Berlinale 2026: «Dao» et quelques joyaux au détour d’une morne édition

Dao, d’Alain Gomis, était sans conteste l’événement majeur du programme de la Berlinale 2026.

Après une semaine de projections, la 76e édition du festival de cinéma de Berlin peine à tenir son rang, malgré la découverte du nouveau film d’Alain Gomis et une poignée d’autres belles surprises.

Ça n’avait pas très bien commencé. La lecture du programme de la 76e édition du Festival international du film de Berlin, qui a lieu du jeudi 12 au dimanche 22 février, faisait apparaître l’absence quasi totale de noms de grands cinéastes, ou de films particulièrement attendus.

On notait la très faible représentation de cinématographies traditionnellement pourvoyeuses d’une part importante de la créativité: guère de films français et italiens, non plus qu’états-uniens, côté studios comme côté indépendants. Rien non plus de reconnu en provenance d’Asie, sauf le Sud-Coréen Hong Sang-soo (quatre Ours d’argent au cours des six dernières éditions de la Berlinale), bizarrement relégué dans la section Panorama.

Personne de connu en provenance d’Amérique latine non plus? Fort bien, il restait l’espoir de découvertes, l’hypothèse de faire connaissance avec des auteurs et autrices peu ou pas identifié·es, d’explorer des territoires moins balisés.

Ça a continué encore plus mal, avec en prélude le président du jury Wim Wenders qui a déclaré, lors d’une conférence de presse le 12 février, que le cinéma devait «rester en dehors de la politique» –en tout cas lorsqu’il s’agit de la Palestine, sujet qui fait l’objet d’une censure extrêmement violente en Allemagne contre toutes les protestations concernant cette question palestinienne et le génocide en cours.

Alors qu’elle devait présenter une version restaurée du film In Which Annie Gives It Those Ones, dont elle avait écrit le scénario en 1989, l’écrivaine indienne Arundathi Roy a déclaré être «bouche bée» devant l’intervention du cinéaste allemand octogénaire, qu’elle a jugée «sidérante». Le lendemain, elle a annulé sa venue au festival berlinois, en condamnant cette «manière de fermer la discussion sur un crime contre l’humanité». Puis mardi 17 février, plus de 80 personnalités du monde du cinéma ont exprimé leur «profond désaccord» face à la déclaration de Wim Wenders, dans une lettre ouverte.

L'entrée du Palais du festival, à Potsdammer Platz, en plein cœur de Berlin. | Berlinale

L’entrée du Palais du festival, à Potsdammer Platz, en plein cœur de Berlin. | Berlinale

Les «films de Berlinale», hélas

Puis vinrent les films. Il en existe une catégorie particulière qu’on pourrait appeler «films de Berlinale». Non que celle-ci en ait l’exclusivité, mais le festival allemand est devenu particulièrement friand de ces concentrés de correction politique reposant sur un mécanisme aussi simpliste que pénible. Celui-ci concerne un personnage, presque toujours une femme, vivant dans un pays ou une société où les mœurs occidentales n’ont pas à la fois force de loi et force d’habitude communément partagée.

Dans ces films, le personnage semble ignorer le fonctionnement de la société dont il est issu et affiche une stupeur scandalisée dès lors que son environnement ne se comporte pas conformément à son désir. Un tel comportement s’explique aisément: ces personnages sont des projections des spectateurs et spectatrices occidentales, à qui le film est évidemment destiné.

Les trois principales sections de la Berlinale se sont chacune ouvertes avec des films de ce type, situés respectivement en Afghanistan pour le festival dans son ensemble (No Good Men, de Shahrbanoo Sadat), en Tunisie pour la compétition (À voix basse, de Leyla Bouzid) et au Liban pour la section Panorama (Seuls les rebelles, de Danielle Arbid).

Dans No Good Men, de Shahrbanoo Sadat, la réalisatrice afghane incarne une camerawoman de la télévision de son pays, durant les derniers mois de la présence américaine à Kaboul. | © Virginie Surdej / Berlinale

Dans No Good Men, de Shahrbanoo Sadat, la réalisatrice afghane incarne une camerawoman de la télévision de son pays, durant les derniers mois de la présence américaine à Kaboul./ Berlinale

Trois films de femmes, trois dénonciations du patriarcat dans des sociétés musulmanes: tout était en ordre pour un consensus qui ne risquait pas de susciter de réticences. Mais dans un espace qui était jusqu’à présent considéré comme un des trois plus grands festivals de cinéma du monde, avec le Festival de Cannes (en mai) et la Mostra de Venise (en septembre), il serait aussi requis de se soucier de la mise en scène.

Une fresque entre Afrique et Europe

Dans ce paysage sans grand relief, on relèvera tout de même quelques heureuses exceptions. La première, la plus importante, est une œuvre monumentale signée par le cinéaste franco-sénégalais Alain Gomis, Dao, qui figurait parmi les films en compétition.

Avec un sens impressionnant de la composition, le réalisateur de Félicité (2017) tresse ensemble deux grandes festivités collectives, l’une en France (un mariage), l’autre en Afrique, à propos d’un ancêtre défunt. Et du même élan, celui d’une fresque à la fois intime et à l’échelle de deux continents, de deux cosmos, il accompagne les parcours et les affects d’une multitude de protagonistes, joue des ressources du documentaire et de la sitcom, de la comédie et du fantastique, multiplie les révélations romanesques et les moments d’attention réalistes.

Dao est peut-être le premier grand film prenant en compte la réalité complexe de générations d’Africains confrontés à l’exil et à des situations diasporiques sans avoir complètement rompu avec leur monde d’origine. Le film, dont la sortie est annoncée pour le 29 avril 2026, invente de passionnantes réponses de cinéma à la multiplicité des situations et des comportements que ce mode d’existence suscite.

D’Afrique encore, le Forum –la section la plus audacieuse de la Berlinale– aura permis de découvrir le film-fleuve d’une des figures fondatrices du cinéma sur ce continent, l’Éthiopien Haïlé Gerima. Les dix heures de Black Lions – Roman Wolves retracent avec un montage très créatif d’archives d’époque l’agression de l’Italie fasciste contre son pays (1935-1936) et les meurtres de masse contre les populations civiles. Est-il besoin d’ajouter que ces visions trouvent dans l’époque actuelle de cruels échos?

Les combattants éthiopiens de la résistance à l'agresseur fasciste italien, sur une archive retrouvée par Haïlé Gerima. | © Negod Gwad Productions / Berlinale

Les combattants éthiopiens de la résistance à l’agresseur fasciste italien, sur une archive retrouvée par Haïlé Gerima. | © Negod Gwad Productions / Berlinale

On guettera encore, possible troisième offre mémorable venue du même continent, Soumsoum, la nuit des astres (en compétition), qui marque le retour du Tchadien Mahamat Saleh Haroun, vingt ans après Daratt (Saison sèche) et seize ans après Un homme qui crie. Dans l’attente, c’est d’une autre région, évidemment très représentée à Berlin, mais souvent sans grand relief, le monde germanophone, que sont venues deux œuvres retenant l’attention.

Avec Rose (en compétition), le cinéaste autrichien Markus Schleinzer réussit un récit tendu et incarné, magnifié par l’usage du noir et blanc et par le jeu très habité de Sandra Hüller. Dans une campagne germanique au XVIIe siècle, cette variation féministe sur le schéma du Retour de Martin Guerre qui se souvient de la Jeanne d’Arc de Robert Bresson sort incontestablement du lot.

