore ô combien en vie. | La Traverse

Un carton au début a prévenu que le film, tourné en un jour, a été entièrement improvisé par les deux interprètes. La manière dont, en trois actes dans trois décors –la cour de la maison de Charles, qui pourrait bien être celle de Paul Vecchiali, la terrasse d’un restaurant à Sainte-Maxime (Var) et un parc– les relations entre les deux hommes vont s’enrichir et se reconfigurer n’est sans doute, elle, pas du tout improvisée.

S’étoffant au passage de quelques extraits du Cancre (2016), un précédent film de Paul Vecchiali où Pascal Cervo jouait déjà son fils, Bonjour la langue impressionne par son cheminement attentif et inventif, mais surtout par les harmoniques vivantes qui ne cessent de se déployer au cours de cet enchaînement de dialogues.

Le cinéaste du Café des Jules (1988) et de Nuits blanches sur la jetée (2015), qui aime tant John Ford, a souvent plaidé que le cinéma peut naître de la conversation et il le prouve à nouveau. Charles (Paul) et Jean-Luc (Pascal) resteront longtemps chacun dans «ses images», dans son cadre. Durant les deux premières parties, la parole circule d’un plan sur l’un à un plan sur l’autre. Et c’est un fourmillement d’histoires et d’affects qui prolifère entre eux. Le troisième acte les réunira enfin dans le même cadre, pour reconfigurer ce qui les lie et les oppose.

Jean-Luc (Pascal Cervo) et Charles (Paul Vecchiali), qui a des révélations à faire, au bout de son chemin. | La Traverse

Jean-Luc (Pascal Cervo) et Charles, qui a des révélations à faire, au bout de son chemin. | La Traverse

De ce dispositif où le cinéma apparaît réduit à son plus simple appareil, surgit une activation tonique, habitée de multiples présences et échos. Et c’est ce qui rend si joyeuse la proposition ourdie, à l’extrémité de sa vie par le cinéaste aux trente-deux longs métrages en plus de soixante ans de pratique sans cesse inventive. (…)

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«Valeur sentimentale», au bonheur de réinventer le déjà-vu

 Nora Borg (Renate Reinsve), actrice surdouée à la recherche de son rôle dans la vraie vie.

Le nouveau film de Joachim Trier explore avec acuité et délicatesse le mille-feuille de relations familiales vécues, imaginées, projetées, occultées, reconstruites.

Elle fait son jogging dans un cimetière. Certes, un cimetière norvégien, urbain, verdoyant et ensoleillé, mais quand même. Nora, actrice de théâtre qui triomphe sur scène, mais affronte un trac cataclysmique, ne va pas très bien. Sa mère vient de mourir, mais ce n’est pas que ça, loin s’en faut.

Aux obsèques dans la grande maison familiale où elle accueillait les proches en compagnie de sa sœur Agnes, voilà l’irruption du père, Gustav, parti depuis longtemps. Entre lui, Nora, Agnes, le petit garçon de celle-ci, circulent aussitôt et en tous sens une multitude d’affects, de non-dits, de regards, de signaux.

Gustav Borg (Stellan Skarsgård) est un grand cinéaste qui n’a plus tourné depuis longtemps. Il offre le premier rôle de ce qui devrait être son dernier film à Nora (Renate Reinsve), qui refuse sèchement. Quelques phrases, l’électricité dans l’œil de la jeune femme, la lassitude rusée dans celui du vieil homme, la scène est d’une grande violence avec presque rien.

Parce que, comme pratiquement tout dans ce film, l’essentiel est ailleurs. Du côté des fantômes peut-être, qui se faufilent sur les scènes de théâtre, sur les écrans de cinéma, dans les pages d’un scénario ou les dossiers d’archives d’une ancienne histoire de résistance et de torture, à défaut d’être admis par ceux qu’ils hantent néanmoins.

Entre Gustav Borg (Stellan Skarsgård) et sa fille ainée Nora (Renate Reinsve), chaque rencontre est un duel ravivant d'anciennes blessures. | Capture d'écran Memento via YouTube

Entre Gustav Borg (Stellan Skarsgård) et sa fille ainée Nora (Renate Reinsve), chaque rencontre est un duel ravivant d’anciennes blessures. | Capture d’écran Memento

Sixième long-métrage du réalisateur norvégien Joachim Trier, présenté au Festival de Cannes en mai et salué d’un Grand Prix à cette occasion (il aurait pu sans injustice recevoir la Palme d’or), Valeur sentimentale est ainsi. Père, filles, passé, présent, non-dits, il raconte des histoires connues et cent fois approchées par le cinéma. Et c’est comme si tout se réinventait.

Un exemple: il est devenu banal de dire, à propos de nombreux films, qu’un lieu (une ville, une maison) en est un des personnages principaux. Joachim Trier part de là, son film s’ouvre avec une explicite élection de la grande demeure familiale à Oslo comme personnage, en décline et déplie les usages fonctionnels et narratifs, surligne son statut de personnage, pour en faire autre chose.

Trois femmes et une maison

Ce lieu, aussi imaginaire que réel, maison de conte de fées à l’extérieur et succession de cubes blancs dedans, est moins central dans le récit qu’il semblerait. Mais il fonctionne comme ressource pour d’autres circulations, trafic de secrets et voyages à travers les époques. Construit cinématographiquement comme une puissance dramatique en déplaçant ce que tant de réalisations ont déjà fait, il donne accès à d’autres émotions, à d’autres sensations.

Il en ira de même avec la relation entre le père et ses deux filles, entre la vie et le spectacle, entre même le cinéma d’auteur européen incarné par Gustav et le showbiz hollywoodien personnifié par la star Rachel Kemp (Elle Fanning), qui a envie du rôle refusé par Nora.

