«L’Assemblée», Nuit debout à ciel ouvert

Tourné pendant le grand mouvement politique du printemps 2016, le documentaire de Mariana Otero raconte au plus près des participants la quête de nouvelles manières de débattre et de décider.

Ils sont une quinzaine, assis à même le sol. Il pleut. Ils sont épuisés, et conscients d’être proches d’une impasse. Depuis plus de deux mois, ils font partie des plus actifs participants à Nuit debout, ce mouvement qui, sur la Place de la République à Paris, s’est constitué en réaction à la réforme du droit du travail connue alors sous le nom de «loi El Khomri». C’est un des plus beaux moments du film de Mariana Otero.

 

Sans surprise pour qui connaît le travail de la cinéaste d’Entre nos mains et de À ciel ouvert elle s’est dès le début intéressée à ce mouvement, et s’y est intéressée en cinéaste.

Inventant au débotté les moyens d’un tournage, elle a accompagné depuis le début d’avril 2016 le déroulement du mouvement, avec une évidente sympathie pour ses buts et pour ceux qui y participent. Mais le film qui en résulte n’est pas la chronique engagée ou militante d’un moment politique très spécifique –ou en tout cas pas seulement, et de loin.

À partir de ce qu’elle voit et entend, ressent et comprend Place de la République, Mariana Otero s’attache à rendre sensible une réflexion politique au sens à la fois le plus élevé et le plus vaste du terme.

Cette réflexion concerne tous ceux, infiniment plus nombreux que les participants et sympathisants de Nuit debout, qui s’interrogent sur les formes possibles de la vie politique aujourd’hui et de demain.

Tentatives de formes nouvelles de prises de décision.

Tous ceux qui, rejetant les schémas traditionnels de pouvoir, éprouvent le besoin de réinventer les modes de circulation des idées, les articulations du singulier et du collectif, les dispositifs de prises de décision alternatives au dirigisme centralisé, au technocratisme opaque et à la main invisible mais très intéressée et inégalitaire du marché.  

La présidentielle de 2017 ont montré qu’il s’agit, avec des réponses infiniment variées voire contradictoires –de l’abstention militante à un certain vote Front national et d’En marche à la France insoumise– de l’immense majorité de la société française actuelle. (…)

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«À l’Ouest du Jourdain» d’Amos Gitai, une archéologie civique face à l’oppression

Le nouveau film du cinéaste israélien documente l’action de celles et ceux qui s’opposent pacifiquement aux exactions de l’État hebreu et des colons, et prend date pour une histoire au long cours.

Le nouveau film d’Amos Gitai est un documentaire. Il témoigne d’initiatives d’individus ou de petits groupes pour maintenir des échanges, une écoute, si possible des projets communs entre juifs israéliens et Palestiniens, dans un contexte particulièrement hostile.

Mais c’est aussi une méditation politique d’une portée plus vaste, formulée avec acuité et émotion.

 

Gitai va à la rencontre d’activistes, d’associations juives, ou arabes, ou mixtes. Il regarde et il écoute, répond, questionne. Il enregistre la parole des idéologues de l’expansionnisme sioniste, et celle de leurs adversaires au sein de l’intelligentsia israélienne.

Il est présent, à l’image, au son, comme réalisateur et comme citoyen. Pas question de narcissisme ici, mais une affirmation claire: c’est son histoire, son pays. Il en est partie prenante.  

Histoire et géographie

Ce faisant, il renoue avec une histoire longue, marquée par son Journal de campagne, tourné en 1982 pendant la guerre contre le Liban, et dont on retrouve des extraits, et une démarche commune: aller sur le terrain, observer, décrire.

Mais les temps ont changé. Ils ont même changé plusieurs fois, et en filigrane se dessine ce feuilletage, qui n’a rien pour rendre optimiste. Inscrit dans le temps long, le film est aussi, surtout, inscrit dans des lieux. Cette question d’histoire est simultanément une question de géographie.

