Quand Ren (Kodai Kurosaki) découvre son père qu’il croyait sorti de sa vie pour toujours.
Les premiers films de Yuiga Danzuka et de Shu Qi ont en commun d’être centrés sur les relations familiales, labyrinthe d’affects chez l’un, espace de conflits chez l’autre.
La sortie simultanée de ces deux premiers films, signés l’un d’un Japonais, l’autre d’une Taïwanaise, souligne la présence particulièrement forte de réalisations asiatiques au cours de cet été sur les écrans français.
Ils rejoignent en effet The Fin de Syeyoung Park, Sous le ciel de Kyoto d’Akiko Ohku, le revenant Cowboy Bebop de Shinichirō Watanabe, The Ugly de Yeon Sang-ho, Une aube nouvelle de Yoshitoshi Shinomiya, The Quiet Family de Kim Jee-woon… avant la grande œuvre qu’est Soudain de Ryūsuke Hamaguchi, attendu pour le 12 août.
Il faut se réjouir de cette présence, mais s’inquiéter que la période traditionnellement plus creuse des mois de juillet et août ne devienne pas un moyen de reléguer des œuvres qui méritent attention, toute l’année.
«Des fleurs pour Tokyo», de Yuiga Danzuka
Dans le fast-food d’un centre commercial, une famille déjeune, en route pour la villa louée en bord de mer où elle va passer les vacances. Papa, architecte paysagiste, est absorbé par son travail, maman souffre du peu de disponibilité de son mari. Tandis que la fille aînée, adolescente, voit monter la crise entre ses parents, le garçon semble ne se soucier que de jouer.
Ce sont les premières séquences du premier film de Yuiga Danzuka, dont on ne peut pas dire qu’elles reposent sur des événements extraordinaires ou la promesse d’une fiction échevelée. Mais il s’y perçoit immédiatement une fluidité dans la manière de capter les affects entre les personnes et les vibrations singulières de lieux, avec un sens affuté de la réalisation.
Plan après plan, un humour inquiet, une tristesse attentive infusent. Sans rien de spectaculaire non plus dans la manière de filmer, la mise en scène de ce réalisateur de 28 ans partage une impressionnante richesse de sensations et de suggestions. Il en ira ainsi durant le déroulement du reste du film, qui se passe «dix ans et demi plus tard», comme indiqué sur l’écran.

La fille, Yumiko, va se marier. Ren, le fils, mène une existence instable, travaille comme livreur d’orchidées de luxe. Le père a disparu et on apprendra au détour d’une réplique que la mère est morte. Mais un nouveau personnage imprègne les images de sa présence: la ville.
C’est Tokyo, le titre ne le laisse pas ignorer, mais c’est surtout un organisme urbain, complexe, contradictoire, vivant, conflictuel. Les plans généraux sur des quartiers différents de la métropole, ou la manière dont les protagonistes circulent dans les rues et occupent leurs lieux de vie et de travail, composent des assemblages où les événements romanesques se multiplient, amplifiés et reconfigurés par cette attention aux espaces bâtis.
Aussi, lorsque Ren doit livrer un bouquet au site d’une prestigieuse exposition d’urbanisme qui se trouvé dédiée à son père, lequel réapparaît flanqué de sa nouvelle compagne, les enjeux affectifs, les manières d’habiter –d’habiter sa propre vie et d’interagir avec les autres autant que d’habiter un appartement– deviennent un ressort dramatique aux multiples effets.
En phase avec la construction d’espaces problématiques, qui est à la fois le travail du père et le cadre d’existence des autres, la réalisation de Danzuka compose une sorte de labyrinthe tout en douceur, mais pas dénué de chausse-trappes.

Pas d’angles aigus dans ces circulations entre conflit familial et séduction, rapports entre générations, entre hommes et femmes, entre présent et passé, entre réalité et phénomènes surnaturels, mais des assemblages de compromis, de déplacements, de pas de côté choisis ou subis.
Des signes étranges, des coïncidences assumées, des crises intimes, des fantômes, des notations réalistes participent de cet agencement. Ils font de Des fleurs pour Tokyo une belle découverte de cinéma, émouvante et souriante, onirique et très concrète.

Des fleurs pour Tokyo
De Yuiga Danzuka
Avec Kodai Kurosaki, Ken’ichi Endô, Haruka Igawa, Mai Kiryu, Akiko Kikuchi
Durée: 1h55
Sortie le 5 août 2026
«Girl» de Shu Qi
Difficile de découvrir le premier film réalisé par Shu Qi sans avoir à l’esprit l’actrice inoubliable des films de Hou Hsiao-hsien. D’autant plus que le début de Girl cite explicitement le mémorable plan d’ouverture où on la découvrait dans Millenium Mambo, sur une de ces passerelles grillagées au-dessus des voies rapides de Taipei.
Mais, bien loin de la stylisation envoûtante de The Assassin, celle qui fut la star de dizaines de films hongkongais et taïwanais s’engage avec cette réalisation dans une voie très personnelle, clairement autobiographique, qui reconstitue une adolescence malheureuse dans les années 1980. Avec comme possible échappatoire l’amitié d’une autre lycéenne, beaucoup plus émancipée, la vie de Hsiao-lee est un calvaire de misère et de violence familiale. (…)













Une adolescente au prénom de fleur (Kirara Inori), à la recherche de sa place dans le monde. | Survivance
Chang-su (Kang Yoon-soo) prend soin de celle qui n’est pas sa fille sous le regard de celle qui n’est pas sa femme –du moins officiellement. | Survivance
Bermani prête à tout pour obtenir ce qu’elle veut, face aux hommes qui veulent la dominer, dont le patron de la casse (Babak Karimi). | Bodega

Trois personnes, trois directions de regard, un polygone d’émotions et de rapports de force au nombre de côtés qui tend vers l’infini (Ayumu Nakajima, Kotone Furukawa et Hyunri dans la première partie, «Magie?»). | Diaphana
Plusieurs hors champs, sensuels, malveillants, mélancoliques, désorientés, habitent cette situation en apparence minimale (Kiyohiko Shibukawa et Katsuki Mori dans la deuxième partie, «La porte ouverte»). | Diaphana