Sur la plage de Deauville durant le Festival, la joie, même transitoire, du cinéaste vieillissant (Stellan Skarsgård) d'avoir suscité le désir de la star hollywoodienne Rachel Kemp (Elle Fanning) de jouer dans son film. | Memento

Sur la plage de Deauville durant le Festival, la joie, même transitoire, du cinéaste vieillissant (Stellan Skarsgård) d’avoir suscité le désir de la star hollywoodienne Rachel Kemp (Elle Fanning) de jouer dans son film. | Memento

Cette manière de reparcourir de manière inédite –riche d’infinies harmoniques singulières– des chemins amplement balisés par la littérature, le théâtre et le cinéma, est la précieuse offrande du film. Elle doit beaucoup à l’interprétation où chaque geste, chaque regard, chaque silence «exprime» –comme on dit– une émotion, mais jamais ne s’y limite.

Chacune dans un registre distinct, c’est ce que produisent les très belles propositions de jeu des trois actrices. Aux côtés de Renate Reinsve, que Joachim Trier retrouve après leur féconde collaboration dans Julie (en 12 chapitres) il y a quatre ans, Inga Ibsdotter Lilleaas et Elle Fanning font elles aussi que Valeur sentimentale réussit ce délicat prodige de traverser une à une des situations reconnaissables, d’une manière qui toujours se réinvente.

Stellan Skarsgård en cinéaste grand auteur vieillissant, malgré la finesse de son jeu et les recoins retors ou naïfs de Gustav Borg, est sans doute le personnage le moins intéressant sur le plan humain, alors qu’il est essentiel sur le plan dramatique. (…)

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Les bonnes surprises de «Brief History of a Family» et «À feu doux»

Shuo (Sun Xilun) sur le porte-bagage de Wei (Lin Muran), ami ou rival?

Abordant l’adolescence ou le troisième âge, le premier film de Lin Jianjie et celui de Sarah Friedland étonnent et détonnent par leur façon de décaler les codes des films de famille.

«Brief History of a Family», de Lin Jianjie

Le ballon a surgi du hors-champ, heurté le lycéen qui s’exerçait à la barre fixe. Il est tombé, s’est blessé. Le dénuement de l’image, le son intense, c’était presque comme un rêve. Lorsqu’un autre élève, Wei, accompagne Shuo à l’infirmerie et l’invite ensuite chez lui, on devine que c’est lui qui a lancé le ballon, sans savoir si c’était volontaire.

Ainsi se déroulera le premier film du réalisateur chinois Lin Jianjie, dans des environnements à la fois stylisés et très lisibles, dans des atmosphères où flotte constamment une incertitude non sur ce qui se passe, mais sur la manière de relier les actes des quatre principaux protagonistes, les deux adolescents et les parents de Wei, qui peu à peu accueillent complètement Shuo chez eux.

Aisés, cultivés, ambitieux, «modernes», les parents sont affligés du peu de goût de leur fils pour les études, sans considération pour ce qui intéresse l’adolescent (l’escrime). Chacun·e à sa façon, le père et la mère reconnaissent dans Shuo, corps étranger introduit dans la cellule familiale déséquilibrée, des qualités qu’ils auraient tant espéré pour leur rejeton.

Issu d’une famille très pauvre où règnent violence et alcoolisme, Shuo construit pas à pas sa place dans la famille de Wei, qui voit se déliter son statut d’ami protecteur et se sent bientôt en position d’infériorité dans son propre foyer.

Chez les parents de Wei, des regards où s'échangent questions et sous-entendus, espoirs et défis. | Tandem

Chez les parents de Wei, des regards où s’échangent questions et sous-entendus, espoirs et défis. | Tandem

La réussite de Brief History of a Family (dont rien ne justifie qu’il ne sorte pas sous le titre «Brève histoire d’une famille») tient à la limpidité des ressorts qui animent chaque personnage, tout en conservant une ambiance trouble, aux franges du thriller et du fantastique. Portrait indirect d’une part importante de la Chine actuelle, celle qui a profité matériellement et culturellement de l’essor économique des vingt-cinq premières années du siècle, le film raconte des modes de vie, des quartiers, des «signes de vie» où l’injustice tient aussi une grande place.

Par petites séquences tendues, faussement harmonieuses, il déploie un mystère qui ne tient à aucun secret, mais à l’étrangeté insoluble d’un état de la réalité où rien ne peut correspondre aux représentations que s’en fait chacun et chacune.

Là résident les menaces, la tristesse, parfois le comique et parfois la violence, et souvent une forme désenchantée de tendresse. À plusieurs reprises, des plans filmés à la verticale, de très haut, évoquent une observation au microscope de cellules, comme on l’a vu, sous forme de gag, au début du film –et la formation de biochimiste du réalisateur confirme le rapprochement.

D’une élégance volontairement froide, mais qui observe ses protagonistes avec une forme de compassion sans prétendre posséder de solution ni faire la morale, la mise en scène sophistiquée sans affectation de Lin Jianjie raconte ainsi beaucoup sans rien imposer.

En douceur, il interroge aussi les préjugés des spectateurs sur la famille et sur les rapports sociaux, en jouant à la fois des repères dominants sur l’organisation des relations humaines et des codes du thriller, voire du film d’horreur, tout en proposant de possibles retournements.

