Claude Lanzmann, figure historique majeure et complexe

Émouvant, horripilant, génial et contestable, il est l’auteur d’un film sans égal, «Shoah», et a été un personnage d’une ampleur exceptionnelle, aux croisements de nombre des plus grands événements du XXe siècle.

Il est mort le 5 juillet, il avait 92 ans. Il était, tout le monde sait, écrivain, réalisateur, polémiste, mais aussi et d’abord… un artiste, un combattant, un ogre. Il y avait quelque chose de colossal chez Lanzmann, la stature, les gestes, la voix et le verbe. Il en jouait, en abusait, s’en amusait.

Il y avait quelque chose de glouton, de prédateur aussi –et envers les femmes, cela n’était pas toujours admissible. Il y avait de l’enfance, beaucoup, toujours, en même temps qu’une culture gigantesque, immensément diverse et curieuse du monde.Un courage physique qui parfois confinait à l’inconscience. Un sens de la dépense. Cette vitalité, cette richesse compliquée et paradoxale devrait dissuader quiconque d’essayer de le mettre dans une case simplificatrice, quelle qu’elle soit.

Claude Lanzmann a fait mille choses dans sa vie –il a raconté beaucoup d’entre elles dans un livre qui est aussi un très grand texte littéraire, Le Lièvre de Patagonie, paru chez Gallimard en 2009.

Il en a donné autrement les échos, en réunissant ensuite cinquante textes publiés par lui tout au long de sa vie, comme journaliste, pamphlétaire ou mémorialiste de son temps (La Tombe du divin plongeur, Gallimard, 2012).

Claude Lanzmann, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre en Egypte en 1967 | AFP

Il a non seulement dirigé mais aussi profondément imprégné de sa présence l’une des grandes revues intellectuelles en langue française, Les Temps modernes, où il avait succédé aux fondateurs, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir.

Il a voyagé, débattu, défendu, attaqué, raconté; il a écrit, parlé, filmé – énormément, et avec une étourdissante virtuosité.

Et puis Claude Lanzmann a fait Shoah. Et ça, c’est autre chose, d’une autre nature. Pendant douze ans, de 1973 à 1985, il a écumé le monde à la recherche des survivantes et survivants de l’extermination des juifs d’Europe par les nazis, et il les a filmés. Il a également filmé certains des bourreaux et certains des témoins, et travaillé au montage de ces plans.

Shoah, un film sans égal

L’assemblage d’une partie de ces éléments donne naissance en 1985 à un film de neuf heures. Un film sans équivalent dans l’histoire du cinéma.

Shoah a changé la compréhension de l’événement lui-même. C’est principalement après lui que l’on nomme désormais cet événement la Shoah. Il a puissamment contribué à la compréhension de ce qui est advenu en Europe entre 1942 et 1945, et il a très puissamment contribué à faire qu’on ne cesse jamais d’y avoir affaire, en tant qu’événement à la fois dans le cours de l’histoire et la débordant. Il l’a fait avec les moyens d’un cinéaste et prouvé que, sans minimiser ceux des historiennes et historiens, ils n’étaient pas moindres.

«Shoah»: Henrik Gawkowski, le conducteur de la locomotive vers le camp d’extermination.

Et Shoah a changé la pensée du cinéma. En artiste de première magnitude, c’est-à-dire en concepteur de formes qui pensent et aident à penser, Lanzmann a conçu une œuvre rigoureuse, radicale.

Cette œuvre est bâtie sur des grands principes, dont le mieux connu est l’absence d’images d’archives et le pari décisif sur la présence réelle de celles et ceux qui parlent. Mais la force unique de Shoah se joue dans chaque choix de cadrage, de montage, de rapport entre les paroles, les corps et les lieux.

Des formes qui pensent

Il s’est trouvé des pauvres esprits pour écrire –jusque dans les colonnes des Temps modernes, hélas– que Shoah est un film sans images. Alors que Shoah, ce sont neuf heures d’images, dans toute leur puissance.