L'actrice allemande Sandra Hüller dans le rôle-titre de Rose, le nouveau film de Markus Schleinzer. | © 2026_Schubert, ROW Pictures, Walker+Worm Film, Gerald Kerkletz / Berlinale

L’actrice allemande Sandra Hüller dans le rôle-titre de Rose, le nouveau film de Markus Schleinzer. | © 2026_Schubert, ROW Pictures, Walker+Worm Film, Gerald Kerkletz / Berlinale

Et que dire de la singularité merveilleuse du nouveau film d’Angela Schanelec, Ma femme pleure? Chaque plan est un bonheur inattendu et d’une délicate précision. Trois ans après Music, Agathe Bonitzer retrouve avec une grâce fragile et ferme la réalisatrice de J’étais à la maison mais…, primé à la Berlinale en 2019. Mais ce n’était pas la même Berlinale. (…)

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À l’écran ou dans la cité, la Berlinale sur un fil

Dans les marges, un petit miracle nommé Paul, documentaire de Denis Coté.

Avec une nouvelle directrice et en pleine incertitude politique, le Festival de Berlin cherche sa voie, et trouve en chemin quelques belles surprises.

Dans l’attente de l’annonce du palmarès, la 75e édition de la Berlinale, du 13 au 23 février, s’est tenue en situation instable à plus d’un titre. Entre I’m Not There et Dark Waters, on hésite quant au titre à choisir au sein de la filmographie du président du jury, le cinéaste américain Todd Haynes, pour évoquer la situation de la manifestation qui aurait dû fêter plus sereinement ses trois quarts de siècle.

Cette instabilité tient à la situation politique en Allemagne, à la veille d’élections sous menace imminente de montée en puissance significative de l’extrême droite. Et elle tient aux conditions dans lesquelles la nouvelle directrice, l’Américaine Tricia Tuttle, a été nommée, après l’éviction brutale du précédent directeur, Carlo Chatrian. Celui-ci a dû quitter son poste à l’issue d’une édition 2024 où l’exercice –partout proclamé comme nécessaire– de la libre expression, a fortiori à propos d’un génocide en cours à Gaza, a été violemment attaqué par les autorités allemandes et une partie des médias.

La reprise en main, avec la mission revendiquée de davantage de glamour et moins de polémique, s’est traduite par un grand usage de périphrases et autres déclarations de principe contre les massacres en général, ou pour le droit de s’exprimer dans le respect d’un pluralisme qui de fait laisse un quasi-monopole aux grands médias. Festival né de la Guerre froide et ayant toujours assumé sa dimension explicitement politique, la Berlinale a joué cette année un jeu de dupes sur ce terrain.

Faire le show, mais pourquoi?

Côté cinéma, on ne pourra pas dire que les chefs-d’œuvre se sont pressés sur les écrans. Film le plus attendu de la sélection, mais hors compétition, Mickey 17, la nouvelle réalisation de Bong Joon-ho, s’inscrit dans la veine «internationale» du réalisateur coréen oscarisé pour Parasite, après le plutôt lourdaud Okja et le très réussi Snowpiercer.

Porté par la star Robert Pattinson, démultiplié pour l’occasion en clones successifs utilisés par un Trumpomusk conduisant une expédition coloniale intergalactique, le film est sympathique de bien-pensance en écho aux horreurs contemporaines, avec un sens du spectacle agréable, sans plus. Au moins, ici, ça finit bien.

Robert Pattinson dédoublé dans Mickey 17. | Warner Bros. Entertainment Inc

Robert Pattinson dédoublé dans Mickey 17. | Warner Bros. Entertainment Inc

Avec des outils narratifs et visuels à l’opposé –film d’époque en huis clos surjouant la théâtralité à propos du monde de la scène–, Blue Moon de Richard Linklater produit des effets comparables. Le numéro de cabotin ivre d’alcool, de jalousie envers un confrère et de désir pour une jeune femme hors de portée du grand parolier de musicals Lorenz Hart, tandis que son partenaire habituel le compositeur Richard Rodgers triomphe hors-champ, doit beaucoup à la performance d’Ethan Hawke.

Dans le bar chic de Broadway en 1943, l’histrionisme brillant d’un artiste surdoué sauf pour la vie pourrait se lire comme le contrepoint de l’inconsistance de la singularité humaine sur laquelle joue la «duplicabilité» de Mickey. Dans un cas comme dans l’autre, la question existentielle sert de point de départ à un incontestable savoir-faire de mise en spectacle, mais finalement sans grand enjeu ni dynamique.

Ethan Hawke en parolier vedette de Broadway perdu dans ses espoirs de séduction face à Margaret Qualley dans Blue Moon. | Sony Pictures Classics

Ethan Hawke en parolier vedette de Broadway perdu dans ses espoirs de séduction face à Margaret Qualley dans Blue Moon. | Sony Pictures Classics

Heurs et malheurs des films-rencontres

Aussi différents et inégaux soient-ils, beaucoup des films avaient ainsi en commun de tenir davantage d’une succession de situations qui auraient pu plus ou moins être permutées entre elles, que d’un mouvement intérieur qui les porterait.

C’est exemplairement le cas d’un autre des titres les plus attendus de la compétition, Kontinental ’25 du cinéaste roumain Radu Jude, figure désormais majeure du cinéma d’auteur européen et lauréat en 2021 d’un Ours d’or mérité pour Bad Luck Banging or Loony Porn.

Centré sur les émois d’une femme désespérée d’avoir, dans ses fonctions de huissière, mené un homme au suicide, le film montre une succession de rencontres qui cataloguent les marques du racisme, du nationalisme au front bas, de l’indifférence, de l’avidité, de la bêtise soumise aux fascinations médiatiques et consuméristes qui empestent le monde contemporain, et le concentré qu’en offre en l’occurrence la ville de Cluj.

Implacable, le diagnostic finit par devenir lui aussi convenu, sinon en retrait par rapport à la noirceur de l’actualité quotidienne du moment, sans que les multiples références convoquées, de L’Homme sans qualités de Robert Musil à Europa ’51 de Roberto Rossellini, n’ajoutent grand-chose.

Dans un parc préhistorique en carton-pâte, métaphore de la vieille Europe, l'impuissance désespérée d'une femme qui voulait faire le Bien. | Berlinale

Dans un parc préhistorique en carton-pâte, métaphore de la vieille Europe, l’impuissance désespérée d’une femme qui voulait faire le Bien. | Berlinale

À rebours, deux autres films qu’aucune réputation particulière ne précédait auront, sur le même modèle d’un enchainement de rencontres du personnage principal, prouvé qu’un charme singulier, à la fois surprenant et attachant, peut émaner de tels cheminements.

C’est le cas du troisième film de Léonor Serraille, Ari, aux côtés du jeune homme qui donne son prénom au film. Dans une ville du nord de la France, ce grand post-adolescent socialement instable réagit en révélateur des turpitudes du temps à celles et ceux qu’il croise, après avoir fui la classe de maternelle où, trop impliqué avec les enfants, il a fini par se noyer dans ses émotions. Conte prompt à la magie sous son apparence réaliste, le film renouvelle les distances et les échos, semblant frayer sa voie au petit bonheur des interactions comme le fait son héros lunatique et tendre.