Brief History of a Family
De Lin Jianjie
Avec Sun Xilun, Lin Muran, Zu Feng, Guo Keyu
Durée: 1h40
Sortie le 13 août 2025

«À feu doux», de Sarah Friedland

Le premier long-métrage de celle qui a notamment été l’assistante de Kelly Reichardt est curieux à plus d’un titre. D’abord parce que, contre toute vraisemblance, se maintient longtemps l’hypothèse qu’il pourrait s’agir d’un documentaire, tandis que la caméra accompagne Ruth, cette dame âgée qui accueille dans sa belle maison un visiteur qu’elle ne reconnaît pas, mais qui lui plaît bien.

L’homme emmène la femme dans ce qui s’avère être un Ehpad haut de gamme, où il installe sa mère, qui ne sait plus qui il est. Forcément film de fiction, même si hors États-Unis l’actrice Kathleen Chalfant, surtout connue pour ses rôles au théâtre, n’est guère célèbre, À feu doux maintient durant toute sa durée une teneur documentaire, qui tient à la manière de filmer et à l’attention aux détails, quand bien même les situations relèvent clairement de la fiction. (…)

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«Yi Yi», retrouvailles avec un film-monde

Yang-Yang (Jonathan Chang), l’enfant à l’affût des secrets du monde.

Étape de la tardive consécration d’un grand cinéaste, la réédition du chef-d’œuvre d’Edward Yang aux multiples dimensions est d’abord un immense bonheur de spectateur.

a ressortie, en copies magnifiquement restaurées, du dernier film d’Edward Yang, complète le mouvement de retour dans la lumière du grand cinéaste taïwanais, après la distribution en juillet de ses deux précédentes réalisations, Confusion chez Confucius et Mahjong, qui étaient, elles, restées inédites.

Il y a vingt-cinq ans, Yi Yi a valu à son auteur une reconnaissance internationale aussi tardive que méritée, lors de sa présentation au Festival de Cannes en 2000 et de sa distribution dans le monde –sauf à Taïwan, restée à l’époque hostile au plus turbulent de ses grands artistes.

Une ombre de tristesse accompagne dès lors le sentiment d’occasions manquées, après les échecs des six premiers longs-métrages d’Edward Yang –aujourd’hui réhabilités–, avec le couperet du cancer qui allait empêcher le cinéaste de mener à bien un autre projet et finalement l’emporter en juin 2007, à 59 ans.

Mais il reste la splendeur profuse et vibrante de ce film exceptionnel. Il se déploie comme un grand arbre, dont le tronc et les branches maîtresses seraient constitués par les membres d’une famille de la classe moyenne de Taipei: NJ, le père informaticien, la mère, fonctionnaire dépressive, la grand-mère maternelle, bientôt dans le coma et à qui tout le monde vient parler à tour de rôle, et les deux enfants, l’adolescente Ting-Ting et le petit Yang-Yang.

Autour d’eux, les parents et beaux-parents, les amoureux et amoureuses, les voisines, collègues, relations d’affaires et camarades de classe déploient les ramifications d’une multitudes de récits, de scènes, de situations où le burlesque embraye sur la mélancolie, où le passé affleure dans le présent, où la tendresse et la cruauté jouent des parties complexes et incertaines.

Sous l'apparence d'un moment de tendresse entre la grand-mère (Tang Ru-yun) et sa petite-fille (Kelly Lee), l'incertitude et la culpabilité, comme des fantômes. | Capture d'écran Carlotta Films via YouTube

Sous l’apparence d’un moment de tendresse entre la grand-mère (Tang Ru-yun) et sa petite-fille (Kelly Lee), l’incertitude et la culpabilité, comme des fantômes. | Carlotta Films

Et c’est tout un monde qui se déploie, au plus près de gestes de chaque jour comme au fil des tournants qui rythment une existence, dans l’intimité d’une famille et au cœur des mutations économiques planétaires.

Une des caractéristiques d’Edward Yang est d’avoir été le grand cinéaste de la ville contemporaine telle qu’elle s’esquisse en Asie à la fin du XXe siècle, selon des modèles qui se mondialiseront au siècle suivant. Depuis Taipei Story (1985) et The Terrorizers (1986), il a ainsi développé un répertoire visuel qui trouve de nouveaux accomplissements dans Yi Yi (2000).

Ils se manifestent par le jeu des reflets dans les vitres et les surfaces des bâtiments modernes, la durée des plans où les rythmes de la cité deviennent musique vibrante de sens, les géométries coupantes ou complices qui redécoupent l’image, les jeux ironiques ou glaçants autour de l’omniprésence des écrans.

Un réseau de tensions, de désirs, d’angoisses, de séductions

Ingénieur informatique de formation, Edward Yang connecte ensemble selon des relations logiques, toujours lisibles, les multiples composants d’un réseau de tensions, de désirs, d’angoisses, de séductions qui composent un paysage infiniment riche et habité. (…)

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«Frantz Fanon», regard lumineux sur la pathologie coloniale

Devant le personnel de l’hôpital de Blida-Joinville, le docteur Frantz Fanon (Alexandre Desane) donne une conférence où le savoir médical et l’engagement politique sont inséparables.

Reconstituant l’action du psychiatre martiniquais en Algérie, le film d’Abdenour Zahzah met en scène la convergence entre l’activisme pour l’indépendance et la réinvention des méthodes de soin.

Le centenaire de la naissance de Frantz Fanon (le 20 juillet 1925) est l’occasion de la sortie sur grand écran de deux films qui lui sont consacrés, après que cette figure majeure de la pensée inscrite dans l’action au milieu du XXe siècle a été largement ignorée par le cinéma1, même si elle est devenu une référence majeure aussi bien des pensées décoloniales que des musiciens de rap.

Après Fanon, réalisé par Jean-Claude Barny et sorti en France le 2 avril 2025, voici donc celui d’Abdenour Zahzah, dont le titre complet est Chroniques fidèles survenues au siècle dernier à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville, au temps où le Docteur Frantz Fanon était chef de la cinquième division entre l’an 1953 et 1956.