Mais Amos Gitai n’est pas un professeur. Il n’est pas non plus un journaliste ni un militant. La position qu’il revendique est ici celle d’un archéologue, qui rendrait visible l’empilement des couches temporelles, et leur fardeau de violence, mais aussi leur diversité. (…)

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«L’Atelier», «Numéro Une», deux femmes et le monde

Le film de Laurent Cantet et celui de Tonie Marshall mettent en scène deux héroïnes du quotidien contemporain, dans des situations exceptionnelles et pourtant riches d’échos très actuels.

Le même jour sortent en salles deux films français qui malgré leurs considérables différences se répondent à distance. Deux aventures contemporaines réalistes, deux personnages féminins, deux actrices au meilleur de leur art (Marina Fois et Emmanuelle Devos), deux fractures profondes de notre société.

Salué dès sa découverte au Festival de Cannes, L’Atelier de Laurent Cantet met en scène une «femme écrivain reconnue», qui anime un atelier littéraire avec des «jeunes issus de milieux défavorisés» sur la Côte d’Azur.

Les guillemets sont là pour pointer l’aspect cadenassé du pitch, verrouillage qui ne concerne pas que le scénario, mais une conception dominante de la société. On pourrait dire que l’enjeu du film est de faire sauter les guillemets.

À travers le processus d’écriture se retrouvent et se confrontent Olivia et les jeunes gens, puis plus particulièrement Olivia et Antoine, hostile, attirant, difficile à cerner.

Échappée par la complexité

La dynamique du film sera dans capacité à tenir ses présupposés –le gouffre culturel entre deux générations et deux milieux sociaux, les ressources de la pratique artistique pas forcément pour le dépasser mais pour en faire quelque chose– tout en les laissant contaminer par une complexité du monde bien moins binaire.

Avec quoi? Avec le soleil, la mer, les sons de la ville et ceux de la pinède. Avec la solitude et la séduction. Avec les rythmes des mots et le langage des corps. Avec la fascination de la virilité et les offres sensuelles du fascisme actif de l’extrême droite qui prospère dans cette région. Avec la mémoire sociale de la région et la présence envahissante des smartphones et des jeux vidéo. Avec Olivia et Antoine, Marina et Matthieu. (…)

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«Detroit», ce film d’horreur qui nous raconte l’Amérique

Avec virtuosité et efficacité, le nouveau film de Kathryn Bigelow reconstitue la nuit sanglante ayant mené au meurtre et aux violences par la police durant les émeutes raciales de 1967.

Un film comme un triangle parfait. Au sommet, un fait qui n’a rien de divers, un fait précis survenu la nuit du 25 juillet 1967. Deux côtés symétriques: ici, toutes les ressources du cinéma de genre; là, la virtuosité d’une réalisation brillantissime. Et la base: l’Amérique elle-même, l’Amérique aujourd’hui telle qu’elle hérite de son histoire réelle, celle qu’elle raconte si peu.

Les faits 

À l’été 1967, les ghettos noirs de la ville de Detroit s’embrasent, nouvel épisode de la révolte contre le racisme qui tournent à l’émeute et la guérilla urbaine. L’armée et la Garde nationale sont envoyés en renforts.

La grande ville industrielle du Michigan en état de guerre.

Depuis l’Algiers Motel, un établissement surtout fréquenté par des Noirs, part ce qui est interprété par les policiers comme un coup de feu. Ils investissent les lieux, où se trouvent entre autres des membres d’un groupe de Rythm’n’Blues alors en pleine ascension, les Dramatics, ainsi que deux jeunes femmes blanches. 

Durant des heures, les flics accompagnés de membres de la garde nationale et d’un agent de sécurité (noir) maltraitent et torturent ceux qu’ils ont trouvé sur place. Trois d’entre eux seront retrouvés morts. Un tribunal entièrement blanc acquittera les représentants de l’ordre.

Le film de genre 

Detroit est un film d’horreur. Il respecte à la lettre les règles d’un sous genre, où un groupe de personnes se retrouve enfermé dans un lieu clos et soumis à la puissance destructrice d’une force maléfique. (…)

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«Grandeur et décadence», un polar qui raconte au présent une guerre éternelle

Il y a trente ans, le film de Jean-Luc Godard bricolait une série noire pour chanter et pleurer avec le cinéma en train d’essayer de se faire en territoire ennemi. Depuis, le film a rajeuni, un livre encore plus ancien lui fait écho avec encore plus de nouveauté.