Et c’est le cas de la belle découverte du film du Brésilien Gabriel Mascaro, révélé il y a dix ans avec le magnifique Ventos de Agosto, dont le quatrième long-métrage, en compétition, a pour titre international The Blue Trail. Une dystopie à peine irréaliste, où les personnes âgées sont envoyées dans des résidences fermées, sert de décors à l’odyssée fluviale d’une femme qui n’a aucune intention de se laisser enfermer.

Denise Weinberg donne une présence à la fois vigoureuse et ludique à cette mamie embarquée dans une série de rencontres où le réalisme de la vie le long de l’Amazone et de ses affluents et les possibilités fantasmagoriques ouvertes par diverses pratiques et substances trouvent des traductions visuelles impressionnantes de beauté.

L'héroïne rebelle de The Blue Trail explore des paysages où la réalité et la fantaisie se recomposent. | Guillermo Garza / Desvia

L’héroïne rebelle de The Blue Trail explore des paysages où la réalité et la fantaisie se recomposent. | Guillermo Garza / Desvia

Trois éclats asiatiques

Et puis il y a, unique et souverainement modeste, Hong Sang-soo. Son trente-cinquième long-métrage, What Does That Nature Say to You, est lui entièrement porté par un mouvement intérieur d’autant plus touchant qu’il est peu apparent.

Autour d’un couple d’amoureux qui débarque dans la grande maison familiale de la jeune femme apparaissent successivement son père, sa sœur et sa mère. Entre ces cinq personnages, mais autour du jeune homme que découvrent les membres de sa possible future belle-famille, se déploie une extraordinaire marqueterie de signes faibles, aux sens fragiles, et qui concernent aussi bien la famille elle-même que le prétendant.

De repas en beuveries, comme le cinéaste coréen en est coutumier, mais aussi au cours de promenades dans la nature et en visite dans un temple, jouant en virtuose de son sens du cadre, du zoom et du montage et désormais aussi de la possibilité du flou, Hong Sang-soo ajoute avec une élégance délicate et cruelle un nouveau chapitre à la mise en vibration de ce qui hante obscurément les humains, hommes et femmes de tous âges.

Scène traditionnelle chez Hong Sang-soo, le repas alcoolisé réserve d'inédites surprises. | Jeonwonsa Film Co.

Scène traditionnelle chez Hong Sang-soo, le repas alcoolisé réserve d’inédites surprises. | Jeonwonsa Film Co.

Parmi les films de la compétition officielle, il fallait aussi porter attention à deux réalisations impressionnantes venues de Chine. En apparence tout oppose Living the Land, deuxième film de Huo Meng, et Girls on Wire, troisième long-métrage de Vivian Qu, très remarquée pour le précédent, Les Anges portent du blanc.

Living the Land est une vaste fresque rurale inscrite dans les campagnes encore très peu développées au début des années 1990. Alternant très gros plans et immenses vues de la nature travaillée sans relâche, il suscite peu à peu une sensation très concrète et émouvante de la dureté des conditions d’existence, comme le cinéma y a rarement donné accès, tout en insufflant vie et chair à de multiples personnages qui ne cessent de gagner en singularité.

Liu Hao-cun et Wen Qi, les deux héroïnes de Girls on Wire. | L'Avventura Films

Liu Hao-cun et Wen Qi, les deux héroïnes de Girls on Wire. | L’Avventura Films

Girls on Wire associe quant à lui le rythme effréné d’un thriller aux limites du film d’horreur, les embardées du fantastique et la précision d’une chronique en suivant de manière non chronologique le parcours de deux cousines, l’une fuyant un gang de trafiquants et l’autre subissant l’exploitation violente que subissent les petites mains de l’industrie du cinéma, en y exerçant le difficile métier de cascadeuse dans des films de sabre.

La composition complexe des genres, des lignes narratives et des articulations temporelles font de Girls on Wire un film aussi tonique qu’ambitieux, où les puissances spectaculaires centrées sur les deux héroïnes cristallisent l’ampleur d’une histoire à la mesure d’un continent.

Mobilisant des styles et des énergies très éloignées, mais qui dans l’un et l’autre cas font un usage très puissant du son, et située sur des échelles spatiales et temporelles différentes, ces deux films racontent en fait la violence du basculement qu’a connu la Chine depuis trente ans. La jeunesse de leurs réalisatrice et réalisateur participe de ce que ces deux belles propositions ont de prometteur.

Pépites dans les sections parallèles

Hors sélection officielle, malgré l’offre toujours plus pléthorique de la Berlinale, et au risque d’avoir mal choisi en son sein, peu de découvertes mémorables. Mais quand même une merveille, et une belle surprise. La merveille, un peu noyée dans la foule de titres de la section fourre-tout «Panorama», est due à un cinéaste toujours singulier dans la diversité de ses approches, le Québécois Denis Côté.

Une des meilleures définitions d’un bon film est sans doute un film rendant passionnants un milieu et des personnages pour lesquels on n’avait a priori aucun intérêt. À cet égard, Paul est, pour moi, un très très bon film. Il concerne en effet deux sujets a priori plutôt de nature à me faire fuir, les gens qui racontent leur vie sur internet et le monde du sadomasochisme.

Mais voici donc Paul, trentenaire en surpoids caractérisé, très mal dans sa peau. Il a trouvé une issue à l’impasse qu’était sa vie en allant faire le ménage chez des femmes dominatrices, et en racontant cela par le menu en ligne. Attaché à son quotidien, le documentaire se révèle incroyable de beauté attentive, de douceur, de sensibilité aux espaces, aux objets, aux singularités physiques, aux gestes et à ce qui s’y joue. Incongrues, possiblement grotesques ou déplaisantes, les situations deviennent des moments de délicatesse intelligente, y compris avec une éponge à gratter l’évier ou un accessoire SM.

Quelque chose de miraculeux –aussi dans la finesse avec laquelle Paul analyse son propre parcours en échangeant avec ses followers, en nombre exponentiel– se déploie (…)

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Face au Covid qui menace tous les festivals, les réponses de la Berlinale

L’affiche de la 71e édition du Festival de Berlin.

Du 1er au 6 mars puis du 9 au 20 juin se tiendra la singulière édition 2021 d’un des plus grands festivals du monde, réponse ciselée face aux circonstances et pari sur l’avenir.

Lundi 1er mars 2021 s’ouvre la 71e édition du Festival de Berlin. Enfin, s’ouvre, façon de dire puisqu’aucune porte ne sera déverrouillée, et que le Palast de Postdammer Platz restera désert. Le terme «édition» peut aussi être interrogé, alors que ne se déroulera, en ligne, qu’une partie de la manifestation. Dès lors, la date du 1er mars est également fragile, une autre date d’ouverture en 2021 ayant été d’ores et déjà annoncée, le 9 juin.

Depuis un an, des plus grands aux innombrables petits, voire minuscules mais eux aussi importants pour la vivacité du biotope cinématographique, les festivals inventent des réponses multiples à la pandémie.