Le premier cinéaste est antillais (guadeloupéen), le second algérien, deux origines qui font sens à propos d’un médecin, penseur et militant martiniquais, dont une part essentielle de sa brève existence eut lieu en Algérie colonisée, où éclata la guerre d’indépendance, un an après l’arrivée du jeune psychiatre nommé responsable d’un service de l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville.

L’un et l’autre films sont consacrés à ce même épisode algérien, ce qui tend à oblitérer une partie du parcours intellectuel et politique de Frantz Fanon, mais met d’autant mieux en évidence l’écart entre les deux. Le premier est un film illustratif, qui avait le mérite d’exister tout en aplatissant cette figure complexe et audacieuse dans un contexte lui aussi simplifié, exception faite du personnage du militaire français tortionnaire et mentalement «torturé» joué par Stanislas Mehrar.

Soigner la «folie» en temps de guerre

Très différent est donc le projet qui atteint les écrans –quelques écrans– ce mercredi 23 juillet. Tourné à Blida (nord de l’Algérie), dans l’hôpital où le psychiatre martiniquais exerça et qui porte aujourd’hui son nom, par un réalisateur qui avait jadis consacré un documentaire pour la télévision au même personnage, Frantz Fanon impressionne par ses choix formels, tout autant que par les éléments qu’il met en avant et qu’il articule entre eux.

Il conte l’arrivée en 1953 à Blida de ce jeune homme noir de 28 ans, qui s’installe avec sa femme (blanche) pour prendre ses fonctions de médecin psychiatre. Il y affronte de manière habile diverses formes de racisme, en même temps que les règles en vigueur dans les institutions psychiatriques.

L’image en noir et blanc, l’intensité des présences physiques, la manière de faire saillir, au détour d’une réplique ou d’un geste, la multiplicité des registres dans lesquels se déploient l’action et la pensée de Frantz Fanon, instaurent d’emblée une tension qui portera la totalité du film d’Abdenour Zahzah.

S’il prend en charge les multiples dimensions de la présence du médecin militant, sa plus grande réussite tient à l’attention portée aux patients et au personnel de l’hôpital. Leurs paroles, leurs façons de parler, leurs usages des langues –français et arabe– font partie de la matière vive du long-métrage.

Aussi prévisible qu’authentique, l’affrontement simultanément médical et politique avec les médecins chefs, qui s’appuient sur une doctrine psychiatrique ouvertement raciste, prend une épaisseur et une richesse singulière grâce à la manière dont on voit Frantz Fanon organiser son service.

Un concert de musique traditionnelle en plein air réunissant soignants et patients, une des initiatives du Dr Fanon pour laquelle il a dû transgresser de multiples règles écrites et non écrites. | Shellac

Un concert de musique traditionnelle en plein air réunissant soignants et patients, une des initiatives du Dr Fanon pour laquelle il a dû transgresser de multiples règles écrites et non écrites. | Shellac

Les réactions des soignants –arabes ou européens– et celles des hommes et des femmes internés pour de multiples motifs, où le statut de colonisé est toujours présent, activent l’énergie intérieure du film d’Abdenour Zahzah. S’y greffera même les troubles des tortionnaires français, quand leurs actes ne les laissent pas indemnes.

Ainsi jouent les interférences de plus en plus fortes avec le combat indépendantiste qui se déroule aux portes de l’hôpital et bientôt y pénètrent, alors que Frantz et Josie Fanon s’engagent toujours davantage pour la libération de l’Algérie. (…)

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«Segundo Premio», «Kouté Vwa», «Super Happy Forever», en accords avec des fantômes

Il y a, il y eut une histoire d’amour sur la plage de Super Happy Forever et puis un flou mortel, pas comme on croirait.

À découvrir en salles dès ce mercredi 16 juillet, les films d’Izaki Lacuesta et Pol Rodríguez, de Maxime Jean-Baptiste et de Kohei Igarashi.

Une pensée compatissante pour l’amateur de cinéma qui essaie de trouver son chemin parmi les dix-huit sorties de cette semaine. Outre les œuvres inédites et à ne manquer sous aucun prétexte d’Edward Yang, on trouve parmi les nouveautés au moins trois films qui méritent d’attirer l’attention.

Deux d’entre eux –Segundo Premio et Kouté Vwa– ont en commun d’être construits autour de la musique et deux d’entre eux –Kouté Vwa et Super Happy Forever– concernent une disparition tragique, où les ressources de la mise en scène redonnent une place à la personne disparue parmi les vivants.

Et tous les trois, sans relever au sens usuel du genre fantastique, ont à voir avec la présence de l’invisible dans le visible. Chacun fait un usage singulier et modéré d’effets spéciaux non réalistes pour fondre ensemble le réel et l’imaginaire, afin de mieux rendre sensible une vérité. Du cinéma, quoi.

«Segundo Premio», d’Isaki Lacuesta et Pol Rodríguez

D’abord, on ne sait pas trop. Une information inscrite sur l’écran (Grenade, XXe siècle), un plan étrange où le sol paraît respirer, des images genre vidéo de vacances où un jeune couple fait du ski et se dispute, une nouvelle inscription sibylline («Ceci n’est pas un film sur la légende des planètes»). Puis, sur une terrasse au soleil, le jeune couple en pleine rupture amoureuse.