Cette puissance est décuplée par la mise en crise de la croyance dans le visible, les apparences, par là elles rejoignent, en même temps que la question sans réponse de l’extermination, le sens le plus profond de ce que veut dire «cinéma».

Et depuis, Shoah hante les grandes œuvres du cinéma, fiction comme documentaire, sur tous les sujets, en même temps qu’il a ouvert la porte à de multiples manières d’affronter par le film d’autres tragédies.

Très vite, quand on parle de Claude Lanzmann, on parle de son caractère de cochon, on daube sur sa virulence et son égocentrisme, on moque sa propension à considérer la Shoah comme sa chasse gardée. En ce qui concerne le dernier point, c’est imbécile et faux.

Lanzmann a accompagné et soutenu d’autres films, y compris fort différents de ce qu’il avait fait –par exemple Le Fils de Saül du jeune réalisateur hongrois Laszlo Nemes, comme il avait reconnu, quitte à en critiquer certains aspects, la valeur de l’immense travail littéraire des Bienveillantes de Jonathan Littell.

L’exigence, la colère et la générosité

Quant à ses attaques contre d’autres films, à commencer par La vie est belle de Benigni et La Liste de Schindler de Spielberg, elles résultent d’une conscience aiguë des enjeux éthiques associée aux manières de montrer et de raconter –enjeux exacerbés à l’extrême lorsqu’il s’agit du massacre planifié de six millions d’êtres humains, mais enjeux toujours présents, toujours actifs dans tout geste de représentation, de mise en scène.

Que l’auteur de Shoah se soit senti responsable, au sens de devoir prendre ses responsabilités, face à ce qu’il jugeait des méthodes indignes de fabrication de spectacle à partir de l’extermination est à la fois très compréhensible et tout à son honneur.

Virulent, excessif? Mais sans doute fallait-il cette énergie conquérante, intraitable de l’ancien maquisard des monts d’Auvergne pour mener à bien l’entreprise colossale, et à l’époque très solitaire et dépourvue de soutiens financiers, qu’avait été la réalisation de Shoah. (…)

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«Les Quatre Sœurs» de Claude Lanzmann, sans commune mesure

Son nouveau film réunit quatre témoignages de femmes ayant survécu à la Shoah. Un film-fleuve d’une puissance d’évocation extrême, mais non sans arrière-pensées.

Photo: Il y a environ quarante ans, Claude Lanzmann recueillait le témoignage de Hana Marton, survivante de l’extermination des juifs hongrois.

Ce sont des visages d’abord. Pas quatre, mais un, puis un, puis un, puis un. Ce sont des voix, ce sont des mots, des regards, des gestes. Quelqu’un est là. Quatre fois.

Quatre femmes vivantes, quatre être humains qui témoignent de l’inhumain. L’inhumain que chacune d’elle a éprouvé dans sa chair et dans son âme, dans tout ce qui fait l’humanité des humains. L’inhumain administré massivement, méthodiquement, par d’autres êtres humains.

 

Elles s’appellent Ruth Elias, Ada Lichtman, Paula Biren et Hanna Marton. Elles étaient tchèque, polonaises, hongroise. Elles sont juives. Elles ont survécu à la Shoah.

À la fin des années 1970 et au début des années 1980, Claude Lanzmann a filmé leurs témoignages, comme des dizaines d’autres. De ce gigantesque labeur d’enregistrement est issu un film hors norme, Shoah, sorti en 1985.

Shoah est construit avec une rigueur intérieure qui a empêché que puisse y prendre place un grand nombre de témoignages recueillis. Depuis, Lanzmann a réalisé quatre films composés d’éléments de ce qu’il n’avait pu monter pour le film de 1985: Un vivant qui passe (1997), Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (2001), Le rapport Karski (2010) et Le dernier des injustes (2013).

Les quatre sœurs est le cinquième. Composé d’entretiens réalisés il y a longtemps, et séparément, il s’agit d’un film à part entière –de 4h34, en quatre parties.