En 2020, Cannes, après avoir tenté aussi longtemps que possible de se maintenir, a fait le choix d’une annulation, se refusant à une manifestation atrophiée. Mais le plus grand festival du monde a décerné un «label 2020» à une cinquantaine de films qui, selon Thierry Fremaux, auraient été à Cannes si l’édition avait eu lieu. Il a envoyé à l’automne un signal de continuité depuis la Croisette, avec une compétition de courts-métrages.

Venise, mais aussi Angoulême et San Sebastian, au prix de mesures sanitaires draconiennes, sont passés entre les gouttes et ont réussi à se tenir presque normalement en août et septembre.

L’ouverture du festival de New York dans un drive-in de Brooklyn. | via New York Film Festival

La plupart des autres, y compris les principaux –Toronto, New York (avec un drive-in), Vienne, Sao Paulo, Thessalonique, Busan en Corée, Morelia au Mexique, le Festival du Kerala en Inde, etc.– ou, en France, La Rochelle, les Trois Continents à Nantes, Entrevues à Belfort, Premiers Plans à Angers, bientôt Le Cinéma du Réel à Paris, et tant d’autres, ont élaboré comme ils ont pu des éditions dites hybrides.

L’hybridation porte en l’occurrence sur les quelques événements en présentiel maintenus vaille que vaille, mais de fait l’essentiel se sera fait en ligne, avec des outils variés.

Les films sont dans ce cas montrés grâce à tout un assortiment d’outils de diffusion sur internet, du plus ouvert, comme YouTube, au plus sécurisé, comme la plateforme professionnelle FestivalScope. Entre les deux, on trouve de multiples dispositifs, souvent avec des limitations d’accès par géoblocage ou limitation du nombre de spectateurs et des durées de disponibilité, reproduisant plus ou moins la projection dans des salles à heure fixe et avec une jauge définie.

Il s’agit à la fois de mimer la réalité du fonctionnement d’un festival, et de tenir compte de situations juridiques parfois complexes en matière d’accès aux films, sujet sur lesquels les grands studios sont particulièrement vigilants.

Il s’agit aussi de recréer de la rareté, et de garder le souvenir de ce que «programmation» veut dire, au moment où les plateformes de diffusion massive et leurs algorithmes attaquent frontalement l’immense apport des différentes formes de curation. Martin Scorsese a récemment dénoncé dans une retentissante prise de parole ce processus destructeur d’une intelligence de composition qui joue un rôle central dans ce que permet la forme festivalière.

Ce qui peut changer, ce qui doit rester

Une des raisons d’être majeures des festivals, la construction de publics mobilisés, souvent passionnés, et qui goûtent la rencontre avec des œuvres qu’ils ne fréquentent pas d’ordinaire, est profondément fragilisée par la situation.

C’est aussi bien sûr le cas pour les rencontres en chair et en os avec ceux qui font les films. Les forums et les chats en ligne à l’issue des «séances virtuelles» offrent là aussi des palliatifs, mais dont tous ceux qui les ont pratiqués connaissent bien les limites.

Le palais du Festival de Berlin, du temps où il avait lieu dans la vraie vie. | Jean-Michel Frodon

Les singularités bénéfiques des festivals comme formes d’offre culturelle et de pratiques sociales sont à l’évidence fragilisées, mais pour l’instant elles ne sont pas détruites. La fréquentation en ligne des festivals a dans la plupart des cas été considérable, attestant de l’importance de la demande, de la force des désirs auxquels ces manifestations répondent. (…)

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Coups de vent et coups de cœur de la 70e Berlinale

Monika Grütters, ministre allemande de la Culture, lors de la cérémonie d’ouverture du 70e Festival de Berlin.

Directement exposé à une sombre actualité, le Festival qui se tient du 20 février au 1​er mars à Berlin a toutefois commencé à mettre en lumière de très belles propositions.

La soixante-dixième édition du Festival de Berlin est aussi la première d’un nouveau tandem à la direction: la Néerlandaise Mariette Rissenbeek et l’Italien Carlo Chatrian. Et c’est peu dire que ces deux-là, inévitablement guettés au tournant au moment de prendre la tête d’une des principales manifestations du cinéma mondial, ont dû affronter de multiples coups de vent, qui ont secoué sa mise à flot.

Les origines de ces perturbations sont diverses, mais elles confirment l’ADN de la Berlinale. Depuis sa création en 1951, sous influence américaine comme arme de la guerre froide, celle-ci a été particulièrement en phase avec les enjeux politiques et de société.

La première bourrasque est d’ailleurs venue du passé, avec une révélation: le fondateur du Festival, Alfred Bauer, présenté à l’époque comme champion de la démocratie, a en fait occupé d’importantes fonctions dans l’administration nazie. Le prix qui depuis des décennies portait son nom a été précipitamment débaptisé, tandis qu’une commission d’historien·nes était nommée pour faire la lumière sur cette embarrassante généalogie.

Ce même passé s’est tragiquement rappelé au mauvais souvenir des Allemand·es et du monde avec les assassinats racistes perpétrés la veille de l’ouverture de la Berlinale à Hanau. La ministre de la Culture, comme le maire de la capitale, ne se sont pas privés de faire le lien lors d’une cérémonie d’ouverture d’une gravité inquiète –inquiétude ô combien légitime, mais qui ne facilite pas le lancement de ce qui a vocation à être, aussi, une célébration festive. Un signe qui sans doute ne vaut pas seulement pour ce festival, ni pour ce pays, ni pour le seul cinéma.

La Chine absente pour raison médicale

À ces deux éléments directement allemands s’est d’ailleurs ajoutée une troisième source de tension et de fragilisation, globale celle-ci, avec la montée en puissance de l’épidémie de coronavirus.

Un grand festival de cinéma offre le contexte particulièrement sensible, d’une forte concentration de personnes venues du monde entier –pour des projections, le marché du film (un des plus importants), les soirées ou les multiples rencontres par petits groupes, pour des motifs culturels, politiques, économiques ou privés. Ces multiples rencontres sont dans la nature même d’une telle manifestation et la menace de la contamination, comme les mesures pratiques d’ores et déjà en vigueur, ont pesé de manière inévitable, tout en émettant là aussi un possible signal pour l’avenir.

Ces inquiétudes et restrictions pèsent un poids particulier dans un environnement où l’Extrême-Orient, et en particulier la Chine, occupent une place décisive, aussi bien sur le plan artistique qu’économique. Alors que la production est entièrement arrêtée en République populaire depuis la prise en compte de la gravité de l’épidémie par les autorités de Pékin, il a fallu des ruses d’ancien·nes praticien·nes de la clandestinité pour terminer in extremis la postproduction et le sous-titrage de certains titres présentés à Berlin.

Grande fournisseuse d’œuvres importantes pour le grand écran, la Chine compte désormais aussi parmi les principaux pays acheteurs. Mais nombre de Chinois·es se sont abstenu·es de faire le déplacement, ou n’ont pas pu venir. Dans une moindre mesure, les autres protagonistes issus de la région et occupant une place importante sur le marché mondial du cinéma indépendant, notamment sud-coréen et japonais, ont aussi été moins présents.

Un vent nouveau?

Un tel contexte n’a pas aidé non plus l’humeur des festivalièr·es, à commencer par les médias allemands, peu portés à la bienveillance envers les nouveaux venus à la direction de «leur» festival. Si Mariette Rissenbeek est en fait une insider, ayant longtemps travaillé pour l’industrie du film germanique, le directeur artistique Carlo Chatrian, qui dirigeait jusqu’à 2018 le Festival de Locarno, est non seulement un étranger, mais il incarne aussi une approche potentiellement plus exigeante sur le plan artistique –donc moins glamour.