TF1 présente… Hou là! C’est que ça vient de loin, ça. D’une autre ère géologique, d’une autre galaxie. Ben oui, ce fut même le dernier signe émis.

Diffusé durant la dernière soirée de la première chaîne d’un service public qui avait encore vaguement idée de ce que veut dire «service» et «public», juste avant l’embouiyghisation  de la Une, qui allait signifier aussi la privatisation de l’esprit de tout le reste de la télé. Sans retour.

Des années lumière, donc, pour une méditation noire et tonique, épicée et joueuse sur l’invention des Lumière justement, et ce qu’il en advenait alors. C’était tout à fait un film de cinéma, et donc c’en est un, à jamais, mais qui jamais ne fut distribué en salle.

Et le voici qui sort comme un diable de sa boîte. Non seulement il n’a pas vieilli, mais il a rajeuni.

Qu’est-ce que le cinéma?

Il y eut et il y aura un producteur aux abois, condottiere fier-à-bras, joué par Mocky portant le nom de Jean Vigo. Et un réalisateur qui prépare le film que l’autre ne peut pas financer, en auditionnant les figurants qui récitent du Faulkner, tandis que lui invoque Madame de Staël, la gloire est le deuil éclatant du bonheur, ah ça oui, toujours.

Il est joué par Jean-Pierre Léaud portant le nom de l’auteur de Qu’est-ce que le cinéma? puisque c’est encore de ça qu’il s’agit même si on ne peut pas répondre à la question. Il y a les locaux de la boîte de prod de Godard à l’époque, qui s’appelait Peripheria, ou JLG-Films, ou les deux, selon de mystérieuses raisons.

Suspens

Et il y a les gens qui font le film de Godard qui jouent le rôle de ceux qui feront le film de Bazin qui se prénomme Gaspard à cause de la nuit, s’il se fait. Suspense (tu parles).

Il faut du suspense puisque c’est un polar, réalisé dans le cadre d’une série nommée «Série noire» et supposée s’inspirer de bouquins de cette historique collection. Il y a donc des imper mastic, des truands, des crimes.

L’inspecteur franco-suisse enquête. Il ne cherche pas l’assassin, qui se voit comme le nez au milieu de la figure : c’est la télé qui a buté le ciné, tout le monde le sait. Sauf qu’il n’est pas mort, la preuve. (…)

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«Le Jeune Karl Marx», héros d’une épopée de la pensée

Le film de Raoul Peck raconte la naissance du mouvement ouvrier internationaliste et de la pensée marxiste comme une grande fresque d’aventure.

Le Jeune Karl Marx est un film d’aventures. C’est ce qu’il cherche à être, et il y réussit. Un film d’aventure comme un roman, ou un feuilleton à la Alexandre Dumas ou à la Fantômas. Sauf que ce récit ne recourt à aucun des ingrédients habituels du genre.

Ni tribulations amoureuses compliquées, ni bagarres spectaculaires, ni effets de manche fantastique. Les ressorts de l’aventure, trépidante, dont le jeune Karl, son ami Friedrich, sa femme Jenny et une poignée de compagnons et d’adversaires sont les héros, se situent là où Marx et ses proches ont effectivement agi: sur le champ de bataille des idées.

Il est tout à fait remarquable, et assez rare, de réussir à mettre en scène le débat théorique et politique comme les tribulations d’un héros de serial.

Un terreau historique et romanesque

Bien sûr, en ce début des années 1840, Marx et ses amis (comme ses rivaux au sein de la mouvance socialiste révolutionnaire) sont traqués par toute les polices d’Europe, contraints à des exils successifs, confrontés à l’hostilité des puissants en train d’établir les formes modernes de domination et d’exploitation.

Bien sûr, il y aura quelques cache-cache dangereux avec les sbires des pouvoirs. Il y aura les voyages dans un territoire qui se réinvente alors, l’Europe, une autre Europe, celle qui est en train d’accoucher de l’idée de l’émancipation des travailleurs –idée dont Marx et Engels n’ont ni le monopole ni la primeur.Il y aura les difficultés du quotidien, les sentiments intenses, amoureux, amicaux, et la colère absolue contre l’injustice, la misère, l’arrogance des puissants.