Pour la bassiste et le chanteur (Stéphanie Magnin et 	Daniel Ibáñez), pour un couple formé à l'adolescence, une et plusieurs histoires qui se terminent, d'autres qui commencent. | Capricci

Pour la bassiste et le chanteur (Stéphanie Magnin et Daniel Ibáñez), pour un couple formé à l’adolescence, une et plusieurs histoires qui se terminent, d’autres qui commencent. | Capricci

Des images d’un concert de rock et la même jeune femme qui rompt avec le groupe, dont elle était la bassiste. Il faut un moment pour capter que le chanteur est le gars dont on l’a vue se séparer. Mais il ne faut pas longtemps pour s’apercevoir de la force mélodique et rebelle de leur musique.

On était plutôt avec la fille, on se retrouve avec le garçon, le chanteur, et bientôt sa relation avec le guitariste, ce sont eux les piliers du groupe. S’ensuit une véritable aventure, qui est surtout une aventure pour le spectateur, au gré des tribulations de ces deux types, ensemble ou séparément, à la scène, à la télé (où ils plantent un souk king size), à la maison, en studio, chez le dealer de l’un et lors de l’embauche de nouveaux membres du groupe, à Grenade et à New York.

Un des coréalisateurs du film, Isaki Lacuesta, est l’une des principales figures du si vivant et créatif cinéma espagnol contemporain, avec Jonás Trueba, Óliver Laxe, Helena Girón et Samuel M. Delgado, Julia de Castro et María Gisèle Royo, Víctor Iriarte, Itsaso Arana, etc. Sur son précédent film, le mémorable Un an, une nuit (2023), il eut comme assistant Pol Rodríguez qui l’a rejoint sur celui-ci. Film cosigné, Segundo Premio est donc un film de groupe.

Le groupe Los Planetas, en répétition et en crise, d'où naîtra leur musique, et d'autres façons d'exister, chacun et ensemble. | Capricci

Le groupe Los Planetas, en répétition et en crise, d’où naîtra leur musique, et d’autres façons d’exister, chacun et ensemble. | Capricci

Groupe musical, les Los Planetas dont le film suit la trajectoire, mais surtout, et de manière beaucoup plus singulière et inventive, élaboration d’un récit et plus encore d’une mise en scène à plusieurs centres, à plusieurs narrateurs, à plusieurs points de vue. En France, rares seront celles et ceux qui sauront d’emblée que Los Planetas ont été et sont toujours un des grands groupes de rock espagnols et dans ce cas sauront aussi que ce ne sont pas ses véritables membres que l’on voit à l’écran, même si c’est bien leur musique que l’on entend.

Vrai faux documentaire qui réinvente et décale l’héritage de Spinal Tap (1984), le film navigue entre les registres, s’envole sur des riffs de Stratocaster et des nuages de crack, tendu, furieux, caressant. L’incertitude entre un possible réalisme et une invention débridée ouvre l’espace à des situations loufoques, tragiques, hallucinées…

Autant de scènes qui, une par une, impressionnent et séduisent. Mais surtout Segundo Premio est la découverte de cette forme multiple et tonique qu’est le film dans son ensemble, paraissant toujours se déployer sur plusieurs niveaux et à plusieurs distances, jouant et déjouant le biopic, le film musical, la chronique de l’entrée dans un autre âge de la vie, ou dans un autre rapport à la réalité.

Hanté et rigolard, angoissé et intense, Segundo Premio avance dans plusieurs directions à la fois, retrouve qui semblait perdu(e), ne transige avec rien. Quand c’est fini, on n’est toujours pas très sûr de ce qu’on a vu, mais tout à fait certain de la richesse des émotions et des sensations éprouvées. Et, oui, Los Planetas (les vrais) sont de super musiciens.

Segundo Premio 
De Izaki Lacuesta et Pol Rodríguez
Avec Daniel Ibáñez, Cristalino, Stéphanie Magnin, Mafo, Chesco Ruiz, Daniel Molina, Edu Rejon
Durée: 1h50
Sortie le 16 juillet 2025
 

«Kouté Vwa», de Maxime Jean-Baptiste

D’abord, pas de doute. L’émotion et la colère de la jeune femme qui prononce devant les habitants d’un quartier de Cayenne ce qui tient à la fois d’un éloge funèbre et d’un cri de révolte à propos de l’assassinat d’un jeune homme, dont on voit le portrait sur des affiches. Cette émotion et cette colère sont authentiques.

Mais ce garçon qui écoute et qui bientôt s’entraîne à jouer du tambour – l’activité pour laquelle était connu celui qui est mort–, est-ce un personnage de fiction? Et cette grand-mère, femme rayonnante d’énergie et de malice et pourtant traversée d’une souffrance terrible, est-ce une actrice?

Le film ne dira jamais entièrement comment sont assemblés les éléments qui renvoient à la réalité du meurtre de Lucas Diomar –jeune homme poignardé au sortir d’une fête en mars 2012 et dont la mort a soulevé une immense émotion en Guyane– et ce qui relève de la fiction.

Et cette incertitude, en partie levée au générique de fin où il apparaît que les principaux protagonistes jouent leur propre rôle, se fait ouverture à une liberté de raconter, de rendre sensibles la rage et l’angoisse devant la violence urbaine, mais aussi la richesse des relations au sein du quartier qu’explore l’adolescent, venu de France le temps de vacances chez sa grand-mère. (…)

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«Confusion chez Confucius» et «Mahjong», résurrection en beauté de deux contes cruels

Amies et rivales, Qiqi et Molly (Chen Shiang-chyi et Ni Shu-chun), deux des personnages-clés de Confusion chez Confucius.

Malgré leur singularité, les deux films inédits d’Edward Yang sont d’un même élan des visions prémonitoires, des descriptions d’une réalité et des cris de colère.