Le plus simple des dispositifs

Le récit de ces quatre femmes est bouleversant, chacun d’une manière différente, mais qui à chaque fois ouvre sur des abîmes.

Bouleversant aussi ce qu’accomplit le très grand cinéaste qu’est Claude Lanzmann, avec ce qui semble le plus simple des dispositifs –pour l’essentiel des entretiens filmés le plus souvent de face, lui-même étant de temps à autre à l’image, posant des questions et parfois commentant les réponses.

Très occasionnellement apparaissent une photo ou une carte pour préciser une information, ponctuellement le face-à-face se transforme, ici une conversation au cours d’une promenade près de la mer avec Paula Biren, là la présence longtemps silencieuse, puis foudroyante de laconisme du mari d’Ada Lichtman, assis dans un coin de la pièce où elle se trouve.

Ada Lichtman, survivante des massacres dans la campagne polonaise et du camp de Sobibor
 

S’il y a un autre savoir possible que le savoir informatif –l’horreur des camps de la mort a été immensément documentée, un savoir qui tient à la présence humaine, à ce qui se joue dans la rencontre d’un regard, de gestes tout simples, d’inflexions de voix, un savoir infini, jamais acquis, alors Les quatre sœurs accomplit ce travail de manière exceptionnelle.

Ce travail, seul le cinéma en est capable avec ces moyens-là –ou peut-être aussi la musique et la poésie, autrement, mais sans la précision factuelle, implacablement physique, que permet cet usage apparemment si élémentaire et absolument souverain de la caméra, du son, du montage. Un travail indispensable, aujourd’hui comme hier, comme il y a vingt ou cinquante ans, comme demain.

La double révolution «Shoah»

En accomplissant ce travail titanesque en réponse à l’extermination des juifs d’Europe, qu’il mène depuis plus de quarante ans, Claude Lanzmann a transformé le cinéma et, sinon l’histoire, du moins la conception de l’histoire.

Shoah est le nom de ces deux gestes jumeaux. Il est le film qui en contribuant puissamment à renommer l’événement a modifié la manière de le comprendre et qui cristallise en même temps beaucoup de ce que l’art particulier du cinéma peut produire de plus élévé –pas seulement sur ce sujet, pas seulement par rapport aux tragédies historiques, pas seulement dans le domaine documentaire: tout le cinéma.

Mieux peut être qu’aucun autre, en homme d’engagement et en artiste, Lanzmann a contribué à rendre sensible ce que cet événement-là, la Shoah, a d’incommensurable. «Incommensurable» ne signifie ni «plus» ni «moins» que quoique ce soit d’autre, il n’élimine ni n’occulte les tragédies du passé ou du présent: il établit la singularité d’un événement dans le tissu du monde et du temps.

Ce monde, Claude Lanzmann y appartient évidemment –et lui pas plus qu’un autre ne peut s’en abstraire. Aussi, lorsqu’il réalise un film, en particulier Les quatre sœurs, en pleine cohérence avec l’immense ouvrage auquel il aura dédié une grande part de sa vie, accomplit-il lui aussi d’autres choses en même temps.

Les quatre sœurs est une sortie cinéma de la semaine du 4 juillet 2018, un film d’aujourd’hui, fait par le Claude Lanzmann d’aujourd’hui, quand bien même avec des images tournées il y a près de quarante ans.

Témoignages d’hier et discours au présent

Et le Claude Lanzmann d’aujourd’hui, s’il se voue à faire entendre ces témoignages, a aussi des choses à dire lui-même, à travers ces voix. Il est porteur d’un –ou de plusieurs– discours, au présent. (…)

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Cannes 70e, Jour 1: «Les Fantômes d’Ismaël» ne fait pas vraiment l’ouverture, et c’est dommage

Le film magnifique d’Arnaud Desplechin est présenté sur la Croisette dans une version coupée. Mais en se donnant un peu de mal, il sera possible de découvrir en salles dans sa version complète cette œuvre foisonnante et troublante, hantée par l’amour du cinéma et les vertiges de l’absence.