Et de fait, on aura vu (un peu) moins de stars hollywoodiennes à Potsdammer Platz. Mais, quand même, Sigourney Weaver, Johnny Depp, Javier Bardem, Elle Fanning, Salma Hayek, Cate Blanchett venue participer à une table ronde, Helen Mirren récipendaire d’un hommage, et… Hillary Clinton pour un documentaire qui lui est consacré.

Il faudra attendre au moins un an avant de pouvoir dire si un esprit nouveau et bénéfique souffle sur Mitte.

Pour le reste, la sélection de la première moitié du Festival se sera révélée d’un bon niveau, avec des offres assez comparables à ce qu’on trouvait au même endroit les années précédentes, déclinées de manières plus différenciées grâce à l’ajout d’une nouvelle section, Encounters, au profil encore à établir –les grandes programmations (Compétition, Séances spéciales, Panorama, Forum, Génération) offrant déjà un très vaste éventail.

Le nouveau sélectionneur n’aura en tout cas pas réduit le caractère pléthorique de l’offre, caractéristique pas forcément heureuse de la manifestation berlinoise. Mais celle-ci est un gros paquebot, et il faudra attendre au moins un an, voire deux, avant de pouvoir dire si un esprit nouveau et éventuellement bénéfique souffle sur Mitte.

Le quartier central de Berlin, trois décennies après sa renaissance sur les ruines du Mur, est d’ailleurs lui-même en pleine mutation, avec de nombreux commerces et le principal complexe cinématographique en rénovation.

Une amoureuse aquatique, un pâtissier dans l’Ouest…

En attendant, les cinq premiers jours ont donné lieu à quelques belles découvertes (on choisit ici de ne pas parler des films français, tous appelés à sortir bientôt).

Undine, de Christian Petzold

Parmi elles, le film du «régional de l’étape», Christian Petzold, une des figures de proue de l’École de Berlin. Repéré depuis longtemps pour la sûreté de ses mises en scène, souvent un peu conventionnelles, il offre cette fois avec son Undine une variation contemporaine du mythe d’Ondine tout simplement magnifique.

Aucune affèterie de réalisation, et pas non plus d’inventivité particulière dans l’histoire racontée, mais une croyance éperdue dans la puissance des plans à communiquer des émotions, à faire imaginer plus que ce qui est montré, à relier, selon ses propres inclinations, les moments si justement composés.

Au cœur de ce pari sur les puissances du film, qui sortira en France le 1er avril, se trouvent fort justement les acteurs et actrices, très admirable Paula Beer et impressionnant Franz Rogowski.

First Cow, de Kelly Reichardt

Valeur sûre dont on ne comprend pas qu’elle n’ait pas encore conquis une reconnaissance à la mesure de son talent, l’Américaine Kelly Reichardt présentait, également en compétition, une merveille bien dans sa manière, toute en délicatesse et en nuances. (…)

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Avanies historiques et beautés singulières de la Berlinale

À mi-parcours, le Festival de Berlin est d’ores et déjà marqué par une situation historique inédite. Mais il aura révélé, même à demi-enfouis dans une programmation toujours plus pléthorique, une poignée de films mémorables.

Malgré ses affiches aux couleurs électriques, la 69e édition de la Berlinale, qui se tient du 7 au 17 février, a souffert de plusieurs circonstances, prévisibles ou pas.

Il s’agit en effet de la fin d’un règne, celui de son patron Dieter Kosslick, qui a pour le meilleur (et aussi pour le moins bien) beaucoup développé la manifestation, affirmant sa place de numéro 2 mondiale –derrière Cannes, mais devant Venise ou Toronto.

Dieter Kosslick lors de la soirée d’ouverture de sa dernière Berlinale comme directeur | Berlinale

L’action du pétulant Kosslick aura été caractérisée par une extension dans d’innombrables directions –vers les enfants, la communauté LGBT+, les amis des animaux, les gourmets, etc.– de la programmation, sans oublier de vigoureux efforts côté marché du film, côté nouvelles technologies, côté star system…

Il reviendra à son successeur et à sa successeuse, le tandem inédit constitué par le programmateur cinéphile Carlo Chatrian, jusqu’à l’été dernier –excellent– directeur du Festival de Locarno, et la productrice Mariette Rissenbeek d’inventer la suite.

Il leur faudra si possible remédier à l’aspect illisible et surdimensionné qu’a pris la manifestation, non sans d’ailleurs obtenir un incontestables succès auprès des Berlinois et des Berlinoises: très peu cinéphiles tout le reste de l’année, elles se pressent en masse dans les salles en février pour découvrir des films, dont beaucoup d’œuvres audacieuses, loin des sentiers ordinairement battus par le grand public.

Chaque jour durant le Festival, le public berlinois patiente en longues files pour acheter les billets des projections | JMF

Les nouveaux responsables auront en outre à relever ce défi en arrivant privés des dirigeants historiques des deux grandes sections parallèles à la compétition officielle que sont le Panorama, Wieland Speck, et le Forum, Christoph Terhechte. Le premier est parti goûter une retraite bien méritée, le second envolé vers la direction du Festival de Marrakech.

En outre, la manifestation berlinoise devra modifier ses dates traditionnelles de début février, et surtout –grand sujet dans les milieux spécialisés– se placer sur le calendrier annuel des événements cinématographiques après les Oscars.

En repoussant pour 2020 l’ouverture au 20 février, elle compte bénéficier éventuellement de leurs retombées, au lieu d’être marginalisée comme c’est actuellement le cas sur un terrain où c’est Venise qui tire depuis quelques années tous les profits de la course ultra-médiatisée aux Academy Awards.

Le facteur chinois

À ces éléments prévisibles s’en est ajouté un autre, inattendu, avec l’exclusion en plein déroulement du Festival d’un des titres les plus en vue de la compétition, One Second du réalisateur chinois Zhang Yimou.

Sous prétexte de problèmes techniques, c’est bien un acte de censure de la part du gouvernement de Pékin qui a frappé le cinéaste pourtant proche du régime, lui qui fut entre autres le grand ordonnateur des cérémonies des Jeux olympiques.

Une image de One Second, le film de Zhang Yimou retiré à la dernière minute de la compétition officielle | Berlinale

Mais on sait combien l’actuelle brutale reprise en main par le président Xi Jinping de nombreux secteurs, notamment économiques et culturels, passe par des coups portés de manière spectaculaire à des personnalités singulièrement en vue. En outre, l’époque à laquelle est situé le film, la Révolution culturelle, demeure largement tabou.

Cette interdiction frappe à la dernière minute un lauréat historique de la Berlinale: l’ours d’or en 1988 pour son premier film, Le Sorgho rouge, a joué un rôle majeur dans l’apparition de la Chine sur la scène cinématographique internationale. De plus, elle bloque un film dont le scénario est un chant d’amour au cinéma, et qui avait obtenu l’autorisation officielle.

Très inhabituelle, cette mesure se place à l’intersection de deux enjeux majeurs pour la Berlinale. Le premier est son rapport, intense, voire à l’occasion exagéré, à la politique.

