Débat de fond sur la recette du chou à la crème, sur la jetée du Tréport. | JHR Films
Fidèle à son travail de paysan normand artiste de cinéma, Pierre Creton compose un chant aux voix multiples autour de l’accueil des migrants, des affects et de la générosité qu’il mobilise.
Avec une grâce de danseur, voici un film qui s’avance selon deux trajectoires à la fois. Et s’invente ainsi une circulation funambulesque, à la foi souriante et périlleuse, au-dessus de gouffres tout à fait actuels.
La première trajectoire vient du désormais considérable, et en constante expansion, ensemble de films accompagnant l’un des phénomènes majeurs de notre époque, celui de la présence sur les sols de l’Occident des migrant·es fuyant des situations de détresse absolue dans les pays dits «du Sud» –de l’Afghanistan au Cameroun.
La page Wikipedia destinée à établir cette filmographie est très loin du compte, et ignore par exemple l’énorme production documentaire en la matière.
Quelque part dans la campagne française, un homme noir, de dos, regarde un champ fraîchement moissonné. À Calais, les habitants de la «jungle» ébauchent dans d’extrêmes difficultés des manières d’exister, d’habiter ensemble, avant d’être balayés par un raz-de-marée casqué et démagogue. Une voix demande: «Est-ce que pour toi aussi, Nessim, c’est une histoire d’amour?»
Le Bel été est-il, lui, un documentaire? Oui et non, puisque c’est un film de Pierre Creton. Et c’est la deuxième trajectoire empruntée par le film: la suite d’un travail de cinéma au long cours –vingt films en vingt-cinq ans, de tous formats, dont cinq longs métrages– de ce paysan-cinéaste installé en Normandie.
Dans sa ferme de Vattetot (Pays de Caux, Seine-Maritime), il invente une manière très personnelle de vivre le travail, l’amour, le rapport à la nature, aux amis, aux images et aux sons… Et il en fait des films, selon des assemblages de fiction et de réalité bien à lui.
Sa nouvelle réalisation accompagne la présence d’hommes venus d’Afrique, dont des adolescents mineurs, et ceux qui s’occupent de rendre possible, et vivable, leur présence.
Des hommes venus d’Afrique
On y verra à la fois le travail méthodique et infiniment attentif d’une association locale qui se consacre à régler leur situation administrative, le labeur des jeunes migrants, aux champs et pour deux d’entre eux comme cuisiniers dans des restaurants du coin.
On y verra les proximités et les distances du rapport à la terre, à la langue, à la nourriture. Mais on y percevra aussi, d’abord de manière subliminale puis plus explicite, ce que ne montrent jamais les innombrables films «à thème» sur le sujet migratoire.
Mohamed (Mohamed Samoura) et Flora (Pauline Haudepin) pendant un cours d’alphabétisation à la ferme. | JHR Films
L’évidence du désir qui circule entre Flora, la jeune fille qui vient aussi travailler à la ferme, et les deux jeunes hommes hébergés sur place, Mohamed et Amed.
L’importance et la complexité des situations sentimentales, affectives et sexuelles de chacune et de chacun, y compris le couple d’hommes blancs d’un certain âge qui accueille non sans remous Nessim, l’homme noir lui aussi d’âge mûr entrevu au début.
La solitude de Sophie, la femme dont l’activité pleine de tact et de finesse est aussi le fruit de ses propres inquiétudes et difficultés.
On y percevra peu à peu la profondeur et la diversité des affects qui engagent les êtres humains dans ce contexte singulier, mais loin d’être désormais rare, de multiplication d’interférences avec des «autres». (…)
Jean Dujardin dans un rôle à la Gary Cooper ou à la George Clooney. | Via Gaumont
Matelot et figure mythique, dans les soutes de l’histoire. | Via Shellac
Personnage aux multiples facettes, Martin Eden incarne notamment la promesse et les illusions de l’ascension sociale par la culture. | Via Shellac
Swann, en terminale à Ivry en 2019, dans le rôle de Juliet Berto dans La Chinoise de Jean-Luc Godard (1967).
Le Joker, solitaire et complexe, devant l’image du spectacle dominant incarné par l’amuseur officiel, cynique et vulgaire que campe Robert De Niro.
Un personnage aux multiples visages sous un masque unique.
Ada a reçu un message, blague sinistre, piège ou signe de l’au-delà?
Paul Theraneau (Fabrice Luchini), un maire de Lyon plus Delanoë que Collomb. | Bac Films
Un conseil municipal sous la houlette ferme et expérimentée de Theraneau-Luchini, éducation à la politique d’une Alice décidément pas au pays des merveilles. | Bac Films