Mercredi 17 mai, le 70e Festival de Cannes s’ouvre avec la projection des Fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin. Le même jour, ce film sort dans les salles françaises. C’est un beau film qui sera montré au Palais des festivals. Mais ce n’est pas le vrai.

De manière à peu près illisible, il existet deux Fantômes d’Ismaël. Il faudra aux spectateurs beaucoup d’attention s’ils souhaitent voir le vrai, annoncé pour l’heure en exclusivité au cinéma du Panthéon à Paris, et qui est qualifié de «version originale» –ça ne veut pas dire que c’est en anglais, ça veut dire que c’est dans la langue de son auteur.

 

Bande annonce de la version coupée. Il n’existe pas de bande annonce de la version complète, dite « V.O. »

Que les commerçants en charge du film aient voulu réduire sa durée est, disons, explicable –il faudrait juste, en ce cas, arrêter d’être malpolis avec ces gros cons d’Américains chez qui ce n’est pas l’artiste, comme chez nous les valeureux défenseurs de la culture, qui a le final cut. Au fait: avec un peu de chance, aux États-Unis, c’est le véritable Fantômes qui sortira.

Final cut

Donc, disons qu’on comprend les marchands. Mais que le plus grand Festival du monde, célébrant en grande pompe cette année son âge respectable, choisisse pour son ouverture de ne pas montrer le film d’un des cinéastes les plus admirés d’aujourd’hui tel que celui-ci l’a voulu est, en revanche, complètement inexplicable.

Est-ce un problème de durée? Le film présenté en ouverture dure 1h54. Le vrai film dure 2h14. Pour le festival de Cannes, qui a présenté en ouverture des films significativement plus longs (récemment Da Vinci Code, 2h32; Robin des bois, 2h20; Gatsby le magnifique, 2h23, il est vrai d’intouchables chefs-d’œuvres), la différence de durée ne fournit aucun indice.

Essayons d’être clair, et calme: les films ne naissent jamais tout beaux tout neufs de l’esprit de leur auteur. Ils résultent toujours de discussions, de compromis, de pressions. Et ceux qui y contribuent sont loin d’avoir toujours tort, l’artiste est loin d’avoir toujours raison, même s’il y a de très bons motifs de lui donner en principe le dernier mot quant à son œuvre. Nous avons vu, à Cannes comme ailleurs, d’innombrable films qui ont été modifiés, pour le meilleur ou le pire, suite à des épisodes divers, dont on entend parfois parler, et souvent non.

Arnaud Desplechin dans l’écheveau de la création du cinéma, photo de tournage (© Jean-Claude Lother, WhyNot Productions)

Mais le cas des Fantômes d’Ismaël est différent: il y a d’emblée deux versions. Les deux ont été montrées à la presse, les deux sortent en salle. Desplechin peut bien dire qu’il valide les deux, il est évident que le vrai film est celui de 2h14, pas celui d’1h54.

Cubisme narratif

Et ce n’est qu’à partir de cette situation, pour le coup inédite –rien à voir avec la sortie diffférée, des mois voire des années plus tard, du director’s cut ou du redux– que le choix par le Festival d’une version diminuée, amputée, alors que l’autre est disponible et pourra être vue par le pubblic, est une étrangeté qu’on ne s’explique pas.

Outre les vingt minutes de différence, qu’est-ce qui sépare les deux versions? La suppression de quelques scènes-clés, quelques scènes magnifiques de drôlerie et de tragique. Quelques scènes essentielles pour faire des Fantômes d’Ismaël un film extraordinairement multiple, jouant sur plusieurs tableaux, inventant une sorte de cubisme narratif à la fois jubilatoire et inquiétant.

Quelques scènes, aussi, qui inscrivent un drame individuel –une belle histoire de triangle amoureux avec revenant(e)–  dans une tragédie historique, et même, ben oui, désolé, métaphysique.