Cette dimension fait partie de l’ADN d’une manifestation explicitement née (en 1951) de la Guerre froide. Et dans les sélections pléthoriques, nombreux sont les titres dont la présence dans une grande manifestation de cinéma ne se justifie que par leur thème, plutôt que par les talents de mise en scène de leur auteur ou autrice.

Un beau dinosaure mongol

Le deuxième est la place importante qu’occupe, à Berlin comme sur les écrans de tous les grands festivals, le cinéma chinois. Vérification immédiate et éclatante avec le premier film vu aussitôt débarqué Potsdammer Platz, Öndög –mot qui, comme chacun sait, signifie «dinosaure» en langue mongole.

Öndög de Wang Quan’an: dans la steppe, la nuit, s’esquissent d’étranges rencontres. | Berlinale

Signé du réalisateur plusieurs fois primé à Berlin Wang Quan’an (dont un Ours d’or pour Le Mariage de Tuya), c’est… une merveille. Accompagnant un jeune flic obligé de garder toute une nuit, en pleine steppe, un cadavre et l’accorte gardienne de troupeau qui vient lui tenir compagnie, le film semble inventer les bonheurs de filmer comme au premier jour du cinéma, plan après plan.

Lumière, mouvement, passage du temps, richesse et organisation de l’espace, humour, sensualité, frissons: d’un scénario minimal, Wang fait une fresque intense, un bonheur de spectateur par des voies aussi inattendues qu’imparables.

Retrouvailles françaises

Un festival de cinéma, c’est ainsi, entre autres, une série de rendez-vous avec des cinéastes plus ou moins déjà célèbres ainsi que l’invitation à des découvertes.

Vingt-cinq films plus tard, côté découverte, on avouera n’avoir guère été gâté parmi les tentatives de cette année.

Outre les retrouvailles réussies avec des réalisateurs français (François Ozon, André Téchiné, Jean-Gabriel Périot –en attendant Agnès Varda) qu’il sera temps de raconter lorsque sortiront Grâce à Dieu (le 20 février), L’Adieu à la nuit (le 24 avril) et Nos Défaites (pas encore daté), il convient de mentionner les très belles propositions d’au moins quatre cinéastes inventifs, audacieux, singuliers.

Un poème, un constat, un rêve, une aventure

Avec Une rose ouverte, le cinéaste libanais Ghassan Salhab compose un poème, mi-déclaration d’amour à une femme morte il y a cent ans, mi-requiem pour une grande idée dissoute dans l’acide du temps.

Une rose ouverte de Ghassan Salhab

La femme s’appelait Rosa Luxembourg, penseuse et combattante, assassinée par la soldatesque le 15 janvier 1919 à Berlin, son corps jeté dans le Landwehrkanal. (…)

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Les chants désaccordés et les beaux solos de la Berlinale 2018

La 68e édition du Festival de Berlin a du mal à mettre en place une vision d’ensemble, même si des œuvres fortes s’affirment.

Photo: The Season of the Devil de Lav Diaz

À mi-parcours de sa 68e édition, qui se tient du 15 au 25 février, le Festival de Berlin exhale un curieux parfum, où se mêlent effluves de désappointement et fragrances stimulantes.

Le fond de l’air est en partie vicié par un vent de fin de règne, du fait de l’annonce par le patron de la manifestation depuis 2001 qu’il ne demanderait pas un nouveau mandat en 2019.

Dieter Kosslick, patron historique de la Berlinale, face aux médias le soir de l’ouverture. (©Berlinale)

En décembre dernier, Dieter Kosslick a été la cible d’une part importante des professionnels allemands, lui adressant des reproches au demeurant contradictoires. Au-delà du cas local et de ses éventuelles motivations particulières, l’affaire est symptomatique de l’état des grands festivals, sinon du cinéma lui-même.

Reproches contradictoires

D’un côté, il a été reproché au directeur des choix pas assez affirmés, notamment en compétition, où beaucoup de films, s’ils abordent souvent des grands sujets, sont clairement dépourvus de toute ambition artistique.

On lui a aussi fait grief de ne pas attirer assez de stars internationales, et de ne pas parvenir à conserver à la Berlinale son statut éminent, face à Cannes ou à Venise. Étrange reproche en vérité: si Cannes demeure sans égal, la manifestation allemande est à tous égards désormais bien plus importante que sa rivale italienne, même s’il est vrai que son talentueux directeur, Alberto Barbera, a réussi depuis plusieurs années à ouvrir sa Mostra avec des grosses machines à Oscars (Birdman, Gravity, Spotlight, La La land, et cette année La Forme de l’eau).

Bien plus ample, et attirant un beaucoup plus grand nombre de spectateurs, la Berlinale n’a pas réussi à occuper ce créneau, en grande partie pour des raisons des calendriers.

La quantité ne suffit pas

Toujours est-il qu’entre attentes des cinéphiles et attentes des médias grand public (et des sponsors), le fossé semble de plus en plus difficile à combler avec la recette longtemps appliquée par Berlin: la quantité.

Pléthorique, et accueillant des films extrêmement différents, le grand rendez-vous de PotsdammerPlatz a pourtant aussi permis par le passé la consécration de grands auteurs exigeants, par exemple, récemment, Béla Tarr avec Le Cheval de Turin, Miguel Gomes avec Tabou ou Jafar Panahi avec Taxi Téhéran. (…)

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67e Berlinale: quelques jours en février dans le monde et l’histoire

Hormis l’imparable Aki Kaurismäki, peu de grands noms sont à l’affiche du Festival du film de Berlin. Ce qui laisse la place à de vivifiantes découvertes. Cette année, les pépites nous viennent surtout d’Afrique.

Une des caractéristiques du Festival du film de Berlin, dont la 67e édition se tient du 9 au 19 février, est le caractère pléthorique de son offre, sans aucune garantie que ce soit en compétition que figurent les films plus intéressants – mais cela arrive aussi.

En outre, plus que d’habitude, cette édition ne présente guère de réalisations signées de grands noms, rendez-vous plus ou moins obligés. Dès lors, il faut s’en remettre à l’intuition, et aux contraintes des horaires de programmation, pour suivre un des innombrables chemins possibles dans cette jungle de films.201711638_1_img_fix_700x700

Véro Tshanda Beya, dans le rôle titre de Félicité, d’Alain Gomis.

Une route africaine

Il y aura ainsi eu une route africaine, traversant le continent de l’Afrique du Sud au Maroc. Une grande œuvre domine l’ensemble des films vus en ce début de manifestation : Félicité, d’Alain Gomis. Situé à Kinshasa, le quatrième film du réalisateur franco-sénégalais est une œuvre puissante et complexe, construite autour d’un inoubliable personnage féminin. La chronique et le fantastique, la musique et le tragique y inventent d’inédites amours filmiques, puissamment incarnées notamment par la comédienne Véro Tshanda Beya. La sortie française, le 29 mars, sera bien sûr l’occasion d’y revenir.

The Wound, premier long métrage de l’artiste sud-africain John Tengrove, entraîne dans le monde opaque de l’initiation des jeunes hommes, processus montré dans les spécificités de la campagne de Xhosa où elle se situe, mais qui renvoie à des procédés, traditions, contraintes, préjugés et exigences dont on trouverait des équivalents dans de nombreuses sociétés d’Afrique. Et aussi, sur un mode plus métaphorique, dans bien d’autres environnements, y compris en Europe aujourd’hui.