Depuis une trentaine d’années, ils attendent d’être enfin à la place qui leur revient: sur les écrans des salles de cinéma, notamment en France. Restés inédits depuis respectivement 1994 et 1996, hormis des sélections en festivals ou dans le cadre de rétrospectives, Confusion chez Confucius et Mahjong ont en partie changé de sens, sans rien perdre de leur énergie tonique, comique et critique.

Mais il aura fallu tout ce temps pour que soient enfin reconnues la verve et la lucidité à l’époque en grande partie prémonitoire de leur auteur, cet immense cinéaste en train de finalement conquérir la place qui lui revient près de deux décennies ans après sa mort. Des films d’Edward Yang (1947-2007), surtout Yi Yi, mais pas seulement, apparaissent désormais dans de nombreux classements internationaux des meilleurs films.

Yi Yi ressort en salles lui aussi, le 6 août, dans une magnifique version restaurée. Ce film, le dernier qu’a pu réaliser Edward Yang en 2000, avait finalement commencé de lui valoir le début de la reconnaissance que toute son œuvre méritait depuis son premier long-métrage en 1983. Au sein de cette dernière, encore largement à découvrir, les deux titres qui sortent ce mercredi 16 juillet –Confusion chez Confucius et Mahjong, fort différents entre eux à bien des égards– ont pourtant nombre de points communs.

Un personnage principal nommé Taipei

Comme toute l’œuvre d’Edward Yang, ils ont comme personnage majeur, omniprésent sous des formes diverses, la ville de Taipei. Au début des années 1990, celle-ci est bien davantage qu’une cité du monde chinois.

C’est un laboratoire urbain exceptionnel, où s’élabore de manière brutale et enthousiaste le monde qui vient, le XXIe siècle mondialisé. D’autres grandes villes asiatiques connaissent au même moment une évolution comparable – Séoul, Hong Kong et Singapour–, mais c’est à Taïwan et pas en Corée du Sud, à Hong Kong ou à Singapour que se trouve le cinéaste capable de le voir et de le raconter.

Dans Confusion chez Confucius, l'écrivain face à une ville et un monde, qui le révolte au point d'envisager le suicide. | Capture d'écran Carlotta Films via YouTube

Dans Confusion chez Confucius, l’écrivain face à une ville et un monde qui le révoltent au point d’envisager le suicide. | Carlotta Films

Et c’est ce que font pratiquement tous ses longs-métrages, tous au présent, sauf l’œuvre majeure qui a précédé les deux films qui sortent le 16 juillet, A Brighter Summer Day (1991), qui en racontait les prémices au début des années 1960. À sa suite et de manière plus ample et critique que ne l’avaient fait auparavant Taipei Story (1985) et The Terrorizers, (1986), Confusion chez Confucius et Mahjong décrivent une cité et une société, en train de s’arracher à un univers traditionnaliste, marqué par la longue dictature du parti unique Kuomintang (la «Terreur blanche») et le fantasme de la reconquête du continent chinois après la défaite des nationalistes en 1949.

Tournant brutalement la page de cette longue période à peine terminée (la loi martiale n’a été abolie qu’en 1987), la capitale de Taïwan se métamorphose à toute allure. C’est l’essor des industries et services du futur, où l’informatique et les «nouvelles technologies » jouent un rôle central, qui feront la fortune de ce qu’on appelait alors les «quatre dragons asiatiques». Ce qui se traduit par la transformation des bâtiments et de l’organisation des quartiers, mais surtout des rapports humains, au travail, dans les relations amoureuses, dans les familles, entre générations.

De ces mutations, très connectées à l’international selon des schémas préfigurant la globalisation qui se généralise au tournant des années 2000, Edward Yang, imprégné de culture chinoise mais aussi ingénieur informaticien formé aux États-Unis et grand connaisseur des Nouvelles Vagues européennes, voit les forces et les défauts et invente des formes cinématographiques propres à rendre compte.

Pourtant, Confusion chez Confucius et Mahjong ne sont pas des films descriptifs et analytiques. L’un est un vaudeville burlesque, l’autre un polar onirique et sentimental. Et les deux, au-delà du comique et de la sensualité –et grâce à eux– sont aussi deux cris de colère. C’est la puissance intacte de chaque film d’être délibérément dérangeant, irréconcilié avec ce qui est alors en train de se produire.

La bande de Mahjong dans la ville, terrain d'aventures et de rapines, le long du métro aérien interminablement (pas) construit par une grande société française qu'évoque le nom de la jeune héroïne, Française elle aussi. | Capture d'écran Carlotta Films via YouTube

La bande de Mahjong dans la ville, terrain d’aventures et de rapines, le long du métro aérien interminablement (pas) construit par une grande société française qu’évoque le nom de la jeune héroïne, Française elle aussi. | Carlotta Films

«Confusion chez Confucius», soap opera au vitriol

Le premier adopte délibérément les codes d’un soap opera consacré aux amours et rivalités de jeunes membres de la classe moyenne émergente à Taipei. Travaillant dans l’informatique ou la communication, mais aussi la culture, les multiples personnages sont pris dans un maelström d’affects, de discours, de jeux d’ombre où le burlesque et le pathétique rebondissent l’un sur l’autre.

Scandé d’aphorismes écrits à même l’écran, portraiturant avec cruauté et humour les codes et les trucs de chacune et chacun, Confusion chez Confucius ne se résume pourtant pas uniquement à une charge dénonciatrice. Plusieurs de ses protagonistes, surtout féminins, sont aussi regardés avec une forme de tendresse, attentive à laisser percevoir les angoisses et les espoirs qui vibrent sous les carapaces de businesswomen conquérantes.