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C’est le terreau, à la fois historique et romanesque, où Raoul Peck et son coscénariste Pascal Bonitzer font pousser leur film. Mais la dynamique de celui-ci tient surtout à la manière dont ils sont su rendre sensibles, et même dirait-on sensuelles, les idées, l’affrontement des idées.

«Laetitia» et «Des rêves sans étoiles», des femmes et des images

Aussi différents que possible, deux documentaires sortent cette semaine qui, chacun à sa manière magnifie ici une femme, là tout un groupe de jeunes filles grâce à l’attention affectueuse et respectueuse avec laquelle elles sont filmées.

La battante

Elles sont deux, celle qu’on voit et celle qu’on ne verra pas. La deuxième, qui est cinéaste, filme la première, championne de boxe thaïlandaise. On ne sait pas ce qui les a amenées à se rencontrer.

On sait, parce qu’on le voit, parce qu’on l’éprouve, que dans cette rencontre naît quelque chose que de très riche et de très touchant.

 

Elle, Laetitia, la boxeuse, est une jeune femme tout à fait charmante, mais qu’on croiserait dans la rue sans qu’elle attire particulièrement l’attention. Elle est pourtant championne du monde d’une discipline violente et exigeante, qui plus est marquée d’un exotisme qui contraste avec sa manière de parler, de bouger, ou cette petite maison dans la campagne d’Île-de-France où elle habite.

Elle a un fils qui va à l’école. Elle a, entrevoit-on, un travail –dans une crêperie. Mais le presque tout de sa vie, pour ce que le film en laisse apparaître, consiste en entraînement incessant, dans la salle de gym, sous la direction impérieuse, affectueusement rugueuse de son coach. De loin en loin, les entraînements sont ponctués de matchs.

Dans la salle de gym, à part elle, il n’y a que des hommes. Et cette femme certainement pas faible, plus qu’avenante, est constamment au contact physique très intense de ces gaillards praticiens de sports de combat parmi les plus brutaux. Il en résulte une étrange chorégraphie, où les gestes et les rythmes, mais aussi les mots, les souffles, les regards jouent un grand rôle.

Singulière, intrigante derrière les grosses masses rouges de ses gants ou dans sa façon de passer d’un univers très quotidien à un monde si particulier, Laetitia (le film ne dit pas son nom de famille) devient un «personnage», sans cesser d’être une personne. (…)

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«Barry Seal», American delirium

Le film de Doug Liman s’inspire d’un immense scandale mêlant politique et gangstérisme. Tom Cruise y est une parfaite incarnation de la dérive d’un certain idéal.

Depuis qu’il enchaîne les réitérations de plus en plus médiocres de Mission impossible, Jack Reacher ou The Mummy, on a eu largement le temps d’oublier que Tom Cruise est, aussi, un très bon acteur –et capable de s’impliquer dans des réalisations moins consensuelles.

Son interprétation du rôle-titre de Barry Seal rappelle un parcours plus riche que la tête d’affiche de la Scientologie et le clone de lui-même dans des franchises d’action à grand spectacle. Cruise fut ainsi l’admirable acteur de La Couleur de l’argent, et la figure de proue de ce qui reste un des meilleurs films d’Oliver Stone, Né un 4 Juillet.

 

C’est avec cet aspect de sa carrière, le meilleur, que renoue le film de Doug Liman, qui évoque ce pilote devenu dans les années 1980 à la fois exécuteur des basses œuvres aériennes de la CIA, convoyeur virtuose pour le cartel de Medellin, et pièce-clé du dispositif clandestin inventé par le colonel North, avec la bénédiction de Reagan, pour financer les dictatures sud-américaines et les mercenaires avec l’argent de la drogue et le trafic d’armes.

Action, comédie et politique

Guérillas, poursuites aériennes, délires hédonistes de représentants de l’Amérique profonde soudain mis à portée d’une version hypertrophiée de l’american dream: le film circule avec agileté entre action, comédie parfois burlesque, et rappels de faits historiques et récents. On y retrouve le sens du récit du réalisateur qui s’est fait connaître avec Bourne Supremacy. Mais il se propulse au-delà de cet assemblage déjà riche.