Bon, il est bien, le petit Fantômes en format réduit. Mais ici, il sera désormais question du grand film étrange, le seul qui devrait s’appeler Les Fantômes d’Ismaël. Celui qu’il faudrait, partout, demander aux salles de projeter.

La fille des étoiles et le pire emmerdeur de l’hémisphère

Ça démarre à fond de train, dorures de la République et officine nids d’espion, on parle d’un type étrange, disparu. Ivan Dedalus. Tondu comme un Louis, il dit: «J’ai pensé que j’avais une grande curiosité du monde.» Bon pour le service.

Donc voilà Ismaël D., c’est-à-dire Mathieu A. qui joue Arnaud D. (qui joue!). Ismaël est réalisateur, il a un film à faire, il a bu, il est explosé de trouille. Changement d’axe, changement de cadre, changement de rythme: l’espace, c’est du temps.

Mais, deux ans avant…

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«Austerlitz», un joyau au festival Cinéma du réel

Un des principaux festivals de documentaires, Cinéma du réel, se tient du 24 mars au 2 avril à Paris. Au sein d’une programmation pléthorique, pleins feux sur un film exceptionnel, «Austerlitz» de Sergei Loznitsa.

Ce vendredi 24 mars s’ouvre la 39e édition du festival Cinéma du réel, une des plus importantes manifestations dédiées au documentaire. Le Centre Pompidou en est le lieu principal, même si des séances ont également lieu dans plusieurs autres sites du centre de Paris (Luminor, Forum des images, Centre Wallonie-Bruxelles).

Impossible de décrire toute la richesse des propositions qui composent un programme avec plusieurs compétitions de films récents, où figurent des noms prometteurs (Nicolas Klotz, Sylvain George, Régis Sauder, Lucile Chaufour, Paz Encina, Raed Andoni) et dont on sait d’expérience qu’il y aura d’inattendues et réjouissantes découvertes à y faire.

Mais aussi, entre autre autres, un ensemble consacré au nouveau cinéma afro-américain, Rebelles à Los Angeles, accompagné d’une rétrospective du vétéran Charles Burnett, une intégrale du documentariste et anthropologue brésilien Andrea Tonacci, des pépites tel l’hommage à Manoel de Oliveira par son disciple Joao Botelho, déjà repéré à Locarno, ou la rencontre avec Rasha Salti, la nouvelle responsable de La Lucarne sur Arte, qui depuis vingt ans permet la naissance et la visibilité de nombreux projets documentaires originaux.

Des selfies dans le camp de concentration

Au sein de cette offre pléthorique, on se contentera de distinguer ici une œuvre exceptionnelle. Sous un titre qui reprend celui d’un des plus beaux livres jamais publiés, Austerlitz de W. G. Sebald, le cinéaste ukrainien Sergei Loznitsa propose une expérience de cinéma à la fois bouleversante et stimulante.

En plans fixes noir et blanc, Loznitsa filme les hordes de vacanciers en shorts et T-shirts fantaisie qui débarquent, souvent en rigolant, dans un camp de concentration. Il fait beau et très chaud. On est en famille, en groupe de voyage organisé, entre copains. On fait des selfies devant le portail avec l’inscription Arbeit macht frei à l’entrée de ce qui fut le plus grand camp nazi, Oranienburg-Sachsenhausen.

On songe au titre du beau film de Robert Thalheim, Et puis les touristes, qui se passait à Auschwitz, où une partie des images d’Austerlitz, celles des chambres à gaz et des crématoires, ont également été tournées.

L’affaire semble entendue, nous voici témoin du contraste choquant entre les lieux de la tragédie et l’apparence vulgaire, désinvolte, consumériste, voyeuse, moutonnière de ces consommateurs du loisir de masse. En effet, c’est cela, et tous ces adjectifs sont justifiés. Si le film durait dix minutes, l’affaire serait close. Il dure 93 minutes.

Et l’affaire est au contraire extraordinairement ouverte, complexe. (…)

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