Famille et cité, au bord de la crise de nerfs quand le jeu des passions et des intérêts, des séductions et des angoisses échappe au contrôle de toutes et tous. | Carlotta Films

Famille et cité au bord de la crise de nerfs quand le jeu des passions et des intérêts, des séductions et des angoisses échappe au contrôle de toutes et tous. | Carlotta Films

Le sens plastique d’Edward Yang ménage des moments de suspense infiniment délicats, d’une confondantes beauté, qui travaillent de l’intérieur la matière vibrante, saturée de mensonges et d’illusions, que pétrit cette comédie humaine électrique. (…)

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«Le Rire et le Couteau» et «Jeunesse 3», deux grands films comme deux grands fleuves

À Bissau avec Gui (Jonathan Guilherme), Brésilien(ne) queer, et Sergio (Sergio Coragem), Européen de bonne volonté confronté à la douceur et la violence d’expériences sensuelles et politiques.

Bonheurs de cinéma avec le film de Pedro Pinho, ovni fulgurant ayant illuminé la Croisette, et le dernier volet de la trilogie de Wang Bing, «Jeunesse, Retour au pays».

«Le Rire et le Couteau», de Pedro Pinho

Montré dans la section Un certain regard, qui aura rarement aussi bien rempli sa fonction de découverte de nouvelles manières de filmer, le troisième long-métrage de fiction du Portugais Pedro Pinho a été l’un des événements du dernier Festival de Cannes.

Encore à découvrir, ce réalisateur n’est en fait pas tout à fait inconnu. À défaut d’avoir pu voir sur les écrans français Amanhã Sera Outro Dia (mais tout espoir n’est pas perdu), on se souvient du moins que le mémorable L’Usine de rien avait été montré en 2017 à la Quinzaine des cinéastes, puis distribué.

Mais on continue de n’en savoir guère plus sur ce réalisateur, autant que sur cet olibrius désinvolte qui part en chaussettes et les mains dans les poches en plein désert, après avoir croisé un douanier ayant exigé pour toute prébende un livre à lire. Le ton est donné, tout reste à découvrir.

L’olibrius s’appelle Sergio. Il débarque dans une capitale africaine. On ignore d’abord où, mais les gens parlent, entre autres, portugais. Il est envoyé par une ONG pour faire un rapport qui semble de nature à déranger pas mal de monde. Une vague menace plane.

Sergio va rencontrer des hommes, des femmes, des humains moins précisément définis. Des Africain·es, des Brésilien·nes, des Européen·nes, en ville et à la campagne, dans des bureaux et dans des bistrots, dans la brousse et dans le désert.

À ses côtés, on va bouger, rire, danser, s’embrasser furieusement, risquer sa peau, se battre, fuir, mentir. Comprendre et ne pas comprendre. Le pays, c’est la Guinée-Bissau, son passé colonial violent, sa lutte pour l’indépendance héroïque et tragique, sa misère et sa vitalité, la fusion incandescente et opaque d’une multitude d’héritages.

Aussi peu assignable à un sens immédiat que son titre tiré d’une chanson qui joue son rôle aussi, le film suit Sergio, mais également une bande de trans et de queers de toutes les couleurs. Et parmi iels, Gui, habité du savoir lucide et inquiet, érotique et combatif, être de plusieurs vies et de plusieurs genres.

Mais il y a aussi, surgie en diablesse, réapparue en séductrice, en fille loyale, en résistante, Diara, l’aventurière au visage orné de bijoux et au culot foudroyant, petite femme d’affaires fragiles et grande guerrière de sa survie.

Sergio face aux difficultés et nécessités d'un aménagement d'une rizière, mais aussi à la multiplicité des regards et la présence différenciée des corps et des manières d'être. | Météore Films

Sergio face aux difficultés et nécessités d’un aménagement d’une rizière, mais aussi à la multiplicité des regards et la présence différenciée des corps et des manières d’être. | Météore Films

Avec Sergio, humanitaire et poète, Tintin postmoderne, il faut aller voir les plantations de riz –en danger de sècheresse ou de submersion– et un chantier du bout du monde dirigés par des ex-colons, ou leurs descendants, et où triment des proto-esclaves pas forcément du cru, même si tout à fait africains.

Africains, c’est quoi? Le film ne sait pas, mais il multiplie, en riant, en pleurant, en s’effrayant, en frémissant de désir, les manières de poser la question, à fleur de sensualité, au coin de l’avenue Fanon et de l’avenue Guevara. Avec de la politique, de l’économie, du sexe, de la peur, de l’exotisme et de la haine de l’exotisme, il faut faire du cinéma. Donc le film le fait. Et c’est sidérant.

Cela dure trois heures et demi. Chaque plan est une merveille et leur agencement, les sauts dans le temps et dans le récit sont comme des pas de danse pour mieux capter des signes secrets, des effluves méconnues. Quand ça s’arrête, on voudrait que ça continue.

De Pedro Pinho
Avec Sérgio Coragem, Cleo Diára, Jonathan Guilherme
Durée: 3h31
Sortie le 9 juillet 2025

«Jeunesse (Retour au pays)», de Wang Bing

Troisième volet de la trilogie consacrée aux jeunes gens venus de la campagne travailler dans les ateliers de confection de Zhili, la ville de l’Est chinois aux 14.000 micro-entreprises de production textile, Jeunesse (Retour au pays) retrouve cette multitude de garçons et de filles rivés sans fin à leurs machines à coudre ou transbahutant d’énormes ballots de vêtements.