L’ambition du projet fait écho à celle, bien plus abstraite (c’était son charme principal, si le film était plombé par les impératifs du show hollywoodien) du premier film ayant réuni le réalisateur et l’acteur, Edge of Tomorrow et ses étranges boucles temporelles.

Coursier de la CIA, Barry Seal rencontre un des ses honorables correspondants, le général Noriega.

Dans Barry Seal, la nonchalance cool de Cruise, parfait cocktail de cet idéal américain par principe convaincu de son innocence et de son bon droit en même temps que de sa vocation à jouir de tout en toute occasion, s’avère une exacte incarnation de la psyché dominante projetée par les États-Unis (et son cinéma).

Racontant pas à pas les aventures de Seal avec les services secrets de son pays, le gang Escobar and Co, les Contras et les barbouzes de Washington, le scénario ne se contente pas du récit d’un des pires scandales de la politique de l’ombre des États-Unis. (…)

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L’équation vitale et fatale de «Nos années folles»

Le nouveau film d’André Téchiné s’inspire d’un fait réel à l’époque de la guerre de 14 et de l’après-guerre pour explorer les abîmes des désirs masculins et féminins, jusqu’à l’infini, jusqu’à la mort.

Certains films sont comme des sculptures. Une forme singulière émerge d’une matière déjà là, qui peut être pur comme le granit ou composite comme certaines œuvres de la statuaire moderne.

 

Composite, le matériau où se fournit André Téchiné l’est assurément. Et saturé de références, d’images, de récits. Comme une tête de taureau ou une petite fille sautant à la corde sculptées par Picasso, ses Années folles imposent leur singularité, leur puissance et leur grâce en s’inventant littéralement au mileu d’une jungle de sources, de matériaux et de références.

Car il s’agit de la Grande Guerre. Il s’agit de l’identité sexuelle. Il s’agit du travestissement. Il s’agit d’une chronique historique de la France des années 1920. Il s’agit de l’histoire, et du spectacle de l’histoire. Il s’agit de faits réels devenus fiction.

Soit la menace immédiate de l’overdose de romanesque convenu, d’imagerie rassise, de démonstration à thème, sinon à thèse.

Pierre Deladonchamps

De cet imposant amoncellement, le cinéaste s’empare avec une énergie fiévreuse, et le meilleur des sauf-conduits: la simplicité. Chaque moment vaut pour lui-même, chaque émotion est assumée sans ruse, sans baratin, sans second degré. Pour frayer son chemin dans la jungle des récits et des métaphores, le cinéaste dispose de deux armes souveraines: sa liberté d’écriture, et ses acteurs.

Ses acteurs, se sont Pierre Deladonchamps et Céline Sallette. (…)

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«Une famille syrienne»: vivre, quand même

Le huis clos mis en scène par Philippe Van Leeuw rend sensible quelque chose de l’expérience du quotidien au milieu d’une guerre sans fin.

Ça tire dans tous les sens. Ça explose. Les hélicos, les snipers. C’est dehors, juste là. Dans l’appartement aussi, la guerre est constamment présente.

L’appartement est un refuge, et une prison. La famille n’en sortira pas, La Famille syrienne, le film, non plus.

Cela se passe aujourd’hui, hier, et chaque jour depuis six années, dans les villes de Syrie. Cela se passe partout où fait rage la guerre, cette guerre-là, celle qui se déchaine non pas sur des champs de bataille mais dans les maisons, les rues, les quartiers.

Le titre, et plus encore le titre original, Insyriated (quelque chose comme «ensyrié», néologisme qui pourrait désigner une maladie dont on est infecté, un état subi et inexorable), confirme le lieu réel, la Syrie martyre, en ce moment même.

Pourtant, ce que montre le film pourrait être, en grande partie, ce que furent il n’y pas si longtemps Sarajevo ou Beyrouth. Une forme d’horreur très particulière.  

Une famille particulière, aussi, et elle aussi produit de la guerre. (…)

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