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Niza Jay Ncoyini et Bongile Mantsai, dans « The Wound », de John Tengrove.

Filmé au plus près des corps et des lieux, hanté par les ombres, le film est aussi une remise en jeu subtile des thèmes liés à l’homosexualité, loin de la revendication gay d’autonomie individuelle, mais comme prise en compte de sa présence à la fois massive, commune mais occultée et réprimée, dans une collectivité.

La proximité physique, et la beauté plastique des images sont également des ressources mobilisées par la cinéaste et photographe marocaine Tala Hadid pour House in the Fields. Pendant cinq ans, elle est retournée à de nombreuses reprises dans un village berbère du Haut Atlas, accompagnant la vie quotidienne des habitants, et surtout de deux jeunes filles, deux sœurs dont une doit abandonner ses études pour se marier, et dont l’autre rêve de faire du droit à Casablanca. Rien de didactique dans ce cheminement, mais une vibration reprise par des rires, des idées, des chants, des gestes du quotidien, quelque chose d’infiniment vivant à force d’être à la fois si précisément situé, dans un monde particulier et qui n’a certes rien d’idéal, et rendu si accessible à tous.

Documentaire encore, et aux images tout aussi magnifiques, Tinselwood, le nouveau film de Marie Voigner révélée il y a six ans par L’Hypothèse du Mokélé-M’Bembé.

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Au Festival de Berlin, la question des migrants fait (souvent) du bon cinéma

boat_0Fuocoamare de Gianfranco Rosi

Le problème politique des réfugiés influe de nombreux films présentés à la Berlinale, qui a lieu du 11 au 21 février. De manière indirecte (Mort à Sarajevo de Tanis Tanovic, Cartas de guerra d’Ivo Ferreira, mais aussi L’Avenir de Mia Hansen-Løve ou Quand on a 17 ans d’André Téchiné) ou très frontale (Fuocoamare de Gianfrancoo Rosi, Ta’ang de Wang Bing, Between Fences d’Avi Mograbi).

C’est compliqué. Et comment ne le serait-ce pas? Une chose est, en effet, de placer le Festival sous le signe de l’accueil des migrants, avec vigoureuse déclaration du directeur de la Berlinale, Dieter Kosslick, soutien explicite de la présidente du jury, Meryl Streep, et  de la première star invitée sur le tapis rouge, George Clooney, venu défendre Avé César des frères Coen, film d’ouverture. Il est également possible de sélectionner, dans les multiples sections et sous-sections, un nombre important de films en rapport avec cette thématique –ce qui fut fait.

Mais une autre chose est de percevoir comment la vision effective d’un film, dans le cadre d’un festival de cinéma, entre en interférence avec les enjeux complexes et fort peu festifs de la tragédie mondiale que sont devenus les phénomènes migratoires, sous l’effets des guerres, des dictatures insupportables, de la misère atroces et des catastrophes environnementales.

Ce nécessaire et troublant télescopage est exactement ce qui s’est produit avec la premier film en compétition officielle, le très puissant et subtil documentaire Fuocoammare de Gianfranco Rosi. Le film est entièrement tourné sur la désormais tristement célèbre île de Lampedusa, destination d’innombrables embarcations tentant de traverser la Méditerranée depuis sa côte Sud. Il débute aux côtés d’un garçon de 11 ans, habitant de l’île, ses jeux, sa vie de famille, ses copains, il continuera d’accompagner cette chronique tout en y mêlant des séquences rendant compte des procédures d’accueil, des tentatives de sauvetage, du travail des secouristes, des pompiers, des policiers, du médecin, de la prise en charge des vivants et des morts.

Et c’est cette manière extraordinairement attentive, pudique, précise, de ne pas séparer le «phénomène» –gigantesque, monstrueux, répété comme un cauchemar sans fin– du «quotidien», cette manière de faire éprouver combien ces damnés de la terre contemporaine et ces habitants d’une petite cité européenne appartiennent à un seul monde, le nôtre, qui fait la force et la justesse du film. Y compris dans un contexte aussi singulier qu’un grand festival de cinéma.

Fuocoammare peut sans mal être situé au sein d’une galaxie de films également présentés au début de cette 66e Berlinale. Ainsi, toujours dans le registre documentaire, du très beau Ta’ang de Wang Bing, dont le titre désigne une ethnie birmane en but aux exaction de l’armée et obligée de chercher refuge en Chine. Ou Entre les frontières (Between Fences) d’Avi Mograbi, réflexion sur les puissances de représentation du cinéma et du théâtre face à une crise migratoire et humaine, celle des réfugiés éthiopiens et érythréens en Israël, parqués dans des camps sans pouvoir obtenir aucun statut. Mais aussi bien la fiction composée par le Bosnien Danis Tanovic, Mort à Sarajevo.(…)

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« Taxi Téhéran »: traduction, trahison

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Il se trouve que j’entretiens depuis la découverte de son premier film, Le Ballon blanc, en 1995, une relation amicale avec le réalisateur iranien Jafar Panahi – ce qui ne signifie d’ailleurs pas que j’ai aimé et défendu tous ses films. Mais bien sûr j’ai été particulièrement touché par les persécutions qu’il endure depuis cinq ans de la part du régime iranien, suite à son engagement aux côtés des forces démocratiques ayant contesté la réélection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad en 2009 : arrestation et emprisonnement arbitraires, sévices pendant son incarcération, condamnation à 6 ans de prison (pour l’instant pas appliquée mais toujours en vigueur), flicage permanent ainsi que de sa famille et de ses proches, interdiction de voyager, de rencontrer les médias, de réaliser des films.

Cette situation a fait de lui la figure exemplaire de l’oppression qui continue de régner en Iran à l’encontre des formes même pacifiques d’opposition, et notamment à l’encontre des artistes et des intellectuels. Régulièrement salué par les grands festivals, Panahi aura réussi à déjouer à trois reprises l’interdit de filmer, avec Ceci n’est pas un film (2011), Pardé (Behind the Curtain, 2013), et Taxi Téhéran, présenté début février au Festival de Berlin, où il a remporté l’Ours d’or.

Il se trouve aussi qu’ayant eu du goût et de l’intérêt pour ce qui se jouait de nouveau et de passionnant dans le cinéma iranien tel que découvert en Europe depuis la fin des années 80 (Où est la maison de mon ami ?, Abbas Kiarostami, 1987, au Festival des 3 Continents de Nantes en 1988), j’ai eu la possibilité de voyager à de nombreuses reprises dans ce pays, d’y faire de multiples et passionnantes rencontres, et aussi, dans les médias français auxquels j’avais accès, de participer à la reconnaissance de cette cinématographie. De ce fait, je suis devenu un des critiques étrangers ayant quelque visibilité auprès des cinéphiles iraniens.

Il se trouve enfin que j’ai eu la possibilité de voir le nouveau film de Panahi juste avant sa présentation à Berlin. Impressionné par sa puissance, sa légèreté et son mélange d’humour, de précision et de profonde tristesse,  j’y consacrais un article sur Slate.fr, afin d’attirer l’attention sur une œuvre à mes yeux de très grande qualité – une opinion dont je me réjouis qu’elle ait été largement partagée par les critiques présents à la Berlinale, et par le jury de la compétition officielle, qui lui a décerné la récompense surprême.