Et tout de suite, les deux caractéristiques qui faisaient la puissance si émouvante du Printemps et des Tourments, les deux premières parties de Jeunesse: la singularité de chaque personne dans ce maelström; et la sensibilité à l’énergie qui habite chacune et chacun et qui jamais ne les enferme dans aucune simplification ou condescendance misérabiliste.Mais Retour au pays va plus loin encore dans la richesse des propositions, en inscrivant l’activisme forcené des ouvrières et ouvriers engagés dans l’aventure extrême de se construire la possibilité d’un avenir, selon un double mouvement, spatial et temporel. (…)

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«Rêves» ouvre une triple enquête chaleureuse, amusée et inquiète

Entre la prof (Selome Emnetu) et l’élève (Ella Øverbye), un entrelac de relations réelles et imaginées, vécues et jouées, énoncées ou travesties.

Avant «Amour» et «Désir», ce premier volet de «La Trilogie d’Oslo», signée Dag Johan Haugerud, inaugure une exploration attentive des émotions et des non-dits, à la fois lumineuse et mystérieuse.

En salles ce mercredi 2 juillet, Rêves est un film. C’est également un élément d’un ensemble de trois films, La Trilogie d’Oslo, dont les deux autres volets, Amour et Désir, sortent les deux mercredis suivants. Chaque film peut évidemment être vu pour lui-même, les récits sont autonomes. Ni les personnages ni les acteurs ne sont les mêmes, ni les milieux sociaux. Même si, comme son nom l’indique, tout se passe dans la capitale norvégienne et à son immédiate proximité.

Mais, un peu comme Trois Couleurs de Kieślowski (1993-1994) et à la différence de l’autre Trilogie d’Oslo, celle de Joachim Trier (résultat d’une accumulation de titres conçus séparément), les trois films constituent un ensemble concerté, qui vise à faire une proposition d’ensemble.

Rêves est un film, même si on n’en est pas tout de suite certain. Les premières séquences présentent une lycéenne, Johanne, qui tombe amoureuse de sa prof de français et tient par écrit la chronique de ses émois, tout en hésitant à en faire part à sa mère et à sa grand-mère.

Les cadrages, la voix off, le simplisme du dispositif narratif renvoient d’abord davantage à une sitcom socio-psy sur l’adolescence qu’à un projet de cinéma. Mais peu à peu, par petites touches, décalages et reprises, sans grand geste stylistique, mais avec des questionnements qui glissent ou bifurquent autour de la situation de départ, il apparaîtra que Rêves est bien plus riche et plus fin que ce qui semblait de prime abord. Et que les schémas des sitcoms de la télé, comme ceux des romans d’apprentissage, font partie des enjeux, mais ne constituent pas un formatage.

La mère (Ane Dahl Torp) et la fille (Ella Øverbye), si proches, si différentes. | Pyramide Distribution

La mère (Ane Dahl Torp) et la fille (Ella Øverbye), si proches, si différentes. | Pyramide Distribution

Des simplifications radicales du contexte –ne serait-ce que l’élimination totale des hommes– et l’inscription dans un ensemble à l’échelle de la grande ville, avec cette scansion de plans d’ensemble de complexes immobiliers, d’échangeurs d’autoroute, de chantiers de construction qui, chaque fois différemment, rythmeront aussi les deux autres films, permettent au cinéaste norvégien Dag Johan Haugerud de déployer une bien plus vaste ambition.

S’il raconte en effet une histoire d’amour adolescente, Rêves est aussi et surtout un jeu attentif et sensuel autour du fait même de raconter et de se raconter par des moyens différents, verbaux, écrits, gestuels, ce qu’on éprouve, dans l’instant et dans la durée, dans la mémoire. Mais il s’agit aussi d’interroger les manières de raconter avec des images et des sons, qui sont le film lui-même.

«Amour» et «Désir» étendent les connexions

Signe commun aux trois films, chacun comporte un spectacle public: une chorégraphie sur un escalier au pied des immeubles dans Rêves, un concert sur le toit de l’hôtel de ville dans Amour, du chant choral dans Désir.

Un peu trop appuyée, cette mise en écho est moins intéressante que la géographie urbaine et sociale que déploie chaque film et la continuité qu’instaure la trilogie dans son ensemble, grâce aux trajets (tram, vélo, marche, ferry) des protagonistes et aux plans d’ensemble sur la ville.

Cette ville n’est pas tout Oslo, ville dont un quart de la population est composée d’immigrés, encore moins toute la Norvège. C’est un immense réseau de personnes, de lieux et de comportements sous le signe d’une classe moyenne aisée, libérale, éduquée, qui se perçoit comme disponible à la diversité des identités et des modes de vie.

Et c’est un milieu confronté, de fait, à ce que masque ou interroge cette apparente souplesse, cette bienveillance de principe aux différences, notamment les pratiques sexuelles et les relations intimes.

Tout le monde est beau et gentil dans Amour, la médecin urologue qui passe ses journées à annoncer à des hommes qu’ils ont un cancer de la prostate et qui refuse une vie de couple, comme son collègue infirmier gay qui drague sur Tinder à bord du ferry qui relie la ville à la datcha idyllique où il crèche de l’autre côté du fjord.

Dans le deuxième volet, Amour, l'infirmier (Tayo Cittadella Jacobsen), la médecin (Andrea Bræin Hovig) et l'amie (Marte Engebrigtsen), uni·es et séparé·es par différents récits, différentes images ressenties et partagées. | Pyramide Distribution

Dans le deuxième volet, Amour, l’infirmier (Tayo Cittadella Jacobsen), la médecin (Andrea Bræin Hovig) et l’amie (Marte Engebrigtsen), uni·es et séparé·es par différents récits, différentes images ressenties et partagées. | Pyramide Distribution

Elle comme lui feront des rencontres selon des cheminements qui les prendront au dépourvu des représentations qu’il et elle se faisaient de soi, mais aussi de manières à déjouer les attentes des spectateurs. (…)

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