Peu après la fin du Festival, des amis iraniens m’alertent sur la parution dans un magazine de cinéma, Banifilm, d’une « traduction » de mon article pour Slate. Traduttore traditore dit le dicton. Mais là, il ne s’agit pas des inévitables écarts entre un texte original et sa traduction, il s’agit de la volonté délibérée de faire dire le contraire, d’utiliser un texte et un nom (agrémentés de ma photo plutôt que d’une image du film)  comme arme contre une œuvre et son auteur, alors même que ce texte en propose un commentaire clairement élogieux.

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Désolé, à ce moment, je suis obligé de me citer moi-même. Un paragraphe est rédigé ainsi « Car si Taxi est bien un voyage dans la société urbaine de l’Iran actuel, ce n’est certainement pas seulement une étude sociologique. Avec la virtuosité qu’on lui connaît depuis Le Ballon blanc, le cinéaste du Cercle et de Sang et or associe comédie de mœurs  douce-amère, mise en question de sa propre place de réalisateur en même temps que des circulations entre documentaire et fictions (tous les protagonistes sont des acteurs–souvent non-professionnels– qui jouent un rôle, même de manière très réaliste) et méditation morale qui, au détour de ce qui semblait d’abord un gag, prend soudain une émouvante profondeur. »

Ce que publie Banifilm n’est pas exactement une traduction, mais une description en style indirect de ce que je serais supposé avoir écrit. Le passage précédent devient ainsi :

« Taxi » de Jafar Panahi n’est pas un film de « réalisateur » et l’on ne peut considérer ce film comme une œuvre qui aurait été le fruit d’une mise en scène, d’une réalisation professionnelle.

L’auteur poursuit : dans ce film la place du metteur en scène est complètement remise en question dans la mesure où le film erre entre film documentaire et drame social.

Frodon ajoute : « Taxi » à certain endroits veut prendre des « airs » d’un film qui se voudrait une étude sociologique mais à d’autre endroit il reste tellement en surface que l’on se demande si ce n’est pas le travail d’un amateur. Le film ne peut prétendre offrir une étude sociologique.

Cet expert français pense que ce film touche par moment la comédie et s’il trouve une profondeur ce n’est qu’en apparence. Par ailleurs, les acteurs amateurs tentent de donner au film un aspect de film documentaire. »

Des gens bien intentionnés ont essayé de faire paraître une traduction plus exacte en réponse dans un journal iranien. Sans résultats. Du moins suis-je assuré que Jafar Panahi a reçu une version correcte.

 

 

Journal de la Berlinale 5 : variations sur la fin du monde

The Valley de Ghassan Salhab (Forum), Under the Electric Cloud d’Alxeï Guerman Jr. (Compétition), Le Club de Pablo Larrain (Compétition)

CaptureCarlos Chahine dans The Valley

Qui est cet homme apparu sur une route de montagne, ensanglanté, mutique, et qui dit ne se souvenir de rien ? Recueilli par quatre voyageurs aux louches activités dont il a miraculeusement réparé la voiture, il se trouve au centre d’une circulation de trafics, de dangers, de séductions aux enjeux incertains, que le spectateur ne cesse d’interpréter de multiples manières. Un quidam victime d’un grave accident et tombé en mauvaise compagnie, un ange, un espion, un flic, un gangster ? L’énigme du personnage se réfracte dans les activités de ceux qui l’ont accueilli, et désormais l’empêchent de partir, dans leurs relations au sein de la petite collectivité isolées et puissamment gardées, dans l’évolution dangereuse du monde environnant cette grande propriété de la plaine de la Bekaa, monde dont la radio transmet les évolutions inquiétantes, avant que de bien plus matériels manifestations apparaissent.

Envoutant et sensuel, La Vallée relève du conte de science fiction, de la parabole mystique, du film noir et de la méditation politique, avec un charme qui ne se dément pas, quand bien même le récit et ses protagonistes subiront des rebondissements majeurs, qu’on ne dévoilera pas ici. Présenté au Forum, le nouveau film de Ghassan Salhab, cinéaste libanais à l’œuvre trop rare, prouve avec éclat les puissances d’un cinéma qui, en stimulant les émotions et les capacités d’extrapolation de ses spectateurs, construit un propos d’une grande richesse, quand bien même les moyens matériels mobilisés sont très modestes.

201507331_5Le contraste n’en est que plus saisissant avec un film qui vise à se situer lui aussi sur le terrain de la parabole aux multiples interprétations, avec un puissant ancrage dans la réalité politique et historique de son pays. Under the Electric Cloud du réalisateur russe Alexeï Guerman Jr. se présente comme une fable futuriste hantée par la mémoire de la révolution d’Octobre, l’effondrement de l’URSS, le pouvoir brutal et malhonnête des oligarques et, comme il se doit, la profonde mélancolie et les tendances aux excès supposées caractéristiques d’une tout aussi supposée âme slave.

Dans des environnements proches de l’abstraction où se reconnaît l’influence du Tarkovski de Stalker, influence aussi calamiteuse sur le cinéma russe que le film lui-même était magnifique,  des personnages-archétypes débitent à l’infini des considérations sur la condition humaine, l’impossibilité de l’espoir, la fausseté des sentiments au fil d’une chorégraphie qui semble inspirée durant 20 minutes, et interminablement pompeuse et vaine durant les 118 minutes suivantes. Alors que sort en France Il est difficile d’être un dieu de Guerman père, qui pratique la même stratégie de saturation permanente des images, des idées et des symboles (l’un côté moyen âge mythique, l’autre côté lendemains qui ne cessent de toujours plus déchanter), l’épuisante continuité de style familiale est une curiosité, dont on ne peut pas faire grand chose au-delà du constat.  Moins stupides et moins laids que son avatar californien version Terrence Malick, les collages en incessante surenchère et redondance de Guerman fils, surtout comparés au films de Ghassan Salhab, témoignent de la pertinence intacte d’une maxime de celui dont la stature enneigée est une des nombreuses figures obsessionnelles sous son nuage électrique, un certain Vladimir Illich Oulianov dit Lénine : « Mieux vaut moins mais mieux ».

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Obsessionnel, métaphorique, à nouveau hanté par la fin du monde mais ancré dans un réalisme beaucoup plus littéral, même si ni le mysticisme ni la fantastique n’en sont absents, le film du Chilien Pablo Larain Le Club aura offert une des meilleures propositions de la compétition officielle, comme toujours à Berlin d’une qualité incroyablement inégale. Dans un port perdu loin de Santiago, une maison sur la falaise abrite des prêtres auxquels l’église a retiré leur sacerdoce suite à des actes répréhensibles, mais sans les exclure de son sein. L’irruption d’un personnage d’imprécateur violent et trouble, un suicide maquillé, l’arrivée d’un jésuite enquêteur et des courses de lévriers offriront dès lors les lignes de force d’un récit douloureux, violent, dérangeant, pourtant respectueux des humains jusque dans leurs pires excès. Après la belle surprise d’Ixcanul (Volcano), le nouveau film du cinéaste de Tony Manero et de No confirme que, en compétition, c’est l’Amérique latine qui  aura dominé la première moitié du Festival.

Sur quoi s’interrompt ce « Journal de la Berlinale ».